T. R. lit «ha. N BG X le retranchent
tout ce que laisse entendre ce qui est trop grand pour être exprimé. Et c'est la grandeur de cette œuvre attendue qui lui inspire la répétition du mot Gess, Dieu, à la fin des deux propos. du v. 22: «Tu es le bien-aimé de Dieu; Dieu te donnera la vie de mon frère.» Gette confiance n’est pas seulement inspirée à Marthe par les résurrections opérées en Galilée, mais tout spécialement par la promesse de Jésus (v. 4), que le messager n'avait pas manqué de lui rapporter. ,
Il y a, dans la foi de Marthe, plus de force que de lumière. Elle croit à l'acte de puissance; mais elle n’est pas initiée encore à la sphère spirituelle dans laquelle vit Jésus et d’où doit émaner le miracle qu’elle demande. Avant de satisfaire son désir, Jésus travaille à la mettre en état de bien comprendre et de bien recevoir. Il procède, dans ce but, comme il la fait aux ch. V et VI, en donnant d’abord à sa promesse la forme la plus vague et la plus indéterminée : «Ton frère ressuscitera.» Hengstenberg pense même qu'il ne fait nullement allusion, dans cette promesse, à la prochaine résurrection de Lazare, qui selon lui ne mérite point le nom de résurrection. Car le retour à cette misérable existence terrestre ne saurait être appelé de ce beau nom. Mais n'est-ce pas faire violence au texte, que de se refuser à voir dans cette parole : (Ton frère ressuscitera,» la promesse de l'événement qui va suivre ?
Marthe pressent bien ce que Jésus veut dire; mais pour s’en assurer complètement, elle se borne à appliquer la parole de Jésus à la résurrection finale, qui est pour elle le certain, afin de donner à Jésus l’occasion de s'expliquer et de déclarer expressément ce qu’elle n’ose encore qu’espérer. Il n’y à donc ni douloureuse résignation (Meyer), ni rechute après un élan de foi (Luthardt), chez Marthe: tout respire une foi virile, dans les paroles de cette femme.
Mais, si cette foi de Marthe est admirablement forte, elle n’est pas assez spirituelle et surtout pas assez rattachée à la personne de Jésus. Le Seigneur travaille, dans sa réponse, à la rendre parfaite sous ce double rapport.
V. 95 et 26. « Jésus lui dit : C’est moi qui suis la résurrection et la vie; celui qui croit en moi, quand même il serait mort, il vivra ; 26 et quiconque vit et croit en moi ne mourra point, à jamais; crois-tu cela?» —- À l'événement futur, la résurrection, Jésus oppose sa personne (éyo, Moi), et sa personne présente (eur, je suis). La victoire sur la mort n’est pas un fait physique; c’est un acte, une œuvre morale dont Jésus, là présent, est l’auteur et qu'il peut accomplir, s’il le veut, en ce moment aussi bien que dans quelques siècles. Jésus concentre ainsi sur luimême Ja foi de Marthe et cherche à remplacer chez elle l'adhésion à une vérité dogmatique par la confiance en sa personne. C'est ce qu'il avait fait au ch. IV et au ch. VE, où, après quelques imstants d'entretien, il s'était substitué luimême aux notions abstraites d’eau vive et de pan du ciel. — Si Jésus eût parlé au point de vue de ce qu'il est en luimême , 1l eût dit avant tout : «Je suis la vie.» Maïs il parle au point de vue de ses relations avec nous; et comme la mort est notre élément naturel, 1l commence par l’idée de résurrection. Il est impossible de séparer ici le sens moral et le sens physique dans l'emploi des deux termes résurrection et vie. D’un côté, les paroles suivantes (v. 25 et 26) mettent surtout en relief le sens moral; de l’autre, la nature de l’œuvre que Jésus va accomplir ne permet pas d’écarter le sens littéral. Jésus veut, avant tout, spiritualiser la foi de Marthe en lui révélant la résurrection morale, dont il est lui-même le principe, comme le fondement de la résurrection physique, qui s'accomplit aussi par lui. Il suffit de croire en lui, pour que, nonobstant l’accident passager de
la mort, on possède déjà une vie qui ne saurait être interrompue. Ceci s’applique à Lazare qui, tout mort qu'il est, vit en Dieu et peut ainsi, à chaque instant, être rappelé à l'existence terrestre. Il y a même plus (v. 926) — et ceci applique à ceux qui entourent Jésus — tout homme encore vivant, s’il est croyant, est en réalité et pour jamais à l'abri de la mort. Mourir en pleine lumière, dans la sereine clarté de la vie qui est en Jésus, n’est plus le fait-que la langue humaine à désigné du nom de mort. Voir à VI, 50; VIIT, 51. — L’épithète 6 &ôv, celui qui vit (v. 26), est l’antithèse de xav arobavn, quand même il serait mort (v.. 25); ces deux expressions doivent être prises au sens propre.
Il était nécessaire que Marthe reçût cette lumière sur la nature réelle de la résurrection et sur le rapport de ce fait à la personne de Christ pour que, dans le miracle qu'il allait accomplir, Jésus ne lui apparût pas comme un simple thaumaturge. Le miracle n’avait de valeur pour sa vie religieuse que comme rayon de la gloire de Jésus et comme moyen d’unir son âme à lui. Jésus lui demande donc encore, avant d'agir: € Crois-tu cela?» :
V. 97. «Elle lui dit : Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui devait venir au monde.» — (Cest rabaisser étrangement cette profession de Marthe que de n’y voir, comme quelques-uns l'ont fait, qu'un aveu d'inintelligence relativement aux paroles précédentes de Jésus : «Je ne comprends pas ces choses si profondes; voici, en deux mots, ma théologie : je te tiens pour le Messie.» Ce sens donnerait à cette scène si grave un caractère puéril et presque ridicule. Par sa réponse : «Oui, Seigneur,» Marthe s’approprie certainement tout ce que Jésus vient d'affirmer sur sa personne. Mais quand, en réponse à linterpellation de Jésus, elle veut formuler spontanément sa foi, sa véracité l'empêche, comme l’observe délicate-
ment Lange, de répéter machinalement des expressions empruntées à un ordre de choses si nouveau pour elle; elle crée sa profession conformément à la mesure de sa foi actuelle, et se sert des termes qui lui sont familiers; mais cette profession élémentaire suffit plemement; car elle exprime que Jésus est pour elle tout ce qu'il y a de plus, grand et que, quoi qu'il ait pu dire sur sa personne, 1l n’en aura jamais trop dit pour la foi de celle qui lui parle: /e Christ, le terme de toutes les révélations et de toutes les dispensations théocratiques; le Fils de Dieu, le personnage en qui Dieu se manifeste comme en aucun autre et qui est avec Dieu dans une relation intime et mystérieuse. L’expression : (Qui vient dans le monde,» n’est pas un troisième titre, mais forme l’apposition explicative des deux autres. — Il y a opposition entre Dieu, de qui Jésus vient comme Fils, et le monde, le théâtre sur lequel il se présente, pour y remplir sa fonction de Christ. Gette expression n'implique point cependant l’idée de la préexistence de Jésus. Marthe revient ainsi à l’œuvre que Jésus va accomplir et qui rentre dans son œuvre messianique en général. Le partic. prés. épxouevos est le présent de l'idée : celui qui doit venir d’après la promesse divine. Tenir Jésus pour tel, c’est reconnaître implicitement qu'il est tout ce qu'il a dit. Il y a une grande vérité psychologique dans cette réponse de Marthe. — ’Eyw : moi que tu interpelles: rexioteuxa (parf.) : c’est ma conviction acquise.