‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean ... . Tome secondChapitre 110 sur 278 · II · texte numérisé non relu

II

repose sur ce que ce droit de propriété, dont il jouit sur elles, il le tient de Dieu même, qui saura bien le maintenir, puisque aucune puissance n’égale la sienne. Comment le Père ne garantirait-1l pas le don qu'il a trouvé bon de lui faire? Puis la pensée de Jésus s'élève à l'intuition la plus sublime, celle de l'unité substantielle du Père et du Fils, en vertu de laquelle ce qui est à l’un, appartient à l’autre; XVI, 15: «Tout ce que le Pêre a, est à moi.» On le voit: cette gradation est toute de sentiment. C’est la conscience filiale s’étalant dans toute sa richesse.

Le sens de la leçon alexandrine (v. 29) serait: «Ge que mon Père m'a donné, est plus grand que tous.» Pour que cette parole eût un sens dans le contexte, il faudrait prendre grand dans le sens de précieux et lire, au lieu de tous, tout; ce qui est forcé. La leçon reçue est donc seule admissible. Ce n’est pas seulement la puissance de celui à qui les croyants ont été donnés, c’est aussi le bras de celui qui les lui a donnés, qui est la sauvegarde de leur salut. Hengstenberg cherche à démontrer que cette garantie s’étend même au péché des croyants. Mais il est évident que dans la similitude du berger, à laquelle est empruntée toute cette image, c’est uniquement contre les ennemis extérieurs, et non contre l’infidélité des brebis, que la puissance du berger sert de garantie.

Calvin et la plupart des interprètes modernes restreignent le sens du v. 30 à une unité de puissance et de volonté. Cela serait exact, si l’on voulait expliquer ce verset uniquement d'après ce qu’exigerait la démonstration logique. Mais nous avons déjà fait observer lélévation croissante du sentiment, depuis le v. 27. La pensée se perd 1ci dans l'intuition d’une union dans laquelle il est impossible de distinguer l'unité de puissance, de volonté et de propriété , de celle d'essence. M. Reuss dit lui-même (t. IL,

p. 392): « La formule: Moi et le Père nous sommes un, ne doit pas être comprise seulement d’un simple rapport moral , bien que ce rapport ne soit pas exclu.» Cest ici le point culminant du discours , comme la parole VIIT, 58. Si le Seigneur n'avait pas donné à cette parole le sens transcendant que nous lui attribuons, comment n’eût-1l pas rectifié le malentendu des Juifs qui, après l'avoir entendu parler de la sorte, se mettent en devoir de le lapider comme blasphémateur ? — Saint Augustin dit que comme le mot nous sommes réfute Sabellius, le mot wn réfute Arius. Il a raison; on peut même dire qu'Arius est réfuté déjà par la première de ces deux expressions. En effet, ce pluriel «nous sommes » ne serait-il pas un blasphème, dans la bouche d’une créature‘ ? — On à objecté que l'expression étre un est appliquée ailleurs au rapport de Jésus et des fidèles, d’où l’on conclut qu’elle n’a qu’un sens moral. Mais l'union de Jésus et des fidèles n’est point un simple accord de volonté, c’est une-union consubstantielle. L'incarnation a fondé entre Jésus et nous un rapport de nature tellement complet, qu'il embrasse notre personnalité tout entière, physique et morale.

Cette citation d’un discours prononcé deux mois auparavant, à Jérusalem, achève de démontrer que, dans lintervalle, Jésus n’avait point reparu dans cette ville; car il ne pouvait rappeler son discours précédent, comme il le fait ici, qu'autant qu'il se retrouvait pour la première fois devant les auditeurs auxquels il l'avait adressé.

V. 51. «Les Juifs donc” apportèrent de nouveau des pierres pour le lapider.» — Ov, donc: en raison du blasphème (v: 30); comp. v: 33. — Ilxxw, de nouveau,

1. Le ministre d'État qui se permit un jour de dire: «Le roi et moi, nous ….» provoqua le rire de tout le Parlement ; que mériterait la créature qui oserait dire: «Moi et Dieu, nous»!

Page 1