‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean ... . Tome secondChapitre 109 sur 278 · NBL X IE retranchent ouv · texte numérisé non relu

NBL X IE retranchent ouv

Le second discours.

Nous avons vu au ch. VIT Jésus revenir, dans un discours prononcé à la fête des Tabernacles, sur le fait de la guérison de l’impotent, qui avait signalé son séjour à Jérusalem à la fête de Purim, ch. V. Cest de la même manière qu'il reprend, dans la seconde parue du ch. X, le fil du discours prononcé après la guérison de laveugle-né et rapporté dans la première partie de ce chapitre. Nous avons déjà expliqué cette manière de faire (t. IT, p. 4). L’exaspération de ses adversaires dans la capitale ne lui permettant pas de traiter jusqu'au bout les questions, 1l les reprend en sousœuvre, à la fête suivante. ‘

La fête de la Dédicace (v. 29) se célébrait vers la fin de décembre. Où séjourna Jésus pendant les deux mois qui séparèrent cette fête de celle des Tabernacles, et qui sont nécessairement sous-entendus entre les v. 21 et 22? Meyer, Hengstenberg et d’autres concluent du silence de Jean que Jésus demeura à Jérusalem et dans les environs. Gette supposition est-elle compatible avec les précautions que Jésus avait dû prendre pour se rendre à Jérusalem, à la fête des Tabernacles, et qui avaient évidemment pour but de donner à ce voyage le caractère d’une simple apparition? De plus, est-il admissible qu’au point où en étaient les choses, après les événements dont le récit précède (VIT-X, 21), un sé- Jour continu de deux mois à Jérusalem et dans le voisinage eût pu avoir lieu sans hâter la crise et décider la catastrophe ? Nous avons vu au ch. V Le récit d’un voyage à Jérusalem se terminer sans la moindre indication d’un retour

en Galilée, et la narration continuer (VI, 1) comme si la résidence de Jésus dans cette province s’entendait d’ellemême. Il est naturel de supposer qu’il en est de même ici, et que le silence du narrateur sur le domicile de Jésus implique son retour dans les lieux qu'il avait quittés pour se rendre à la fête. La vérité de cette conclusion est confirmée par l'indication expresse du nouveau domicile de Jésus après la fête de la Dédicace, lorsqu'il quitta la Galilée pour s'établir en Pérée (v. 40-49). Là, le récit mentionne positivement ce changement. Donc, puisqu'il se tait ici, la supposition la plus naturelle est que Jésus reprit pour quelque temps encore son ministère galiléen, momentanément suspendu par le voyage à la fête des Tabernacles.

Cette supposition admise, il devient aisé de montrer l'accord général entre le récit de Jean et celui des Synoptiques. Nous trouvons Luc IX, 51 le récit d’un départ de Galilée qui eut lieu avec une grande solennité. C’est alors que Jésus appelle ses adhérents à rompre, pour le suivre, les liens les plus sacrés, qu'il envoie les septante disciples dans toutes les villes et bourgades de la Galilée méridionale, pour préparer le suprême appel que Jésus se dispose à leur adresser lui-même, et qu'il prononce la sentence de condamnation sur les villes des bords du lac de Génézareth qui avaient été jusqu’à ce moment le théâtre habituel de son ministère.

Ce départ, accompli avec la plus grande publicité possible, ne peut être identifié, nous l'avons déjà vu (t. Il, p. 161), avec le départ pour la fête des Tabernacles, qui eut lieu «non ouvertement, mais comme en secret» (Jean VIE, 10). Tous les tours d’exégèse de Wieseler n’ont pas réussi à rendre vraisemblable ce qui est incompatible avec les textes. Ce départ qui, dans saint Luc, forme la clôture solennelle du ministère galiléen, doit donc se placer après la fête des Tabernacles (Jean VII-X, 21); d’où il résulte que, si les

deux évangélistes racontent une histoire, et non un roman, Jésus doit être retourné en Galilée après la fête des Tabernacles, pour prendre congé, mieux qu'il n'avait pu le faire avant cette fête, des lieux qui jusqu'alors avaient été témoins de ses prédications et de ses miracles.

