‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean ... . Tome secondChapitre 12 sur 278 · II · texte numérisé non relu

II

"Edwxs exprime un acte éternel. Et, comme la résurrection, spirituelle de l'humanité est une œuvre encore à venir, qui suppose la réintégration du Fils dans cet état divin (XVII, 1-9. 5), cette parole n’a son application complète au Fils de l’homme qu'après son élévation dans la gloire du Logos.

Seconde phase : le jugement universel et la résurrection corporelle de l'humanité par le Fils : v. 27-29.

Jésus s'élève ahñsi graduellement jusqu’au faite des œuvres plus grandes qui des mains du Père doivent passer dans les siennes. V. 27, le jugement universel; v. 28 et 29, la résurrection des corps.

V.97. «Et il lui a même’ donné le pouvoir d'exercer le jugement”, parce qu'il est Fils de l’homme.» — Il a été dit déjà au v. 22, d’une manière indéterminée, que tout jugement est donné au Fils. Cette parole se rapportait à la fois au jugement moral et au jugement futur. Cest sous ce dernier aspect exclusivement que cette idée reparait au v. 27, et avec cette détermination nouvelle : que la fonction de juge est conférée au Fils en tant que Fils de l’homme. — Le xat, même, est certainement authentique; il fait ressortir avec force le contraste entre la grandeur de la compétence et la nature vraiment humaine de celui à qui elle est conférée. La fonction de juge ne suppose-t-elle pas en effet la parfaite sainteté, l’omni-science et toutes les autres perfections divines? — Les derniers mots sont diversement interprétés. Ils signifieraient simplement, d’après Lücke : Parce qu'il est le Messie et que juger est une fonction messianique. Cette explication est incompatible avec l'absence de l’article défini devant le terme Fils de l’homme. Lange :

Parce que, en tant que Fils d'homme, il peut compatir à

1. A BL Itpleriqe Syrex Cop. Or. (2 fois) omettent xou. 2. N:XQL XPLOLY EÛ. QUT. EË. ToLELY.

l'infirmité de ceux qu'il doit juger. Ce serait supposer que Dieu ne peut compatir à notre faiblesse; et pourtant comp. Ps. CIE, 144: «1: sait bien de quoi nous sommes faits.» Hébr. If, 48 n’est point un parallèle; car il s’agit là d’intercession, non de jugement. De Wette : Parce que le Père, comme Dieu caché, ne peut juger. M. Reuss, à peu près de même: (Dans le système, Dieu par lui-même ne se met pas en contact avec le monde qu'il doit juger; 1l se fait homme pour cela» (t. Il, p. 368). Ce motif s’appliquerait au Dieu de Philon, non à celui de Jésus-Christ qui, étant un Père qui engendre des enfants à la vie (1, 13), qui aime le monde (IE, 46; 1 Jean IT, 1), peut tout aussi bien en être le juge. Puis, comme l’observe Luthardt, l’opposé du Dieu caché ne serait pas le Fils de l’homme, mais le Dieu manifesté, la Parole, le Kils de Dieu, ou le Fils, absolument parlant. Et dans ce passage, enfin, Jésus veut dire non point que, s'il juge, c’est parce qu'il est homme, et non pas Dieu, mais parce qu'il est Fils de l’homme en même temps que Fils de Dieu. Meyer fat porter le parce que sur l'idée de donner exclusivement : Ge droit lui est donné; car, en tant qu'homme, il ne le possède point par nature. Gette explication très-forcée en elle-même est contraire à la position de édwxey qui devrait être en tête, au xat qu'il faut sacrifier sans motifs suffisants, et au contexte dans lequel cette idée n’a aucune valeur. La Peschito (Syr‘®*), quelques Mjj. (E M A) et Chrysostome ont recours à un expédient encore plus désespéré; ils rattachent ces mots au verset suivant : «De ce qu'il soit Fils de l’homme, ne vous en étonnez pas. » La pensée de Jésus serait-elle donc si difficile à saisir? D'une part le jugement de l'humanité doit être un hommage à Dieu, un acte de culte, aussi bien que l’adoration ellemême. Pour cela cet acte doit partir du sein de l’humanité. La réparation doit être offerte par celui qui a commis l'ou-

trage. Le jugement est à cet égard exactement sur la même ligne que l’expiation qu’il ne fait que consommer. D’autre part, à qui l’amour du Père confiera-t-il la charge de purifier la race humaine, sinon à celui qui s’est uni volontairement à elle pour la présenter à Dieu comme une offrande digne de li? «Tu t'es fait homme! Vivifie, sauve, juge, condamne comme il te plaît! L’humanité, a qui tu t'es donné, appartient. »

