‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean ... . Tome secondChapitre 125 sur 278 · V. 40-49. «Jésus lui dit : Ne t’ai-je pas dit que, si tu · texte numérisé non relu

V. 40-49. «Jésus lui dit : Ne t’ai-je pas dit que, si tu

crois, tu verras! la gloire de Dieu? 41 Ils ôtèrent donc la pierre”. Et Jésus leva les yeux en haut et dit: Père, je te rends grâces de ce que tu m'as exaucé. 42 Pour moi, je savais bien que tu m’exauces toujours; mais j'ai dit cela à cause de ce peuple qui m'entoure, afin qu'ils croient que tu m'as envoyé.» — Plusieurs interprètes rapportent ces mots : «Ne Pai-je pas dit..?» à l'entretien v. 23-97. Et c’est bien, en effet, aux expressions : « Celui qui croit en moi» (v. 25 et 26), et : « Crois-tu cela?» (x. 27), que fait penser cette parole de Jésus : «Si tu crois...» Mais l'expression caractéristique dans notre verset : la gloire de Dieu, manque dans ces déclarations, tandis qu’elle constitue le trait saillant de la promesse du v. 4. C’est donc sur cette dernière promesse que Jésus appelle surtout lattention de Marthe. Il savait bien qu’elle avait été rapportée aux deux sœurs par le messager ; elle avait formé le point de départ de v. 23-27 (comp. v. 22), et cet entretien n’en avait été que la confirmation et le développement. Ainsi: CNe l’ai-je pas dit?» pour : «Ne l'ai-je pas fait dire?» — La gloire de Dieu est ici, exactement comme Rom. VI, 4, le triomphe éclatant de la toute-puissance, au service de l'amour divin, sur la mort et la corruption (v. 59). Voilà le spectacle magnifique que Jésus promet à Marthe et qu'il oppose aux impressions pénibles qu’elle redoute pour les assistants et pour elle-même, une fois que la pierre aura été enlevée. — Il n’est point nécessaire de voir dans ces mots : « Ne Pai-je pas ht que si tu crois...» un reproche, comme si Marthe eût manqué de foi en parlant comme elle l'a fait au v. 39. En face des signes manifestes de la dissolution déjà commencée, Jésus l’exhorte à un suprême acte de foi, en lui

1. Au lieu d’obe que lit T. R. avec AU, tous les autres Mjj. lisent on. 2, T. R. ajoute ici, avec 8 Mjj. byzantins, les mots ou nv o re XEtmevos. À K quelques Mnn. lisent ov nv.

donnant pour point d'appui sa précédente promesse. Elle a déjà gravi les pentes ardues de la montagne : plus qu’une dernière cime à franchir, et le spectacle de la gloire de Dieu, de la vie triomphant de la mort, se déploiera à ses veux. L'homme voudrait toujours voir pour croire ; Marthe est appelée à donner au monde l'exemple de la marche inverse : croire pour voir. En s'exprimant comme il le fait ici, Jésus ne veut nullement faire dépendre, comme le pense Meyer, l’accomplissement de sa promesse de la foi de Marthe; ce qu'il subordonne à ce dernier acte de confiance qu'il réclame d'elle, ce n’est pas le miracle, c’est la jouissance qu'elle en aura (voir la gloire). L'œil du corps ne saurait nous faire jouir seul d’un tel spectacle. — La leçon de À K ne serait-elle pas le texte primitif? Sa brièveté explique d'un côté la glose byzantine, de l’autre l’omission complète de cette proposition chez les alexandrins. — Le ciel visible est le témoin le plus éloquent de la richesse et de la puissance invisible de Dieu; et c'était en plongeant ses regards dans ses infinies profondeurs que Jésus cherchait intérieurement et se disposait à rencontrer la face de son Père; tant il était réellement homme, la Parole faite chair (comp. XVIT, 1). — Le miracle est déjà accompli aux yeux de Jésus; c’est pourquoi il en rend grâces comme d'une chose faite : «Tu m'as exaucé. » Jésus confirme ici la manière de voir qu'avait exprimée Marthe relativement à ses miracles (v. 29) : ce sont des prières exaucées. Mais ce qui distingue sur ce point sa position de celle des autres envoyés divins qui ont accompli des œuvres pareilles, c’est l'assurance parfaite de l’exaucement, avec laquelle il s’adresse à Dieu. Il puise librement, comme Fils, dans le trésor divin. Besser dit très-bien : « Sans doute, il a opéré tous ses miracles par la foi, mais par la foi qui lui était propre, celle d’être le Fils de Dieu manifesté en char.»

