‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean ... . Tome secondChapitre 118 sur 278 · N répète «Aka devant tvo · texte numérisé non relu

N répète «Aka devant tvo

amphibologique; elle pouvait s'entendre: soit comme annonce de guérison, soit comme promesse de résurrection; en tous cas, elle signifiait que le résultat définitif de cette maladie ne serait pas la mort (où toûc Soavatoy). — La gloire de Dieu, c'est l'éclat que répand dans les cœurs sa puissance agissant au service de sa sainteté ou de son amour. Et quel acte est plus propre à produire cet effet que la victoire sur la mort? — Jésus fait expressément allusion à cette parole, au v. 40 : (Ne P'ai-je pas dit que, si lu crois, tu verras la gloire de Dieu? » Il savait donc déjà, en la prononçant, ce quil ferait; il avait tout demandé à son Père et tout obtenu de lui au moment où il prononçait cette promesse, et avant même que le messager fût reparti pour porter cette réponse à Béthanie (v. 42). — Cette manifestation de la puissance divine ne devait pas avoir poureffet la gloire de Dieu seul, mais aussi celle de Jésus, l'instrument de Dieu dans cette œuvre éclatante. Dieu n’est, en effet, glorifié sur la terre: qu'en la personne de son Fils en qui seul il est-connu et 1l se donne, de sorte que le prémier but, la gloire de Dieu, renferme implicitement le second, celle du Fils: Iva, afin que, n'indique donc pas un nouveau but juxtaposé au premier (dréo); c’est l’explication du moyen par lequel le premier sera atteint. On voit dans ce passage combien le sens du nom de Füls de Dieu dépasse, dans la bouche de Jésus, celui dutitre de Messie: — Le pronom à? aÿths pourrait être rapporté à d0énc; il est cependant plus naturel de le rapporter à aoééveux. — Cette parole rappelle celle de IX, 3; mais elle la surpasse en grandeur dans la même mesure où la résurrection de Lazare surpasse en puissance la guérison de l’aveugle-né.

V..5-7. «Or Jésus aimait Marthe et sa sœur et Lazare. 6 Lors donc qu'il eut appris qu’il était malade, il resta encore deux jours dans le lieu où il.était; 7 puis, ce

temps écoulé, il dit aux disciples’: Allons de nouveau” en Judée.» — Pour bien comprendre la relation de ces trois versets et le vrai sens du v. 5 en particulier, 1l faut se rappeler que le uév du v. 6 suppose un ôé sous-entendu au v. 7: (Jésus aimait Marthe.….; lors donc qu'il eut appris, il resta, 7 est vrai (pév); mais ensuite (dé), il dit: Allons. » On sent par là que la remarque du v. 5: il aimait, porte non sur le fait du v.6: ü resta, mais sur celui du v. 7: l'ordre de partir. Cette explication toute simple fait tomber plusieurs suppositions forcées, celle par exemple que Jean a voulu dire : « Quoique Jésus aimât.…, » ou cette autre, plus forcée encore: « Parce qu'il aimait, il resta, afin d’éprouver plus longtemps la foi des deux sœurs.» — Jean emploie ici le terme dyax&, au lieu de œretv (v. 8), non, comme le disent les interprètes, parce qu'il s’agit de l’affection de Jésus pour des femmes — le disciple du Seigneur est élevé au-dessus de semblables préoccupations — mais parce que le terme plus noble et plus honorable convient mieux. à la plume de l’évangéliste, tandis que l’expression de tendresse était plus à propos dans la bouche des sœurs. — Marthe occupe ici, comme v. 19, la première place. C'était évidemment celle des deux sœurs qui primait dans la maison soit par son âge, soit par sa position sociale : elle était peut-être veuve et maîtresse de la maison.

