‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean ... . Tome secondChapitre 122 sur 278 · RS · texte numérisé non relu

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sensibilité livrée, sans la moindre trace de réaction, au sentiment qui l’absorbe. Quelle délicatesse dans les moindres traits de ce récit!

Jésus connaît trop bien le cœur humain pour essayer d'appliquer à Marie la méthode qu'il vient d'employer avec Marthe. Avec une douleur semblable , il ne faut pas parler, enseigner; il faut sympathiser et agir :

V. 33 et 34. « Lors donc que Jésus vit Marie pleurant et les Juifs qui étaient avec elle pleurant, il frémit en son esprit et s'émut', 34 et il dit : Où l’avez-vous mis? Ils lui dirent: Seigneur, viens et vois.» — La particule donc, les mots: (Lorsqu'il vit,» et la répétition du participe pleurant, semblable à un refrain, qui termine les deux propositions , établissent un rapport direct entre la douleur de Marie et des assistants et l'émotion extraordinaire qui s'empare de Jésus. Il est généralement reconnu , à cette heure, que le terme éufBormäcéar (de Bomater, hennir, rugir) ne peut désigner qu'un frémissement d’indignation. Voir la démonstration approfondie, dans le travail de Gumlich, Stud. u. Krit. 1862, p. 260-9269. II faut donc écarter de prime abord les sens : éfre saisi de douleur (Lücke), gémir profondément (Ewald). Mais quel peut-être l’objet de lindignation de Jésus? Selon Chrysostome, Cyrille et d’autres intérprètes grecs, ce serait l'émotion même qu'il éprouve à la vue de la douleur de ceux qui l'entourent; avec cette différence que, d’après Chrysostome, t6 rveuuart désignerait la sympathie de Jésus, objet de son indignation (il s’indigna contre son propre tveduæ, sa propre émotion), tandis que Cyrille voit dans le tveüua sa nature divine, au moyen de laquelle il lutte contre cette douleur tout humaine. Mais Jésus se livre immédiatement après (v. 35) avec une parfaite sim-

1. D quelques Mnn. Sah.: etapayôn Two mveumatt wc eufBptuwpuevos.

plicité à cette émotion, qu'il combattrait en ce moment d’après cette explication. D’autres appliquent ce mouvement d’'indignation au manque de foi qu'il discernait chez Marie et chez les Juifs. Mais le mot pleurant, répété deux fois dans ce qui précède, n'exprimerait pas assez clairement cette notion d'incrédulité. L'instant d’après, Jésus ne pleure-t-il pas aussi lui-même? La plupart des interprètes modernes pensent que lindignation de Jésus est dirigée contre la:-puissance de la mort et contre l’invisible meurtrier qui manie cette arme homicide (VIT, 44). Aux yeux de Jésus, en effet, la mort n’est pas un événement, pas plus que la résurrection; ces deux faits sont des actes, les résultats d’une volonté personnelle. Il faudrait alors admettre que, tandis que lindignation ressentie par Jésus v. 38 s'adresse au meurtrier, les larmes qu'il répand v. 55 sont l'expression de la pitié que lui inspirent les victimes. Cependant, il.est bien difficile, à ce point de vue, de se rendre compte des mots suivants : (Et il s’émult lui-même.» L’émotion de Jésus paraît avoir eu un caractère plus personnel que ne le suppose cette explication. Une émotion tout à fait analogue est mentionnée XIIT, 21 au moment où Jésus voit se préparer la trahison de Judas: C1! fut troublé en son esprit, » est-il dit. L'esprit est le -siége des émotions religieuses comme l'âme est celui des affections naturelles. Ainsi XIT, 27, Jésus dit : «Mon âme est troublée, » parce que c’est la prévision de ses souffrances qui fait frissonner sa nature, tandis que, dans l’autre passage (XIIT, 21), c’est en son esprit qu'il est ébranlé, parce qu'il se voit en contact immédiat avec le mal sous sa forme la plus odieuse, et qu'il ressent avec horreur la présence de l’être qui s’est emparé du cœur de Judas. Ce parallèle est le seul qui puisse expliquer le frémissement de Jésus v. 35. Les sanglots qu'il entend autour de lui le pressent d'accomplir la résurrection de son

ami; et, d'autre part, il sait que, céder à cette sollicitation, c’est signer , en quelque sorte, sa propre sentence de mort. Du plus bienfaisant et du plus glorieux de ses miracles, Satan va faire le signal de sa condamnation; une partie de ceuxlà mêmes dont les sanglots le forcent à agir seront, dans quelques instants , ses délateurs. L'horreur le saisit, à cette pensée : payer par la mort le crime d’avoir vaincu la mort! Il y a là une diabolique méchanceté dont son âme sainte est ébranlée jusque dans ses plus intimes profondeurs. — Les mots: (1 s’émut lui-même,» indiquent certamement une commotion, un tremblement corporel, physique, dont purent s'apercevoir les témoins de cette scène. Cependant l'expression est choisie par l'évangéliste de manière à éloigner toute idée d’une secousse irréfléchie et purement passive ; elle ne désigne donc point, comme le pensent Meyer et d’autres interprètes, l’action toute naturelle du moral sur le physique. Au contraire ; à la suite du frémissement intérieur dont 1l vient d’être saisi, Jésus passe par un moment de lutte qui aboutit à une résolution énergique. Il remporte la victoire sur l'émotion que lui cause la pensée du parti qu'on va tirer de la résurrection de son ami; et l’ébranlement physique, indiqué par ces mots: QC s’émut lui-même, » est le signe de cette lutte rapide et de cette victoire instantanée. Il secoue, pour ainsi dire, l’effroi dont cette prévision avait un instant rempli son âme, et le résultat de cette victoire remportée est cette brusque et courte question: (Où l'avez-vous mis?» Les deux xai font ressortir la liaison intime de ces différentes émotions qui se succèdent.

V. 35-37. «Jésus pleura'. 36 Les Juifs disaient donc: Voyez comme il l’aimait. 37 Mais quelques-uns d'entre ‘eux dirent : Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne

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