Nous pensons donc qu'il faut placer entre les v. 21 et 29 un retour de Jésus en Galilée, qui fut bientôt suivi de son départ définitif de cette province. D’après Luc IX, 51 et suiv. il se dirigea dès lors lentement vers Jérusalem, évangélisant surtout les contrées méridionales de la Galilée, limitrophes de la Samarie. Luc XVIT, 41: &ll se rendait à Jérusalem, traversant la contrée entre la Samarie et la- Galilée.» Ge pèlerinage assez prolongé, dont le récit remplit neuf chapitres de saint Luc (IX, 51 - XVII, 18), doit, d’après la narration même de cet évangéliste, avoir été interrompu par un court voyage à Jérusalem; car le récit Luc X, 38-42 (Jésus chez Marthe et Marie) nous transporte à Béthanie, et la parabole du bon Samaritain, qui précède immédiate- ment, paraît se rattacher aussi à un séjour en Judée (v. 30: «de Jérusalem à Jéricho»). Cette excursion à Jérusalem, supposée par les documents employés par Luc, sans que peut-être Luc s’en doutât lui-même, coïncide parfaitement avec le voyage à la fête de la Dédicace, rapporté par Jean. Après cette excursion rapide à Jérusalem, Jésus aurait repris le cours de son pélerinage en Galilée et traversé le Jourdain pour se rendre en Pérée, comme le racontent positivement Matthieu et Marc. Ce séjour en Pérée, peu avant la Passion, est le point auquel se rencontrent les quatre récits évangéliques: Matth. XIX , 1 ; Marc X, 1; Luc XVII, 15 et suiv. (où le récit du troisième évangile rejoint, par les deux traits de la présentation des petits enfants et de l’arrivée du jeune homme riche, celui des deux autres Synoptiques); enfin Jean X, 40-49. Ainsi ces quatre récits, tout en suivant

chacun leur marche propre, s’accordent pourtant sans difficulté.

Le morceau suivant comprend une introduction historique (v. 29-24), une première allocution de Jésus, dans laquelle il montre aux Juifs l’abime qui les sépare de lui (v. 25-31), et un dernier enseignement par lequel il cherche encore une fois à enlever ce qui était pour eux la grande pierre de scandale, l'accusation de blasphème (v. 32-39). Le morceau se termine par le tableau du séjour en Pérée (v. 40-49).

l' Introduction historique: v. 22-24.

V.92-94. « Or’ on célébrait à Jérusalem la fête de la Dédicace; et” c'était l'hiver. 93 Et Jésus allait et venait dans le Temple, sous le portique de Salomon. 24 Les Juifs l’entourèrent donc; et ils lui disaient: Jusques à quand tiendras-tu notre âme en suspens? Si tu es le Christ, dis-le-nous franchement.» — La fête de la Dédicace (éyxotvia) avait été instituée par les Maccabées en souvenir de la purification du Temple après sa profanation par Antiochus Épiphane (1 Macc. IV; Josèphe, Antiq. XII, 7, 6). Elle durait huit jours, depuis le 25 kaslew, qui, si l’on était alors en l’an 29 de notre ère, tombait cette année-là, d’après le travail de M. Chavannes déjà cité, sur le 19 ou le 20 décembre. Elle se célébrait non pas seulement à Jérusalem, mais dans tout le pays. Jésus en profita pour adresser encore , avant la Pâque, un dernier appel à son peuple. Peut-être exécuta-t-1l ce rapide voyage à Jérusalem pendant

1. B L ajoutent tote après de contre N et tous les Mjj. et Vss. 2. T. R. lit xa devant yetuuwv avec 9 Mjj. presque tous les Mnn. [trleriqe Vg. Syr. Ge mot est omis par X BD G LX Italis: Cop.

que ses septante disciples accomplissaient, en Galilée, la mission qu'il leur avait confiée.

C'était la mauvaise saison; on ne pouvait rester en pleim air. Jésus se tenait donc sous le portique de Salomon, antique péristyle situé à l’extrémité orientale du parvis, audessus de la vallée de Josaphat. C'était le dernier reste de l’ancien Temple. Ce lieu, qu'avait rendu cher au cœur de l’'évangéliste le souvenir de la circonstance qu'il va raconter, paraît avoir été également sacré pour les chrétiens de la primitive église de Jérusalem (Act. IT, 11). La nature de la localité facilitait (donc, v. 24) l'espèce de manœuvre qu’exécutaient en ce moment les Juifs et qui est décrite par le terme éxvxlowocav, üs l’entourérent. Pendant que Jésus marchait sous ce péristyle, ils profitèrent d’un moment favorable pour s’interposer entre lui et ses disciples et le cerner. Leur but était de ne lui rendre sa liberté, qu'après lui avoir arraché une explication décisive. On voit parfaitement, par leur question (v. 24), que leur désir est sincère ; ils sentent que jamais homme ne s’est plus rapproché de l'idéal messianique, que celui-ci. S'il veut consentir à jouer jusqu'au bout et dans leur sens le rôle de Messie, à nettoyer le pays de la puissance romaine, comme Judas Maccabée avait autrefois purifié ce Temple des profanations syriennes, ils sont encore prêts à l’acclamer, et ils le feront dans cette fête même; smon, quil parle enfin franchement, qu'il avoue qu'il n’est point le Messie, et que chacun sache désormais à quoi s’en tenir! — L'expression tnv Luyny atgetv, proprement: élever l'âme, s'applique parfaitement à une activité comme celle de Jésus, qui-excitait chez les Juifs les plus hautes espérances, sans jamais les réaliser, du moins à leur point de vue. Philon emploie le terme peveoptéeuv exactement dans le même sens.