Baur explique le délai mentionné au v. 6 par le désir qu'aurait eu Jésus de laisser mourir Lazare, afin de pouvoir le ressusciter; et il trouve là une preuve de l'inauthenticité du récit. Mais rien, dans le texte, ne fait allusion à une pareille intention de Jésus; et même le v. 15: «Je me réjouis à cause de vous de ce que je n'étais pas là,» l’exclut positivement; car Jésus peut bien se réjouir d’une dis-

4. ADKAA 20 Mnn. ajoutent autou après ma@ntonc. 2. N omet rakv. À lit tokv.

peénsation divine, mais 1l ne pourrait parler ainsi sans charlatanisme d’une circonstance qu'il aurait lui-même provoquée volontairement et par calcul. D'ailleurs il ressort de la suite du récit qu'au moment où Jésus recevait le message, Lazare avait déjà rendu le dernier soupir. Si, en effet, nous faisons le compte des quatre jours mentionnés aux v. 17 et 39 , qui s'étaient écoulés depuis l’inhumation de Lazare jusqu’à l’arrivée de Jésus à Béthanie, ces jours ne peuvent être que les suivants : le quatrième est le jour où Jésus fit le voyage de Pérée à Béthanie (8 à 10 lieues); le second et le troisième sont les deux jours d'arrêt en Pérée ; et le premier , le jour où le messager vint avertir Jésus; c’est donc au commencement de ce premier Jour et peu après le départ du messager, que mourut Lazare , et dans le cours de cette même journée qu'il fut imhumé. Ainsi vers le soir, quand Jésus reçut la nouvelle de la maladie, Lazare était déjà dans le sépulcre. La distance entre Jérusalem et le Jourdain étant de 7 lieues, il devait y avoir une bonne journée de chemin entre Béthanie et la résidence actuelle de Jésus de l’autre côté de ce fleuve. — Quant à la raison qui empêche Jésus de partir immédiatement, on peut supposer, avec Lücke et Néander, que ce fut l'œuvre de son ministère en Pérée. Mais n'est-il pas mieux de dire, avec Meyer, que ce fut l'attente du signal du Pêre, sans lequel Jésus n’agissait jamais. Dieu pouvait certarnement agir en cette circonstance comme Jésus homme ne l’eût pas fait de son chef, et prolonger le temps d'attente, dans le but de rendre le miracle plus manifeste et plus éclatant, en vue de la gloire de son Fils et de la sienne propre.

L'expression éxeita pet toto (v. 7) n’est pas un pléonasme; elle dit combien cette attente parut longue aux sœurs d'abord et peut-être à Jésus lui-même. — Jésus ne dit pas: Allons à Béthanie,» mais: «Allons en Judée:» et

par cette allusion au péril qui le menace dans cette contrée il pousse ses disciples à exprimer la crainte qu'il sait être au fond de leur cœur et qu'il veut y surmonter avant de partir. C’est dans le même but qu'il ajoute le mot raw, de nouveau, qui rappelle les dangers qu'il venait de courir pendant son dernier séjour à Jérusalem.

V. 8-10. «Les disciples lui disent: Maître, naguère les Juifs cherchaient à te lapider, et tu retournes là? 9 Jésus répondit : N'y a-t-il pas douze heures au jour? Si quelqu'un marche pendant le jour, il ne se heurte point, parce qu'il voit la lumière de ce monde; 10 mais si quelqu'un marche de nuit, il se heurte, parce que la lumière n'est pas en lui.» — Au mot de Judée, les disciples se récrient, comme leur maître s’y était attendu; et 1l profite de leur objection pour leur donner une instruction magnifique, en vue de leur ministère futur. La réponse de Jésus (v. 9 et 10) est évidemment à double entente. L'image dont il se sert pour envelopper sa pensée, est tirée de la circonstance même dans laquelle il se trouve. C’est le matin ; le soleil se lève; ils ont donc devant eux une belle journée de voyage, douze heures de jour bien comptées : « Pendant tout ce temps, nous marcherons sans le moindre danger ; le péril ne commencerait pour nous que si nous voulions prolonger le voyage au delà du moment où le flambeau de la nature ne sera plus sur lhorizon.» Mais cela ne sera point nécessaire; car avant la nuit ils auront atteint le terme du voyage , Béthanie. Prise au sens moral, cette parole signifie évidemment : «Le temps de notre existence terrestre nous est mesuré et assuré par une volonté supérieure. Tant que dure cette portion du temps qui nous est dispensée, nous pouvons avancer sans crainte sur la voie que nous trace notre mission. Il fait jour pour nous; car un soleil supérieur à celui de ce monde éclaire notre voie : celui

