‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean ... . Tome secondChapitre 114 sur 278 · Les Mss. se partagent entre troteuete et moteucate · texte numérisé non relu

Les Mss. se partagent entre troteuete et moteucate

siez et que vous reconnaissiez' que mon Père est en moi, et que je suis en lui”.> — Jésus passe de l’apologie à l'attaque. Non-seulement sa déclaration : «Je suis Fils de Diew, » ne renferme pas un blasphème, au point de vue de l'Ancien Testament; mais, si elle est vraie, ce sont eux qui blasphèment, en ne croyant pas. Jésus donne à ce reproche la forme d’une invitation pleine de douceur. Il consentirait encore à ce qu'on ne le crût pas sur parole, quoique le témoignage d’un être tel que lui porte sa preuve en lui-même, pour celui qui à des oreilles pour entendre. Mais il a plus que les paroles que lui donne le Père; il a les œuvres que le Père accomplit par lui. S'ils n’ont pas des oreilles, ils ont au moins des yeux; et, ce qu'ils ne savent pas conclure de ses paroles, 1ls devraient, 1ls doivent encore le conclure de ses œuvres. — La leçon de quelques alexandrins : xai ywwcxnte, me paraît ici la meilleure : «(Afin que vous appreniez à connaître (yvote) et qu’enfin vous reconnaissiez (yiwwoxnte).» Ces deux termes réunis expriment le long et pénible labeur de cette découverte qui eût dû résulter du premier coup d'œil : « Viens et vois» (1, 47). Il y a, dans cette forme, quelque chose d’humiliant qui est parfaitement approprié au contexte. Mais le sens, en apparence pléonastique, de cette leçon n'ayant pas été compris par les copistes, ils ont donné au texte la forme plus vulgaire que nous trouvons dans la leçon reçue. Les derniers mots rappellent la déclaration du v. 30 amsi que le titre Fils de Dieu dans le v. 36. Seulement, il faut se garder de trouver dans ce v. 38, comme on le fait souvent, la norme de l’imterprétation des deux paroles qu'il rappelle. Le v. 30 était

1. BL X quelques Mnn. Cop. lisent xat yivwsxnte. T. R. lit avec 10 Mjj. presque tous les Mnn. Iteis Ve. Syr. xar nioteuonte. N': xut TLOTEUNTE. D Jipkrigue Omettent ce second verbe.

2. Les alexandrins lisent ev tw rater, les byzantins ev auto.

l'expression immédiate de la conscience personnelle que Christ avait de lui-même, tandis que le v. 88 ne formule le contenu de la conscience de Jésus, que dans la mesure où il peut et doit devenir l’objet de l'intelligence des croyants. — En disant : «Le Père en moi,» Jésus exprime la pleine communication de la richesse divine à l’être humain qui en est l'organe sur la terre. En disant : «Moi dans le Père,» il désigne le sacrifice complet de son être propre et une vie puisée uniquement dans la plénitude du Père et de ses dons. C’est bien l'expression de l'unité du Père et du Fils, telle qu'elle peut devenir 1ci-bas l'objet de notre aperception : «Afin que vous connaissiez el reconnaissiez. »

V. 39. «Ils cherchaient donc' de nouveau” à se saisir de lui; mais il sortit de leurs mains.» — Peut-être cette forme adoucie sous laquelle Jésus vient de répéter l’affirmation de sa divinité, a-t-elle eu pour effet d’apaiser ses auditeurs; ils renoncent à le lapider immédiatement. Mais, pen- * dant qu'ils complotent pour se saisir de lui, il parvient à rompre le cercle qu'ils avaient formé autour de lui, et, après avoir rejoint ses disciples, à sortir avec eux du Temple. Rien, dans le récit, ne fait supposer un miracle.

Il est absolument impossible de supposer qu’un écrivain postérieur, inventeur de la théorie du Logos, eût jamais imaginé une argumentation comme celle que renferme ce morceau. Comment un tel homme eût-il pensé à prêter à Jésus un raisonnement qui, superficiellement compris, semble contredire tout ce qu’il lui a fait affirmer jusqu'ici relativement à sa divinité ? Ce mode de discussion porte évidemment le caractère de l'actualité immédiate, en même temps qu'il témoigne de l'intelligence la plus vivante de l’Ancien Testament, telle que la possédait Jésus seul.

Page 1