‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean ... . Tome secondChapitre 113 sur 278 · D Iteis omettent vuwy · texte numérisé non relu

D Iteis omettent vuwy

exégétique comme une rétractation implicite des expressions dans lesquelles Jésus semblait avoir affirmé sa nature divine. Dans ce sens, Jésus dirait : «De simples créatures sont appelées Dieux, parce qu’elles représentent Dieu en une qualité quelconque, celle de juge, par exemple; c’est de la même manière que j'ai affirmé ma divinité.» Mais, par là, Jésus se mettrait en contradiction avec le vrai sens de tous ses témoignages antérieurs, reconnu aujourd'hui par l’exégèse rationaliste elle-même. Une première chose à remarquer 1ci, c’est que l’unique accusation que Jésus veuille repousser, dans cette première partie de sa réponse, v. 34-36, est celle de blasphème. Dans ce but, n’a-t-il pas le droit de raisonner ainsi : «L'Écriture a appelé Dieux de simples humains; donc, ne fussé-je moi-même rien de plus qu'un simple homme, comme vous le prétendez, je ne mériterais pas encore d’être appelé blasphémateur pour m'être dit Fils de Dieu.» Néanmoins le raisonnement ainsi compris laisserait toujours lieu à cette objection : Jésus s’est dit Dieu dans un tout autre sens que celui dans lequel l’Écriture donne aux juges le titre de Dieux. Mais il y a ici une seconde chose à remarquer; c’est cette gradation : «Si l’Écriture n’a pas blasphémé en appelant Dieux les personnes à qui s'adresse la révélation, comment aurais-je blasphémé en me - déclarant Dieu, moi qui suis l'organe même de la révélation?» Cette argumentation est valable, malgré le sens différent du mot Dieu dans les deux applications, parce que cette différence de sens correspond à une différence de position et de nature chez les personnes auxquelles ce titre est appliqué. Cependant cette observation doit encore être rattachée à une considération plus générale sur la religion de l'Ancien Testament. Le monothéisme biblique n’a rien de commun avec le froid et mort déisme que l’orthodoxie juive avait extrait des Livres saints. Ce monothéisme pétrifié qui forme

le trait d'union entre le judaïsme actuel, le rationalisme chrétien et le mahométisme, n’est que la grossière caricature de la pensée scripturaire. Toute fonction théocratique, exercée au nom de Jéhovah, qui l'avait conférée, mettait son dépositaire en relation vivante avec le Très-Haut, le faisait participer à son soufile et le constituait son organe. Par là cet homme, roi, juge ou prophète, devenait le précurseur de celui qui, par l’incarnation, devait abolir complètement la séparation entre Dieu et la créature. «En ce temps, la maison de David sera comme Élohim, comme l'Ange de l'Éternel. » Zach. XIL, 8. L'Ancien Testament est donc tout entier en marche vers l’incarnation. Et c’est là le fond de l'argumentation de Jésus : si cette marche n’a rien de blasphématoire, le terme auquel elle aboutit avec une entière conséquence ne saurait être attentatoire à la majesté divine.

La citation est tirée de Ps. LXXXII, 6; et le terme de loi désigne ici, comme VIT, 49; XIT, 34, etc., l'Ancien Testament tout entier, non comme dénomination @ potiori parle, mais plutôt en tant que l'Ancien Testament tout entier fait loi pour la pensée et la vie israélites. Sur l'expression votre loi, voir à VIIE, 17. Asaph s'adresse, dans ce Psaume, aux juges théocratiques. Le v. 1 décrit leur grandeur, en vertu de la fonction sublime d'organes de la justice divine, qui leur à été confiée. Dieu lui-même siége au milieu d’eux; et cest de lui qu'émanent leurs sentences. Dans les v. 2-5, Asaph oppose la triste réalité à la grandeur idéale de cette fonction. Au v. 6, il revient à l’intuition du premier verset, celle de la dignité officielle, et le mot: «J'ai dit: Vous êtes Dieux,» se rapporte à la parole d’Asaph lui-même dans le v. 1: «Dieu assiste dans l'assemblée de Dieu.» Car il est évident que ce second terme Dieu (v. 1) renferme la personne des juges. Les v. 7 et 8 rappellent enfin aux juges