V. 98 et 29. «Ne vous étonnez pas de cela; car l’heure vient où tous ceux qui sont dans les tombeaux, entendront sa voix et en sortiront, 29 ceux qui auront fait le bien, en résurrection de vie, ceux qui auront fait le mal, en résurrection de jugement.» — Il est absolument impossible de ne pas rapporter ces deux versets à la résurrection des morts dans le sens propre. 1. Il s’agit d’un événement purement futur; car Jésus retranche les mots xat voy éor, et elle est la (v. 25). 2. Il ajoute l'expression : «Dans les tombeaux,» qui, dans un passage tel que celui-ci, doit nécessairement être prise au sens propre. à. Il ne dit pas seulement : « Ceux qui entendront,» comme au v. 25, mais : «Tous ceux qui sont dans les sépulcres, entendront.» 4. Enfin, le triage décrit au v. 29 ne peut s'appliquer qu’à l'humanité dans sa totalité, et par conséquent la résurrection du v. 28, qu’à la résurrection dans le sens propre. Jésus continue à s'élever a minori ad majus. Il passe dü suprême acte d’ébovoia (autorité) : le jugement, au suprême acte de SUvapts (puissance) : la résurrection des corps, et raisonne ainsi : (Ne vous étonnez pas du droit; car voici la force. » Lücke donne une tout autre tournure à la pensée de Jésus: « Vous cesserez de vous étonner de ce que le Jugement me soit donné, quand vous vous rappellerez que, comme Fils de l’homme (c’est-à-dire : comme Messie), la résurrection n'appartient.» Jésus ferait appel à un article de la théologie

juive d’après lequel le Messie aurait été envisagé comme celui qui devait ressusciter l'humanité. Mais il est encore douteux qu’au temps de Jésus l’œuvre de la résurrection fût attribuée au Messie. La théologie juive postérieure se montre très-partagée sur ce point. Les uns attribuent cet acte au Dieu tout-puissant, les autres au Messie (Eisenmenger, Entd. Judenth. Th. IL, p. 897-899). Et quant à l'Ancien Testament, Dan. VIT rapproche bien de la personne du Messie l’acte du jugement (quoique sans le lui attribuer directement), mais ne mentionne pas même la résurrection. Get appel machinal à une doctrine juive est d’ailleurs peu conforme au caractère créateur du témoignage de Jésus. Enfin le sens de Lücke suppose sa fausse interprétation du terme Fils de l’homme v. 27. — Il y a une grande force dans les mots centendront sa voix.» «Cette voix que vous entendez en ce moment même sera la trompette qui rappellera les morts du tombeau; ne vous étonnez donc pas qu'elle ait autorité de juger, comme aussi la puissance de réveiller de la mort spirituelle.» La dernière et suprême commotion du monde physique sera donc due à la même cause qui a renouvelé le monde moral, la voix du Fils de l’homme. «Puisque la mort est venue par homme, dit sant Paul dans le même sens, la résurrection des morts vient aussi par homme» (1 Cor. XV, 21). Sans doute on pouvait dire à Jésus : Tout cela ne sont que des assertions de ta part. Mais 1l faut toujours se rappeler que derrière ces assertions il y avait un : «Léve-toi et marche» accompagné d’efficace. Ce miracle irrécusable qui servait de texte à ce discours, en était en même temps le point d'appui. — Nous devons relever 1ci une erreur exégétique de M. Reuss. Il ne place que la résurrection spirituelle au rang des œuvres plus grandes (v. 20) et il en exclut la résurrection corporelle : «Il est déclaré que la résurrection spirituelle est plus grande et

plus importante (wet£ovx épyx v. 20)» que la résurrection physique (1. Il, p.464). Mais la résurrection des corps est au contraire présentée dans ce passage comme le point culminant de ces œuvres plus grandes annoncées par le Seigneur v. 20. Ce ne sont nullement la résurrection physique et la résurrection spirituelle qui sont comparées. (est cette double résurrection, conçue Comme une œuvre unique commençant dans le domaine de lesprit et se consommant dans celui du corps, qui est comparée avec des miracles, tels que la guérison de l’impotent. M. Reuss veut arriver à une théologie johannique bien tranchée, et tient à tout prix à opposer Jean aux autres écrivains du Nouveau Testament, au point de vue eschatologique.Pour cela 1l doit ôter toute importance dans les écrits de Jean à la résurrection des corps et au jugement universel. Ainsi s'explique son interprétation évidemment fautive de ce passage.

