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convient point au contexte, puisque l’homme dont la guérison occasionne cette parole, ne se distinguait point des autres hommes en ce qu'il se sentait aveugle, mais en ce qu’il l'était réellement. « Ceux qui ne voient pas » sont donc ceux que les chefs eux-mêmes appellent VIE, 49: « Cetle multitude qui ne connaît point la loi, » les ignorants en Israël, ceux que Jésus appelle Luc X, 22 les pelits enfants (vint). « Ceux qui voient» sont ceux qui, dans tout ce chapitre, ont dit euxmêmes: «Nous savons,» les experts dans la loi, ceux que Jésus appelle, dans le même passage de saint Luc, les sages. el les intelligents (sopot xat ouvetot). Tandis que les premiers n’ont aucun savoir propre, qui les empêche de se livrer à la révélation de la vérité accordée au monde en Jésus, les: autres, prenant leur savoir imparfait pour une connaissance complète, l’opposent à la révélation nouvelle, et, comme nous venons de le voir dans ce chapitre, prétendent même. anéantr les faits par leurs axiomes théologiques. De là 1l résulte que, tandis que les premiers reçoivent les rayons du soleil qui se lève pour le monde, la faible lumière que possédaient les seconds s’obscureit tout à fait, et qu'ils tombent dans des ténèbres complètes. — Il faut remarquer l'opposition délicate entre un Bétovres (ceux qui ne voient pas) dans le premier membre, qui désigne une vue non encore développée, et ruphot, aveugles, dans le second, qui désigne la cécité absolue par la destruction de l'organe. Ge passage exprime donc la même pensée que cette parole.de Jésus dans les Synoptiques : « Je le loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages el aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux. petits enfants» (Matth. XI, 25 ; Luc X, 21).
Des pharisiens qui se trouvaient en ce moment dans le cortège de Jésus, lui demandent ironiquement s’il les range aussi au nombre des aveugles, eux, les docteurs d'Israël.
Je ne pense pas qu'ils distinguent strictement entre les non voyants et les aveugles du v. 39. Ils s’en tiennent à l’idée générale de cécité et demandent sielle s'applique aussi à eux.
La réplique de Jésus à ce sarcasme (v. 41) est d'un sérieux écrasant. Au lieu de les traiter d'aveugles, comme ils s’y attendaient sans doute, Jésus leur dit, au contraire: Plüt à Dieu que vous le fussiez! Il prend iei ce mot dans le sens de «ceux qui ne voient pas» dans la première proposition du v. 39; car ce sens dominait sans doute dans la pensée des pharisiens au v, 40. S'ils appartenaient à la multitude ignorante, leur incrédulité à l'égard de Jésus pourrait n'être qu'une affaire d'entraînement ; ce serait ce (péché contre le Fils de l'homme qui peut étre pardonné dans ce siècle, ou mére dans l’autre. » Mais, éclairés, comme ils le sont, par la connaissance de la Parole de Dieu, c’est sciemment qu'ils rejettent le Messie : « Voilà le Fils, c’est l'héritier; venez, tuons-le, et l'hérilage sera à nous.» Cest là le péché contre la lumière du Saint-Esprit, contre la vérité clairement discernée ; il estimpardonnable : éver, 4 demeure. — Le sens purement subjectif: « Si vous reconnaissiez votre ignorance, on pourrait vous en guérir ; Mais VOUS Vous vantez présomptueusement de votre savoir; c’est pour cela que votre maladie est incurable » (Calvin), est encore plus arbitraire ici qu’au v. 39. L'expression: « Vous dites,» ne prouve rien en faveur de ce sens; c’est une allusion à la question n'onique des pharisiens (v. 40) par laquelle ils niaient leur aveuglement et témoignaient, de leur propre bouche, que les lumières ne leur avaient pas manqué.
Le rapport signalé 1c1 entre les ignorants et les savants en Israël s’est reproduit en grand dans la relation entre les païens et les Juifs, et avec le même résultat. Le péché de la persécution a été pardonné aux paiens; mais le rejet conscient du Messie pèse encore sur Israël. Jésus savait bien
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que ce jugement, auquel doit aboutir sa venue, concernait, non point seulement Israël, mais le monde entier; c’est pourquoi il dit au v. 39: «Je suis venu dans ce monde-a, afin que...» Et ce même sentiment se retrouve au fond du morceau suivant. Comp. X, 8. 4. 16.
K1-210 Le premier discours.
Le discours suivant comprend trois paraboles: celle du berger (v. 1-6), celle de la porte (v. 7-10) et celle du bon berger (v. 11-18). L’évangéliste ajoute une conclusion historique (v. 19-21).