Si Jésus a exprimé tout haut sa reconnaissance, comme il vient de le faire, ce n’est pas, ajoute-t-il lui-même, qu'il y ait rien d’extraordinaire dans la conduite du Pére à son. égard en cette occasion. Cette action de grâces n’est point une exclamation arrachée par la surprise d’un exaucement exceptionnel; constamment exaucé du Père, il le remercie aussi constamment. Mais ce qui, dans ce moment solennel, le pousse à remercier expressément et tout haut, c’est la vue de ce peuple qui l'entoure. Il à préparé, dans des entretiens particuliers, ses disciples et les deux sœurs à contempler et à comprendre l’œuvre qu'il va faire. I veut disposer aussi ce peuple, que son Père a rassemblé inopinément autour de cette tombe, à contempler la gloire de Dieu, à voir dans ce miracle, non pas seulement un prodige, mais un signe. L’étonnement qu'ils éprouveront ne serait-il pas stérile, s’il n'aboutissait à la foi? Voilà la raison pour laquelle Jésus a exprimé cette fois tout haut le sentiment de reconnaissance fillale qui remplit contmuellement son cœur. Par cette allocution au Père, en effet, 1l vient de mettre solennellement Dieu en demeure de lui accorder ou de lui refuser son concours. Si Lazare reste dans la tombe, que Jésus soit reconnu un imposteur, et que tous ses autres miracles soient attribués à Béelzébub ! Si Dieu invoqué déploie son bras, que Jésus soit reconnu son envoyé ! C'est ainsi que cette action de grâces anticipée fait de ce moment celui d’une épreuve décisive, semblable à celle d'Élie sur le Carmel, et donne à ce miracle, dans l’ensemble de la vie de Jésus, un caractère unique et suprême. — La critique a appelé cette prière «une prière d’apparat » (Strauss, Weisse, Baur) et trouvé dans cette circonstance un motif pour suspecter l'authenticité du récit. Elle n’a point saisi la portée de cet acte. Les Juifs avaient dit de la guérison de l’aveugle-né : C'est un fait étrange, inexplicable ; mais, comme

infraction sabbatique, ce ne peut être une œuvre divine. En rendant aujourd'hui grâces à Dieu devant tout le peuple avant de faire le miracle, Jésus met positivement Dieu en part dans l’œuvre qui va se faire ; cette œuvre devient par là celle de Dieu même. Jéhovah, le Dieu d'Israël, sera désormais le garant de sa mission, — ou le complice de son imposture. |

V.45 et 44. «Et après avoir ainsi parlé, il cria à haute voix : Lazare, sors de là. 44 Et’ le mort sortit, les pieds et les mains liés de bandelettes ; et son visage était enveloppé d'un suaire. Jésus leur dit : Déliez-le et laissez-le aller.» — Après avoir ainsi donné au miracle son vrai caractère, Jésus le consomme. La voix forte est l'expression d’une volonté décidée et sûre d’être obéie. L'acte de crier est en rapport avec le sommeil profond dans lequel est plongé Lazare. Ces signes extérieurs ne sont, comme le dit Hengstenberg, que pour les personnes présentes; la puissance de ressusciter réside uniquement dans la volonté de Jésus. En parlant à la fille de Jaïrus et au jeune homme de Naiïn, Jésus disait simplement : «Léve-toi,» ou : « Réveille-loi, » parce qu'ils étaient couchés sur le lit ou sur la bière ; 1l dit ici: (Sors,» parce que Lazare est enfermé dans le sépulcre. La simplicité et la brièveté de ces deux mots : dedpo ë&w (littéralement : Ici, dehors!) contrastent magnifiquement avec leur efficacité.

Le terme «4 sortit» (v. 44) n'indique pas nécessairement qu'il marcha, surtout si le sépulcre était creusé verticalement, mais simplement qu’il se leva et monta peut-être quelques degrés; c’est ce qu'il pouvait faire facilement, malgré les linges dont il était entouré. Il n’est pas même

1. Kar manque dans B CL Sah. Il se trouve dans tous les autres Mjj. (y compris N) et Vss.

nécessaire de supposer pour cela que chaque membre fût enveloppé à part, comme cela se pratiquait chez les Égyptiens. — Le trait : « Son visage élait enveloppé d'un suaire,» est le coup de pinceau du témoin oculaire et rappelle l’impression à jamais ineffaçable produite par ce spectacle sur les assistants. Ceux-ci restaient immobiles d’étonnement ; Jésus, avec un calme parfait et comme si rien d’extraordinaire ne s'était passé, les invite à mettre aussi la main à Pœuvre : «Chacun son office; j'ai ressuscité; à vous de délier.» Les mots : «Laissez-le aller,» signifient tout simplement : (Rendez-lui la faculté de se mouvoir dont vous l'avez privé en l’enveloppant de la sorte.» — Le terme dræyeu, s'en aller, a quelque chose de triomphant, tout comme l'ordre de Jésus à l’impotent guéri: «Prends ton lit, et marche!»