IT

Première allocution: v. 25-31.

V. 25 et 26. «Jésus leur répondit: Je vous l'ai dit, et vous ne croyez pas; les œuvres que je fais au nom de mon Père, ces œuvres rendent témoignage de moi. 26 Mais vous, vous ne croyez pas; car’ vous n'êtes pas de mes brebis.» — Jamais la position de Jésus vis-à-vis des Juifs n'avait été aussi tendue. Répondre oui, il ne le peut; car le sens qu'ils donnent au mot Christ n’a, pour ainsi dire, rien de commun avec celui qu'il y attache luimême. Dire non, il le peut encore moins; car il est bien le Christ promis de Dieu, et dans ce sens, celui qu'ils attendent. Sa réponse est admirable de sagesse. Il se réfère à ses témoignages antérieurs par lesquels il s’est appliqué tous les symboles messianiques de l’ancienne alliance et a, en quelque sorte, épelé son titre, de telle manière que, s'ils veulent croire, ils n’ont plus qu’à le prononcer eux-mêmes. À son propre témoignage s’est encore ajouté celui du Père. Les miracles de Jésus ont tous été faits sous l'invocation du nom de Dieu; si Jésus était un imposteur, Dieu eût-il ainsi répondu à celui qui le saluait faussement du titre de Père et qui égarait son peuple? Mais ce témoignage divin a échoué, aussi bien que celui de Jésus lui-même, contre leur incrédulité obstinée (v. 26). Le sujet $wetç, vous, renferme déjà implicitement l'explication qui va suivre: € Vous n’êles pas de mes brebis.» Si les Juifs n’ont pas reconnu sa voix, après qu’elle s’est fait entendre de tant de mamières, la cause de ce fait ne peut être que leur état moral tout différent de celui des brebis.

1. NDLX 12 Mnn. Iipleriqe Vo, Syrsch Or. lisent ott oux au lieu de ou yap.

V. 97 et28. « Comme je vous l’ai dit‘, mes brebis entendent ma voix, je les connais, et elles me suivent, 98 et je leur donne la vie éternelle, et elles ne périront jamais, et personne ne les ravira de ma main. » — L’abîme est déjà creusé entre eux et le troupeau de Jésus. Jésus le leur fait sentir par le contraste entre la conduite des brebis et la leur. Le retranchement des mots xaëws eiroy vuiv, dans quelques Mss. alexandrins, provient-il de ce que l’on ne retrouvait pas textuellement les mots précédents, auxquels on rapportait cette formule de citation, dans un des discours antérieurs de Jésus, ou bien de la confusion des syllabes mov (épov) et puv (du)? Quoi qu'il en soit, leur authenticité est suffisamment garantie par la grande majorité des Mjj. et par les plus anciennes Vss. Ces mots sont rapportés par presque tous les interprètes, éditeurs et traducteurs à ce qui précède. Il n’y a rien de grave à objecter à cette liaison. Qu'importe que Jésus n’ait pas prononcé littéralement les derniers mots du v. 26, au commencement du ch. X? Ils résument parfaitement le sens de la première similitude v. 1-6, telle que nous l’avons expliquée: l'opposition entre les brebis de Jésus et la masse du peuple théocratique. Néanmoins , la liaison aux paroles suivantes nous paraît préférable, nonseulement parce que, dans tous les cas où Jésus emploie une formule semblable, elle se rapporte à ce qui suit (VI, 36. 65 ; VII, 38) — raison qui n’est pas entièrement convaincante , puisque, dans ces cas-là, la formule de citation n’est pas exactement la même, — mais surtout parce que cette formule a quelque chose de lourd et de trainant, à la fin du v. 26; puis parce que le verset suivant renferme une citation

