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pouvait-il pas faire que celui-ci aussi ne mourüûüt pas?» — L’orage est passé; Jésus, en approchant du tombeau, n’éprouve plus qu'une tendre sympathie pour la douleur qui a rempli le cœur de son ami au moment de la séparation, et pour celle qu'éprouvent encore les deux sœurs à cette heure même. Le terme Gaxçpvety ne désigne point, comme xXateu (v. 33), des sanglots, mais simplement des larmes; c’est l’expression d’une douleur calme et douce. Baur n’admet pas qu'on puisse pleurer sur un ami qu’on va revoir. Ce trait prouve, selon lui, l’inauthenticité du récit et du livre où il est renfermé. Assurément, si le quatrième évangile était le produit de la pensée spéculative, ce v. 35 ne s’y trouverait pas; Jésus ressusciterait son ami le regard triomphant et les yeux secs, en Logos non incarné, mais simplement apparu. Quant à l’évangéliste, il affronte cette contradiction sublime, dont il a dès l’abord formulé le principe : « La Parole a été faite chair.» Car il n’invente pas; il a vu. (On ne ressuscite pas les morts avec un cœur de pierre,» dit Hengstenberg. Hébr. Il, 17, nous apprend que celui qui veut assister un malheureux, doit avant tout avoir ouvert son cœur au sentiment de la souffrance à laquelle 1l veut l’arracher. C’est une chose étrange que ce soit l’évangile dans lequel est affirmée avec le plus d'éclat la divinité de Jésus, qui nous fasse aussi le mieux connaître le côté profondément humain de sa vie. La critique même du savant allemand prouve combien peu un tel Jésus est l’enfant de la spéculation. — I] faut remarquer la brièveté solennelle des propositions, dans ces v. 34 et 39.
Jusqu'au bord de cette tombe, nous retrouvons la scission inévitable qui s’opère, autour de la personne de Jésus, à chacune de ses manifestations en actes ou en paroles. Parmi les Juifs eux-mêmes, il s’en trouve un certain nombre dont le cœur est ému à la vue de ces larmes; la sympathie pour
la douleur est un terrain neutre, un domaine purement humain, sur lequel se rencontrent toutes les âmes qui ne sont pas encore complètement endurcies. Mais quelques-uns d’entre eux trouvent dans ces larmes de Jésus une raison de suspecter son caractère. De deux choses lune: ou ilm’ayait point pour Lazare l'amitié qu'il affecte maintenant d’éprouver ; ou il ne possédait pas réellement le pouvoir miraculeux dont 1l prétendait avoir donné la preuve dans la guérison de l’aveugle-né; en tout cas, il y a quelque chose de louche dans sa conduite. Plusieurs interprètes donnent un sens bienveillant à cette question des Juifs v. 37 (Lücke, Tholuck, de Wette, Gumlich). Mais l'évangéliste identifie, par la forme même de l'expression (quelques-uns d’entre eux), ces Juifs du v. 37 et ceux du v. 46. Et il est impossible , si lon donne ce sens au v. 37, d'expliquer la relation entre cette question des Juifs et la nouvelle émotion de Jésus v. 38. — Strauss trouve étrange que ces Juifs n’en appellent pas plutôt aux résurrections de morts que Jésus avait opérées en (Galilée. Mais ce serait précisément un évangéliste du second siècle qui n'aurait pas manqué de mettre dans la bouche des Juifs une allusion à ces résurreetions, bien connues dans l'Église par les Synoptiques; et la fidélité historique du récit de Jean ressort, au contraire, de cette circonstance si naturelle, que les habitants de Jérusalem en appellent plutôt au dernier miracle saillant accompli par Jésus dans cette ville et sous leurs yeux. Cette guérison avait donné lieu à tant de discussions et de jugements divers qu'elle se présente la première à leur pensée.