‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean ... . Tome secondChapitre 117 sur 278 · XI ET XII · texte numérisé non relu

XI ET XII

Tout est mûr pour la catastrophe. Au point de vue moral, le développement commencé au ch. V est achevé; il ne reste plus à lincrédulité nationale, maintenant consommée, qu'à produire son fruit : la condamnation de Jésus. Une troisième bonne œuvre (X, 32), la résurrection de Lazare, décide cette crise suprême.

C’est tellement à ce point de vue du développement de lincrédulité juive que les faits sont présentés dans cette partie, que l'entrée du jour des Rameaux (XII, 12-19), qui, dans les Synoptiques, forme le commencement d’une nouvelle série de récits, est ici mentionnée uniquement comme l’un des facteurs de ce développement, dont la clôture est, d’ailleurs, marquée dans notre évangile par un morceau spécialement destiné à ce but (XIT, 37-50).

Ce dernier cycle se divise naturellement en trois sections :

1° Ch. XI : La résurrection de Lazare, avec son résultat immédiat, la condamnation de Jésus;

2 Ch. XIE, 1-36 : Trois faits qui forment la transition du ministère de Jésus à sa Passion; |

3° Ch. XII, 37-50 : Le coup d’œil rétrospectif jeté par l’évangéliste sur le grand fait de l’incrédulité juive, retracé depuis le ch. V. W4

PREMIÈRE SECTION

Ni. oo La résurrection de Lazare.

Trois phases : 1° La préparation : v. 1-16; 2° Le fait : v. 17-44; 8° La conséquence : v. 45-57.

La préparation : v. 1-16.

V.1et 2. «Or il y avait un homme malade, Lazare, de Béthanie, du bourg de Marie et de Marthe sa sœur; 2 Marie était celle qui oignit le Seigneur de parfum et qui lui essuya les pieds avec ses cheveux; et c'était son

frère Lazare qui était malade.» — Le séjour de Jésus en Pérée fut interrompu par la nouvelle de la maladie d’un ami, qui l’appela à se rendre en Judée. Comme c’est en sa qualité de malade que Lazare est mentionné, le mot aobsvov, malade, est placé en tête. La particule dé fait ressortir le changement qui résulta pour Jésus de cette circonstance. Jean ajoute immédiatement le nom de l’endroit où demeurait Lazare, parce que c’est la situation de cette bourgade qui est l’occasion de l'entretien suivant entre Jésus et ses disciples. Mais pourquoi désigner Béthanie comme le bourg de Marie et de Marthe, deux personnages dont les noms n'avaient point encore été mentionnés dans cet évangile? Cest, évidemment, que l’auteur suppose ces deux sœurs bien connues de ses lecteurs par la tradition évangélique et particuliérement par le fait raconté Luc X, 38-49. Béthanie, aujourd'hui El-Azirieh (de El-Azir, nom arabe de Lazare), est un village situé sur le versant oriental de la montagne des Oliviers, à trois quarts de lieue de Jérusalem. — Des deux prépos. axo et &x, employées ici parallèlement, la première désigne le fait le plus simple, celui du domicile; la seconde, l’état civil, l’origine. Lazare appartenait donc à Béthanie par cette double relation. — Le nom de Marie est placé le premier, sans doute à cause du fait qui va être rappelé au v. 2, qui sera raconté en son lieu XII, 1-8, et en vertu duquel elle avait une place plus marquante que sa sœur dans la tradition. C’est aussi pour cela que Marthe est désignée comme sœur de Marie et non l'inverse, ainsi qu'on s’y attendrait d’après v. 5 et 19.

Jean caractérise Marie, au v. 2, par un trait qu'il né racontera que plus tard. C’est ici une nouvelle preuve de la connaissance de la tradition qu'il suppose chez tous ses lecteurs. Il paraît que, tandis que la tradition avait omis le nom de Béthanie dans le récit que nous a conservé Luc :

(ch. X), elle ne mentionnait pas celui de Marie dans le récit de l’onction de Jésus; comp. Matth. XXVI, 6 et suiv.; Marc XIV, 3 et suiv., où il est dit simplement «une femme.» Cette omission ou réticence de la tradition explique parfaitement la forme du récit de Jean au v. 2 : «Cette Marie, dont je parle ici, est la femme qui est connue comme ayant oint.... et essuyé....» La fin du verset sert à ramener de cet épisode au fait principal : (C’est elle dont le frère, Lazare, était malade.»