de la volonté divine, qui nous révèle pas à pas notre chemin. Le danger de broncher ne commencerait pour nous que du moment où, en évitant lâchement un péril prévu, nous prolongerions arbitrairement le temps de notre vie et ajouterions en quelque sorte une treizième heure de marche aux douze qui nous appartenaient légitimement. Nous né pourrions dès ce moment que broncher. Car le soleil de la volonté divine ne brillerait plus en nous; une heure de vie que Dieu ne nous aurait point donnée, serait une heure sans devoir ni mission. » L'application de cette réponse à la circonstance présente est très-claire: « Les Juifs ne retrancheront pas une minute du temps qui m'est donné pour accomplir ma tâche ici-bas ; un dommage réel ne pourrait m'attemdre que si, pour échapper au danger, je voulais, comme vous me le proposez, chercher à prolonger arbitrairement ma carrière, en refusant de me rendre où le devoir m'appelle. »

Le terme roooxorte , se heurter, renferme la double notion de faute commise et de dommage reçu; et l’expression: « La lumière n’est pas en lui,» s'explique par le fait que quand il n’y a plus de soleil sur l'horizon, il n’y a plus de lumière chez celui qui regarde. Ainsi, dès qu’il n’y a plus de direction divine, l’homme cherche en vain son devoir. Il ne peut dans cette condition que pécher et périr.

On à donné de cette parole des explications très-divergentes. Nous ne mentionnerons que celle de Bengel, Meyer et Hengstenberg, qui pensent que le v. 10 s'applique à ce qui arrivera réellement à Jésus, lorsque Dieu l’abandonnera entre les mains de ses ennemis: «Lorsque le temps qui m’est donné sera écoulé, la nuit viendra pour moi, et je périrai. » Mais les expressions : «Se heurter,» et: «La lumière n’est pas en lui,» dans le sens grave qu’elles ont dans ce contexte, ne sauraient s'appliquer à l'avenir de Jésus.

Cette parole se trouve être, pour le fond et pour la forme, le pendant de celle par laquelle Jésus motivait IX, 4 la guérison de laveugle-né. Là, c'était le soir; il voyait le soleil toucher à l'horizon. Je ne puis pas, disait-il, perdre un moment du temps qui me reste pour éclairer les hommes. Ici, au matin, il dit: Le temps qui m'est donné me suffit plemement. Je ne dois pas chercher à ajouter au jour de ma vie une seule heure. Dans ces deux mots : ne rien perdre et ne rien ajouter, se résume certainement le devoir de l'homme par rapport à sa vie terrestre.

V. 11-13. «Il parla ainsi; et, après cela, il leur dit: Lazare, notre ami, dort: mais je vais le réveiller. 12 Sur quoi ses disciples dirent' : Seigneur, s’il dort, il sera sauvé. 13 Mais Jésus avait parlé de sa mort, et eux crurent qu'il parlait du repos du sommeil. » — Les mots Tadta etre, il parla ainsi, ne sont nullement superflus. Ils signifient : «Après leur avoir ainsi expliqué sa conduite et les avoir préparés à le suivre en forüfiant leur foi, il leur dit positivement...» — L’épithète «notre ami» fait appel à leur commune affection pour Lazare, comme l'expression «celui que tu aimes,» au v. 8, s’adressait à son amitié pour lui. — Ce n’est point en ce moment seulement, comme l'ont cru quelques interprètes, que Jésus reçoit la connaissance de la mort de Lazare; il avait connu cette circonstance, d’une manière surnaturelle, dès le moment où le message des deux sœurs avait attiré son attention sur l’état de son ami, et où 1l avait prononcé la promesse du v. 4. — Jésus aime à présenter la mort sous cette image du sommeil, qui la iransforme en une phase de la vie.

