‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean ... . Tome secondChapitre 124 sur 278 · Jésus au tombeau de Lazare : v · texte numérisé non relu

Jésus au tombeau de Lazare : v

V. 38 et 39. «Jésus donc, frémissant de nouveau en lui-même, arrive au sépulcre ; c'était une grotte, et une

pierre était posée dessus. 39 Jésus dit : Otez la pierre. La sœur du mort’, Marthe, lui dit: Seigneur, il sent déjà ; car il est là depuis quatre jours. » — Le nouveau mouvement d'indignation de Jésus est évidemment provoqué par la remarque malveillante des Juifs (v. 37); Jean luimême le fait entendre par le donc (v. 38). Et, dans l'explication que nous avons donnée du motif de cette indignation (v. 33), la relation entre ces deux faits est aisée à comprendre. Cependant, cette émotion parait avoir été moins profonde et plus facilement surmontée que la première fois. Ce détail si naturel est une nouvelle preuve de la fidélité historique du récit.

Le sépulcre était un caveau creusé dans le roc, soit horizontalement, soit verticalement; dans le premier cas, le verbe étéxerro signifie : était posée à l'entrée de; dans le second: était posée sur. Si le tombeau que l'on montre aujourd’hui comme étant celui de Lazare l'était réellement, il aurait eu la seconde de ces formes. D’après Thiele (Jérusalem, 1861, p. 92), c’est un caveau creusé dans Le roc où l’on descend par un escalier étroit de vingt-six degrés. Robinson a prouvé sur ce point, comme sur tant d'autres, l’inauthenticité de la tradition. — Les pierres par lesquelles on fermait ces caveaux pouvaient facilement être enlevées; elles w’étaient destinées qu’à arrêter les bêtes sauvages. — Il y a entre le second mouvement d'indignation de Jésus et l’ordre : « Otez la pierre,» une relation analogue à celle que nous avons remarquée entre la première émotion de ce enre et la question : « Où l’avez-vous mis? »

L'observation de Marthe (v. 39) provient-elle, comme le pensent plusieurs interprètes, d’un mouvement d'incrédu-

1. Les Mss. se partagent entre tefvnxotos (T. R. et byzantins) et rete- Aeuxotos (alexandrins). |

lité? I ne le paraît pas; car on ne peut s'expliquer, à ce point de vue, le but de l’épithète dont Jean fait précéder ici le nom de Marthe : «La sœur du mort.» À quoi bon répéter cela? Chaque lecteur ne le savait-il pas suffisamment ? Au moment de voir enlever cette pierre, elle pense à la sensation pénible que vont éprouver Jésus et les assistants, et cela au sujet d’un être qui lui tient de si près. Elle en éprouve, comme sœur, une sorte d'embarras et de confusion. Il faut se rappeler combien l’idée de souillure se rattachait étroitement, chez les Juifs, à celle de mort et de corruption. C’est donc ici une exclamation dictée par un sentiment de respect pour celui à qui elle parle : « Seigneur,» et par : une sorte de pudeur pour la personne, sacrée pour elle, de celu dont il s’agit: © La sœur du mort.» Il serait possible que l’assertion de Marthe ne fût qu'une supposition qu’elle justifierait en ajoutant : « Car il est Là depuis quatre jours.» Mais il est plus naturel de voir dans ces mots l'expression d’un fait positif et dont elle a fait elle-même l'expérience. L’explication : « Car il est déjà là... ,» indique dans ce cas la cause du fait et renferme une légère allusion au long retard de Jésus. Mais, demande-t-on, Lazare n’avait-il pas été embaumé? II l'avait été, sans doute, mais à la manière des Juifs, qui se bornaïent à envelopper le corps de parfums, ce qui ne pouvait empêcher la corruption. Luthardt admet qu’on avait déposé le corps sans accomplir cette cérémonie, dans l'attente de la prochaine arrivée de Jésus. Le v. 44, qui montre que Lazare avait les membres enveloppés de bandes, comme les autres morts (comp. XIX, 40), n’est pas favorable à cette opinion. — $i cette remarque de Marthe ne provenait pas d’un mouvement d'incrédulité, elle pouvait néanmoins, par le fait qu’elle signalait, provoquer chez elle une défaillance de foi en cet instant décisif.

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