Hengstenberg consacre vingt-six pages à prouver que (selon l’idée qui prévalait en général avant la Réformation) Marie, la sœur de Lazare, est le même personnage que Marie-Madeleine (Luc VIH, 2) et que la femme de mauvaise vie qui oignit les pieds de Jésus (Luc VII, 36 et suiv.). Il compose sur ce thème un petit roman, d’après lequel la Galilée aurait été le théâtre de la vie dissolue de Marie; Marthe, sa sœur, aurait fait, dans un voyage de fête, la connaissance du riche pharisien Simon, demeurant à Béthanie, qui l'aurait épousée ; elle aurait recueilli, plus tard, dans sa maison, sa sœur Marie, revenue de ses égarements, ainsi que son frère Lazare, tombé dans la pauvreté. Ainsi s’expliquerait l’entrée de Marie dans la salle du banquet (Luc VII); elle était là comme chez elle; et Ja boutade de Simon serait une méchante chicane de beau-frère. Il n°y a pas jusqu’à la parabole du pauvre Lazare et du mauvais riche qui ne doive trouver sur cette voie son explication; étc., ete. Cette dissertation ne prouve qu’une chose : c’est la facilité avec laquelle un homme sagace et érudit prouve tout ce qu’il veuf prouver. Le seul argument qui ait quelque valeur est le rapport d’expressions entre Jean. XI, 2 et Luc VII, 37. 38. Mais la scène est si différente — d’un côté, la Galilée; de l’autre, la Judée; là, les premiers temps du ministère de Jésus; ici, un des jours qui précèdent sa Passion; là, une discussion sur le pardon des péchés; ici, un entretien sur la somme dépensée; — et il est si aisé de se représenter la répétition d’un tel hommage, dans les mœurs de l’Orient, que nous ne saurions accorder la moindre vraisemblance à la double identité de personnes que Hengstenberg cherche à établir.

V. 3 et 4. «Les sœurs donc envoyèrent à Jésus pour lui dire : Seigneur, voici, celui que tu aimes est malade. 4 Jésus, ayant oui cela, dit : Cette maladie n’est pas à la mort ; mais elle est pour la gloire de Dieu, afin que‘ le Fils de Dieu en soit glorifié. » — Le message des sœurs est plein de délicatesse; c’est pourquoi aussi l’évangéliste le rapporte tel qu'il était sorti de leur bouche (Xéyovoa, disant). Kio, Seigneur, fait allusion à la puissance miraculeuse de Jésus; tèe, voici, à l'impression que ne manquera pas de produire sur lui cette nouvelle mattendue ; 6v œt- Xeis, celui que tu aimes, à la tendre affection qui unit Jésus à Lazare et qui leur fait un devoir de ne pas lui laisser ignorer le danger que court son ami. D'autre part, elles ne sauraient le presser de venir; car elles connaissent bien le péril auquel il s’exposerait en reparaissant en Judée: «Voilà le fait; juge toi-même de ce que tu as à faire.»

La parole de Jésus (v. 4) n’est pas donnée comme une réponse à ce message; il y a : à dit, non : i répondit. C'est une déclaration qui est aussi bien à l'adresse des disciples présents, qu'à celle des sœurs absentes. — Il faut connaître bien peu le caractère constamment original et si souvent paradoxal des paroles du Seigneur, pour s’imaginer qu'il ait voulu dire sérieusement que Lazare ne mourrait point de cette maladie, et que plus tard seulement, à la suite d’un second message sous-entendu dans le récit, il ait reconnu son erreur (v. 14). Lücke remarque avec raison, 1l est vrai, que la gloire de Jésus n’impliquait pas la toutescience; mais sa pureté morale excluait certainement l'affirmation de ce qu'il ignorait, et il est bien évident que l'évangéliste lui-même n’attribuait polut à cette parole un pareil sens. L'expression dont se servait Jésus était donc

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