Ce discours n’est point, comme ceux des ch. V et VI, le développement d’un thème fourni par le miracle qui avait précédé ; Jésus n’y explique pot, à l’occasion de la guérison de l’aveugle-né, comment il est lui-même la lumière du monde; mais il n’en est pas moins en relation étroite avec les faits racontés dans le chapitre précédent : il n’est, à proprement parler, que la reproduction de ces faits sous forme de parabole. L'irruption violente des voleurs dans la bergerie représente les procédés tyranniques des pharisiens dans la théocratie, procédés dont le chap. IX venait d'offrir un échantillon ; le charme qu'exerce sur les brebis la voix du berger et la fidélité avec laquelle elles s’attachent à ses pas, rappellent la foi naïve et persévérante de l’aveugle; et la conduite pleine de tendresse de Jésus envers cet homme maltraité et outragé se retrouve dans le tableau du bon berger intervenant en faveur de ses brebis.
Les trois paraboles forment trois tableaux gradués. À
l'occasion de l'expulsion violente de l’aveugle-né, Jésus contemple son troupeau messianique se dégageant peu à peu de l’ancienne communauté israélite; c’estle premier tableau. Puis il dépeint les douces et glorieuses prérogatives dont jouira ce troupeau, une fois formé, en opposition aux traitements violents qu'ont encore à subir les membres de l'ancien peuple de la part de leurs chefs actuels; c’est le second tableau. Enfin, il fait ressortir le sentiment intime qui est l’âme de son ministère messianique : l'amour pour son troupeau, amour poussé Jusqu'au sacrifice complet de luimême; c’est le troisième tableau. On voit qu'il n’y a rien de vague et de banal dans ces peintures. Elles sont le fidèle reflet de l’état des choses au moment même où parlait Jésus.
Le berger: v. 1-6.
V. 1-5. «En vérité, en vérité, je vous dis que celui qui n'entre pas par la porte dans l’enclos des brebis, mais qui monte par quelque autre endroit, celui-là est un larron et un brigand; 2 mais celui qui entre par la porte, est le berger des brebis. 8 À celui-ci, le portier ouvre; et les brebis entendent sa voix ; et il appelle‘ ses propres brebis par leur nom et les conduit dehors. 4 Et quand il a fait sortir ses propres brebis”?, il marche devant elles, et les brebis le suivent, parce qu’elles connaissent sa voix ; Oo elles ne suivront point un étranger, mais elles le fuiront, parce qu'elles ne connaissent point la voix des étrangers.» —- Ce tableau mérite plutôt le nom d’allégorie que celui de parabole. Dans
1. Au lieu de xahe, N A BDLX quelques Mnn. lisent pove. 2. Au lieu de roofata, BDLX quelques Mann. [tels Cop. lisent ravta. N et quelques Vss. lisent ta Lôra tout court.
la parabole, la pensée prend un corps qui a sa valeur indépendante de l'application morale; dans l'allégorie, l’'application se fait sentir immédiatement à travers chaque trait de la narration : l’image n’a pas le temps de prendre un corps indépendant de la pensée. La parabole est un tableau, lallégorie un transparent.
On a pensé" que les images employées ici par Jésus devaient être empruntées au spectacle qu'il avait sous les yeux dans ce moment même, que c'était l'heure où les bergers ramenaient leurs troupeaux des campagnes environnantes dans la ville de Jérusalem; on pourrait étendre cette supposition au second tableau et admettre que Jésus se trouvait près de la porte des brebis lorsqu'il prononça v. 7 et suiv.® Ces supposilions n’ont rien d'improbable. Mais, en tous cas, comme Jésus, dans les discours précédents, s’est appliqué tous les symboles théocratiques, il est évident qu'il continue ici la même méthode. David invoquait déjà l'Éternel comme son berger (Ps. XXI). Jéhovah, dans sa suprême apparition, comme Messie, était représenté par les prophètes comme le berger d'Israël (Éz. XXXIV;: Zach. XI). Ce dernier passage offre même une analogie remarquable avec la situation actuelle : le Messie fait un dernier effort pour arracher le troupeau de Jéhovah à la tuerie; il essaie de le paître; il destitue les trois bergers qui le paissaient avant lui; mais il ne parvient à s'attacher que les plus misérables d’entre les brebis : 1l brise sa houlette, après un mois de travail, reçoit trente pièces d'argent pour salaire, comme un domestique de la dernière classe, et abandonne le troupeau aux mauvais bergers qui le conduisent à la boucherie. Or, que faisait Jésus en ce moment