Le v. 29 revient à l'idée de ce jugement final (v. 27) dont la résurrection des corps (v. 28) est la condition. Il faut, pour être jugés, que les moïts reparaissent dans la plénitude de leur personnalité, ce qui suppose leur rémtégration dans lexistence corporelle. —- Ostervald ‘traduit : CGeux qui auront fait de bonnes, de mauvaises œuvres.» Dans le grec, il y a l’article, mot qui donne à ces deux termes un sens absolu : le bien, le mal. 'Ges expressions renferment, d’un côté, la sincérité, qui conduit à la foi, la foi elle-même et enfin tous les fruits de sanctification que produit la foi; de l’autre, la dépravation intérieure, qui éloigne de la foi, l’incrédulité et toutes ses conséquences immorales. = Sur l'emploi de tout avec ayabx et de todooeuv avec ox a, voir à IE, 20. — L'expression résurrection de vie doit s'expliquer d’après le terme parallèle résurrection de jugement. Les uns ressuscitent pour être jugés, les autres pour vivre dans le plein sens du mot. Les premiers, qui ont refusé de se sou-

mettre au jugement intérieur de l'Évangile, devront voir leur état moral extérieurement constaté d’après leurs œuvres. Les autres, qui vivent déjà spirituellement, et dont l'état moral est tout constaté par ce fait, arriveront par la résurrection de leur corps à la perfection de la vie. On voit combien il faut se garder de traduire, avec Ostervald, Arnaud, N., xoious par condamnation.

M. Reuss, toujours préoccupé d’opposer leschatologie de Jean à celle du reste du Nouveau Testament, dit : « L'1dée d’un jugement futur et umiversel est répudiée comme quelque chose de superflu, comme dénuée de fondement au point de vue théologique.» On est aussi étonné de ces lignes, en face de notre v. 29, que de celles-ci, en face du v. 28: «Il n’est point parlé [dans l’évangile de Jean] du corps futur. Comment l'esprit se soucierait-1l du corps ? » (t. I, p. 469). M. Reuss dira-t-il que ce passage est unique dans tout l'écrit de Jean et ne prouve par conséquent rien? Serait-1l de ceux qui comptent les passages, au lieu de les peser ?

V. 30. «Je ne puis rien faire de moi-même; selon que j'entends, je juge: et mon jugement est juste, parce que je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé’. >» — On serait tenté de rattacher le v. 30 à ce qui précède immédiatemént par la pensée du jugement qui domine dès la seconde proposition du verset: «Selon que j'entends, je juge.» Mais déjà le prés. je juge ne se rattacherait qu'indirectement à l’idée du jugement futur, v. 29; et la première proposition: «Je ne puis rien faire de moiméme,» donne dès l’abord à ce verset une portée beaucoup plus générale. Nous sommes évidemment ramenés à la pen-

1. Le T.R. lit tatpoc à la fin du verset, avec E GHMS U V Mnn. It2lis- Ce mot est retranché par NX À B DK L A À 12 Mnn. Itpleriqe Vo, Syr. Cop. Or. (3 fois).

sée du v. 19 : L’infaillibilité de l’activité du Fils reposant sur sa dépendance complète du Père dans tout ce qu'il fait et dit. Ainsi ce passage remarquable se ferme par la même pensée générale qui l’a ouvert. Après s'être attribué Les opérations les plus prodigieuses, il semble que Jésus veuille se replonger vis-à-vis du Pêre comme dans une sorte de néant. Il se sent incapable d'accomplir par lui-même Pacte le plus modeste. — ’Eyw, moi: par ce mot il applique positivement à cette personnalité visible et déterminée qu'ils ont devant eux les choses inouïes qu'il vient d'affirmer et du Fils de Dieu et du Fils de l’homme. L’impuissance que Jésus s’attribue est de nature morale comme au v. 19. Là, pour peindre sa dépendance , Jésus s’était servi d'images tirées du sens de la vue : le Père montre, le Fils contemple. Loi, il emprunte ses images au sens de l’ouie : chaque jugement qu'il porte, il ne le porte qu'après que le Père la en quelque sorte murmuré à son oreille. Ces sentences sont les actes d'absolution ou de condamnation qu'il accomplit en disant à l’un: CTes péchés le sont pardonnés ,» à l’autre : «Tes œuvres sont mauvaises.» — Il est remarquable que Jésus présente la docilité parfaite, avec laquelle il recueille les sentences que lui fait entendre le Père, comme la garantie de leur infailibilité. Ne prétendre rien savoir par luimême et ne prononcer que ce que Dieu lui a appris, c’est pour lui le moyen de ne jamais se tromper : (Et mon jugement est juste.» — Mais, pour écouter ainsi, il faut n'avoir aucune volonté propre. Sans doute Jésus a, lui aussi, une volonté naturelle, distincte de celle de Dieu; sa prière à Gethsémané le prouve bien: (Que ta volonté se fasse, et non la mienne.» Dans ce sens, les monothélètes méritaient certamement d’être condamnés; car, en niant en Jésus une volonté naturelle, ils supprimaient en lui la nature humaine elle-même. Mais, dans un être complètement consacré à