Strauss a trouvé inconcevable le malentendu des disciples

1. T. R. lit etmov ouv ot ma. autou avec 10 Mjj. les Mnn. Itrleriaue Vo, — N BCDKX lisent auto avant ou après ot ma. et retranchent autou. — À et 1 Mn. que suit Tischendorf retranchent ot ma. œutou et lisent auto.

au v. 12. M. Reuss fait de même (t. Il, p. 323). C’est ne pas tenir compte du désir extrême qu'avaient les disciples de trouver une raison pour dissuader Jésus d'aller en Judée. Ils s'emparent dans ce but du mot: «1! dort,» pour conclure de là à lissue favorable de la maladie sans qu’il soit besoin de la présence et de l’intervention personnelle de Jésus. Ce sommeil leur apparaît comme la crise de convalescence. — Le terme général xotunous (v. 13) est tiré du xexotunrar (v. 11).

V. 14-16. «Alors donc Jésus leur dit ouvertement : Lazare est mort; 15 et je me réjouis à cause de vous de ce que je n'étais pas là, afin que vous croyiez; mais allons vers lui. 16 Sur quoi Thomas, qui est appelé Didyme, dit à ses condisciples : Allons, nous aussi, afin de mourir avec lui.» — Jésus a écarté (v. 9 et 10) le motif allégué par ses disciples contre ce voyage ;'il a indiqué ensuite (v. 11 et 12) la raison positive qui le force à lentreprendre; maintenant, 1l donne l’ordre du départ. — Ilaxÿônoia, comme XVI, 25 : sans fiqure. — I] y aurait, nous l'avons dit, fausseté manifeste à s'exprimer comme Jésus le fait au v. 15, si cette mort était l'effet voulu de sa propre manière d'agir. — Les mots : « Afin que vous croyiez,» sont le commentaire du régime : (A cause de vous. » Sans doute, les disciples étaient déjà croyants; mais, comme le dit Hengsten-

berg, en croissant, la foi devient; et, à chaque degré nouveau

auquel elle parvient, le degré précédent ne lui paraît plus à elle-même qu'incrédulité. L’accroissement de foi qui va se produire autour de cette tombe, leur sera, dans peu, bien nécessaire, quand ils seront auprès de celle de leur Maitre. — Il y a quelque chose de brusque dans les derniers mois : (Mais allons vers lui.» I s’agit de les entraîner et de surmonter chez eux le dernier reste de résistance. Ils cèdent, mais non sans que l’incrédulité, cachée au fond du cœur de quelques-uns d’entre eux, ne se fasse jour.

La parole de Thomas aux autres disciples trahit en effet plus d'amour pour la personne de Jésus que de foi en la sagesse de sa décision : «Puisqu'il veut absolument se faire tuer, allons nous faire tuer avec lui!» Le Thomas qui parle ainsi est bien celui que nous retrouverons XIV, 5 et XX, 25: beaucoup de franchise et de résolution, mais peu de disposition à subordonner le visible à l’invisible. Cette conséquence , nullement calculée, dans le rôle des personnages secondaires, est, comme l’a développé Luthardt, lun des traits les plus frappants du récit de Jean et l’une des meilleures preuves de la vérité historique de son écrit. — Le nom de Thomas (de l'araméen N'ANN, hébreu DNA)

signifie jumeau. Le nom de Didyme, qui à en grec le même sens, était sans doute celui par lequel on le désignait chez les chrétiens grecs au milieu desquels écrivait Jean. Cest ainsi que s'explique le plus naturellement la répétition de cette traduction XX, 24 et XXI, 2. Hengstenberg voit dans . ce nom de jumeau une allusion à ce que Thomas portait deux hommes en lui, un croyant et un incrédule, un Jacob et un Esau! | Quelle sagesse et quel amour dans la manière dont Jésus prépare ses disciples à ce voyage qui leur répugnait si fort! Quelle élévation dans les pensées qu’il dépose à cette occasion dans leur cœur! Quelle grâce et quel à-propos dans les images par lesquelles il cherche à les leur rendre sensibles!

Le miracle : v. 17-44.

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