qu'un jour ils seront jugés eux-mêmes, et qu'il leur sera demandé compte de la fonction divine dont ils ont été revêtus. Jésus tire de la parole du psalmiste une conclusion a minori ad majus, exactement comme VIF, 25. Le point d'appui de son raisonnement est ce principe : que l'Écriture ne peut blasphémer. Par ceux à qui la parole de Dieu est adressée, Jésus entend ces juges, auxquels l'Esprit saint s’adressait dans la parole même qu'il vient de citer. L'expression : «Si l'Écriture ne peut étre anéantie,» montre la confiance sans bornes que la parole scripturaire inspirait à Jésus.

Si l’évangéliste eût inventé toute cette argumentation, il n’eût pu résister, sans doute, à la tentation de mettre ici dans la bouche de Jésus la dénomination par laquelle il le désigne dans le prologue, celle de Logos. C'était, en effet, la gradation naturelle : Si la loi appelle Dieux ceux à qui la parole est adressée, combien moins peut-on accuser de blasphème celui qui est la Parole elle-même, lorsqual se dit Dieu? Jean ne succombe pas à cette tentation; c’est que réellement elle n'existe point pour un homme tel que lu, qui se borne à référer simplement les paroles de son Maitre. Jésus se désigne comme celui que le Péère a sanctifié et envoyé. La première expression pourrait, à la rigueur, se rapporter à la vie terrestre de Jésus, et plus spécialement à certains faits particuliers tels que ceux de la naissance miraculeuse ou du baptême. Il faudrait, dans ce cas, appliquer lexpression envoyé dans le monde à l'apparition de Jésus au milieu des hommes, et particulièrement au commencement de son ministère, ou admettre que Jésus rétrograde dans sa pensée jusqu’à un fait antérieur à sa vie terrestre. Ni l’une ni l’autre de ces suppositions ne sont naturelles. Il est clair que le terme envoyer dans le monde se rapporte à un fait antérieur à l'existence terrestre de Jésus et désigne sa mission divine pour son rôle de Rédemp-

teur. Par le terme sanctifier, Jésus désigne l'acte divin qui est à la base de cette mission : sa consécration par le Père à cette charge sainte, le don de son mandat, de son éyro" (v. 18). Comp. XVII, 2: «Selon que tu m'as donné puissance sur doute chair, afin que je donne la vie à tout ce que tu mas donné.» Saint Pierre exprime, à sa manière, cette même pensée, quand il appelle Jésus «l'agneau préconnu avant la fondation du monde» (1 Pier. [, 20). II y a tout un conseil entre le Père et le Fils antérieur à la venue de Jésus sur la terre et dont il formule lui-même le résultat, quand il dit: «Je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé» (VI, 38). — Jésus, pour indiquer le contenu de l’accusation élevée contre lui, passe au discours direct: « Tu blasphémes.» C’est la reproduction pleine d’indignation, de la part de Jésus, du grief des Juifs tel qu’il retentissait encore à son oreille. Les mots suivants : (Parce que j'ai dit,» dépendent, non de: (Tu blasphèmes,» mais de : «Vous dites.» Le titre de Fils de Dieu est évidemment ici le sommaire de la déclaration de Jésus v. 80 qui faisait le sujet de l'accusation : «Moi et le Père sommes un.» Cet exemple montre de nouveau combien il est faux de voir dans ce titre Pindication d’une simple charge théocratique; il se rapporte évidemment à la relation toute personnelle entre Jésus et Dieu. Gomme le mot Fils de l’homme désigne la participation réelle à la nature humaine , celui de Fils de Dieu implique la participation réelle à l'essence divine.

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