Dieu, comme Jésus, cette volonté de nature («ma volonté ») n’est là que pour être incessamment immolée à celle du Père : «Je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé.» Moralement parlant, il n’y a donc réellement en Jésus qu’une volonté; l’autre n’est qu’une possibilité continuellement et librement supprimée. Cest sur cette soumission incessante que repose la sainteté absolue de sa vie, et de celle-ci que procède linfalhbihté de son savoir et de sa parole. Il le déclare ici lui-même. Avant de quitter cette première partie du discours de Jésus, jetons un regard en arrière. Aucun passage, peutêtre, ne nous offre, comme celui-ci, l’occasion de pénétrer dans le laboratoire intime de la conscience de Christ et d’étudier le mode d’engendrement de sa pensée. Le miracle qu'il a accompli et les reproches dont il est l’objet font appel à sa réflexion. Il se recueille; et la relation de son travail avec celui de son Père se présente à l'instant à sa conscience dans son msondable profondeur, de telle sorte que la thèse simple, sommaire , semblable à un oracle, par laquelle il la formule dès le premier mot, contient virtuellement tous les développements subséquents : c’est Le v. 17. Après cela, il fouille à pleines mains dans ce trésor. Dans un premier cycle (v. 19 et 20), il reste encore dans les généralités de cette relation paternelle et filiale. Mais, dans le cycle suivant (v. 21-99), ces œuvres, que Jésus accomplit dans la dépendance du Père, se précisent : vivifier, juger (v. 21-93); puis, ces deux notions elles-mêmes présentées d’abord dans l’acception la plus large et la plus indéterminée, de manière à réunir encore les deux sens figuré et littéral, se trouvent appliquées spécialement au domaine moral (v. 24-96), et apparaissent enfin à l’état le plus concret et le plus plastique dans le domaine des réalités extérieures (v. 27-29). Mais ce qui nous paraît le trait le plus caractéristique de cet in-

comparable passage, c’est qu'il est complètement exempt de ce qu'on peut appeler la métaphysique religieuse. Ge qu’on sent palpiter dans la parole de Jésus, du premier au dernier mot, c’est le dévouement filial. Son cœur de Fils y est, en quelque sorte, pris sur le fait. Pour supposer que dé telles paroles aient pu être fabriquées à froid par'un penseur chrétien, il faut n'avoir pas entrevu le bord des PARENTS d'amour et de sainteté qui $ y découvrent.

2. Le témoignage par lequel le Père appuie celui que se rend le Fils: v. 31-40.

Jésus venait de s’attribuer des œuvres étonnantes. Il devine maintenant une objection chez ses auditeurs : « Tout ce que tu affirmes de toi-même n’a d'autre garant que ta parole.» Jésus, reconnaissant qu’un tel témoignage a besoim d’une sanction divine (v. 31-35), la présente à ses adversaires. Il leur offre un triple témoignage du Père en sa faveur : 1° celui de ses œuvres (v. 36); 2° un témoignage oral et personnel (v. 37); 3° celui des Écritures (v. 38-40).

V. 31 et 32. «Si c’est moi qui me rends témoignage à moi-même, mon témoignage n’est pas vrai. 92 Il yen a un autre qui rend témoignage de moi; et je sais’ que le témoignage qu'il me rend, est vrai.» — La contradiction apparente du v. 31 avec VIII, 14: «Si méme je me rends lémoignage à moi-même, mon lémoignage est vrai,» peut se résoudre en expliquant, comme le fait Meyer, éyo dans le sens de «moi seul.» Gette ellipse se déduit en effet naturellement du v. 32: QI y en a un autre.» Mais, même dans ce cas, 1l faut reconnaître que Jésus consent à s'appliquer ici une règle de droit empruntée à la condition de l'homme pécheur, et qui dit que nul ne peut rendre témoignage dans sa propre cause. VIIE, 14 au contraire il revendiquera

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