1. NBKLM quelques Mnn. It+ls Vg. Cop. omettent les mots xaÿws euroy uuuy qui s'appuient sur 11 Mjj. presque tous les Mnn. Itrkrie Syr. : quelques Mnn. et Vss. les redoublent : Comme je vous ai dil (v. 26). Ne vous ai-je pas dit..….? (27).

beaucoup plus littérale que le précédent; enfin parce que le reproche de Jésus prend ainsi plus d'énergie: en leur rappelant expressément ce qu'il avait dit sur la conduite des brebis à son égard, Jésus leur fait sentir ; avec force et pourtant avec douceur, opposition qu'il y à entre ses brebis et eux. Hengstenberg objecte que les paroles du v. 28, qui se rattachent étroitement au v. 27, ne peuvent faire partie de la citation; comme si Jésus ne pouvait pas ajouter ici quelques développements nouveaux aux paroles qu'il avait précédemment prononcées. M. Reuss qui rattache la formule de citation au v.26, trouve dans cette citation un argument sans réplique en faveur de sa manière d'envisager les discours de Jésus dans le quatrième évangile : « Nulle part, dit-il, Jésus . n'avait dit cela. » Puis il ajoute: «L’allégorie des brebis avait été présentée à un public tout différent » (t. I, p.327); d’où il résulterait que tous ces discours ne sont qu'une composition assez maladroïitement conçue et exécutée de l’évangéliste. Mais la première difficulté tombe d’elle-même par la vraie explication des v.1-6, que nous croyons avoir présentée et qui prouve que, même en appliquant les mots «comme je ai dit» à ce qui précède, cette formule de citation ne serait nullement déplacée. La seconde accusation n’est pas mieux fondée. Le discours v. 1-18 n’est nullement adressé, comme le prétend M. Reuss (ibid.), aux pélerins étrangers venus à la fête des Tabernacles; Jésus répond à quelquesuns des pharisiens (IX, 40) qui lui demandent: CEt nous, sommes-nous aussi des aveugles?» Or ces gens-là étaient des habitants de Jérusalem; Jésus les avait trouvés dans cette ville, à la fête des Tabernacles; il les y retrouve à celle de la Dédicace, Le récit de Jean est donc parfaitement innocent des bévues qu’on lui impute.

Les v. 27 et 28 dépeignent les douceurs de la relation qui se forme entre le Christ et ceux qui savent le discerner

comme tel. Ils contiennent, én six propositions disposées par paires, le résumé des trois similitudes précédentes. Dans les deux premières propositions du v. 27, nous retrouvons le contenu de la première similitude. Le mot: «Je les connais, » reproduit l’idée: « I appelle ses propres brebis par leur nom.» Les derniers mots du v. 27 et surtout les premiers du v. 28 rappellent la seconde allégorie. Et les deux dernières propositions résument la similitude du bon berger. Voilà la pleine vérité de cette formule : « Comme je vous lai dit.» Il faut aussi remarquer la réciprocité entre Jésus et les croyants. D'abord la brebis entend Jésus, et il la marque comme sienne; puis elle le suit, et il lui donne la vie. Enfin elle ne périra point; car il ne se la laisse point arracher. La main n'est pas Seulement ici l'emblème de la puissance, mais aussi et avant tout celui de la propriété.

V. 29 et 30. «Mon Père, qui‘ me les a données, est plus grand” que tous; et personne ne peut les ravir de la main de mon Père*. 30 Moi et le Père sommes un.» — On pourrait être tenté de trouver, avec Luthardt, un raisonnement rigoureusement syllogistique dans les v. 29- 90. Majeure: Mon Père est plus grand que tous (v. 29). Mineure: Moi et le Père sommes un (v. 50). Conclusion: Donc nul ne pourra me les enlever (v. 29). Mais n'est-ce pas seulement trop logique ? En général l'argumentation de Jésus tend plutôt à s’élargir en spirale qu’à se refermer sur ellemême comme un cercle. C’est le cas ici: le sentiment s’élève graduellement. A la première garantie, celle qui résulte de ce que les brebis appartiennent à Jésus et sont en sa main (v. 28), Jésus en ajoute une seconde (v. 29), celle qui

1. NBL It. Vg. Cop. lisent o dsdwxey au lieu de os dedwxes. D: 0 Ôe- AP TA 2. ABX It Vg. Gop.: metéoy au lieu de metéwy. 3. N B L Or. retranchent mov.

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