La résurrection de Lazare est le miracle de l’amutié, comme le prodige de Gana est celui de la piété fihale ; et cela, non pas seulement parce que l'affection de Jésus pour la famille de Béthamie en a été le principe, mais surtout parce que Jésus l’a opéré au péril de sa vie (v. 8. 16), avec la conscience distincte qu'en rendant la vie à son ami, 1l signait sa propre sentence de mort (v. 33. 38). Le dévouement de l’amitié s'élève ici jusqu’à l’héroïsme. Jean Pavait compris. Cette pensée est l’âme de son récit; elle ressort clairement dans le morceau suivant.

L'effet produit par ce miracle : v. 45-57.

Et d’abord, l'effet immédiat sur les assistants : V. 45 et 46. (Un grand nombre donc d'entre les Juifs, ceux qui étaient venus vers Marie et qui avaient vu ce

qu'’il avait fait, crurent en lui. 46 Mais quelques-uns d'entre eux s'en allèrent auprès des pharisiens et leur dirent ce que‘ Jésus avait fait. » — De nouveau une scission parmi les assistants, et plus profonde encore que dans toutes les occasions ‘précédentes. Il est naturel d’opposer les mots : plusieurs d’entre les Juifs, à ceux du verset suivant : quelques-uns d'entre eux. À cette antithèse des sujets correspond celle des verbes : crurent (v.:45) et s’en allérent (v. A6). Les partic. qui étaient venus el qui avaient vu ne se rapportent pot en grec, comme les lecteurs français pourraient le croire d’après la plupart de nos versions , au nom de Juifs, mais au mot roXho!, un grand nombre; et l’article oi paraît signifier que tous ceux qui étaient dans le cas indiqué, crurent. Jean veut parler ici de ces Juifs qui se trouvaient dans l'appartement avec Marie, au moment où elle s'était levée pour se rendre auprès de Jésus, v. 31-33. On pourrait paraphrasér : «Ceux que leur visite à Marie et leur présence auprès d'elle en ce moment-là avaient rendus témoins du miracle de Jésus.» Cest là ce qui explique l’expression : Cvenus vers Marie,» au lieu de : venus vers Marthé et Marie. Il y a une tenue très-ferme dans la narration de Jean, qui se retrouve jusque dans les moindres détails ; seulement il ne faut pas passer légèrement sur les nuances de ce style si délicat. — Origène rapportait le pron. adr@vy, v. 46, à ces Juifs devenus croyants et attribuait par conséquent à leur démarche auprès des pharisiens une intention favorable à la cause de Jésus. Meyer reproduit cette explication. Mais elle est mcompatible avec la double antithèse que nous avons signalée entre les v.45 et 46; et le rapport entre les deux régimes 86 adrov et éx Tv ’Iovdalwy conduit plutôt à rapporter adrôv à ’Iovdatwvy (comp.

1. Au lieu de &, on lit o dans B CD au v. 45 et dans C D M au v. 46.

v. 36-37). Il y avait là d’autres Juifs que ceux dont parle le v. 45, des habitants de Béthanie ou de Jérusalem, que la sympathie pour Marie n'avait pas prédisposés comme les ‘autres en faveur de Jésus. Ce furent ceux-là qui portérent immédiatement la grande nouvelle aux ennemis de Jésus. L'effet plus éloigné de la résurrection de Lazare : v. 47-53. V. 47-50. « Les principaux sacrificateurs et les pharisiens assemblèrent donc le conseil, et ils disaient : Que ferons-nous? Car cet homme fait beaucoup de miracles. 48 Si nous le laissons faire, tous croiront en lui, et les Romains viendront, et ils détruiront et’ notre lieu et notre nation. 49 Mais l’un d’entre eux, Caïphe, qui était souverain sacrificateur de cette année-là, leur dit : Vous n’y entendez rien; 90 et vous ne réfléchissez” pas qu'il vaut mieux pour nous” qu'un seul homme meure pour le peuple, et que toute la nation ne périsse pas.» — La résurrection de Lazare n'a pas été la cause de la mort de Jésus; mais elle a été l’occasion du décret de sa condamnation. Le vase était plein ; cet événement fut la goutte qui le fit déborder. — L'absence d'article devant avvédoov pourrait s'expliquer en admettant que Jean a traité ici ce mot comme nom propre. Cependant il est plus naturel de le prendre dans le sens général d’assemblée, de conseil, qu'il a aussi dans le grec profane. —Le prés. rotopev, que nous ne pouvons rendre que par le futur, est inspiré par l’imminence du danger. La crainte exprimée v. 48 n’était pas dénuée de tout fondement. La moindre émeute pouvait servir aux Romains de prétexte pour ôter au peuple d'Israël le reste d'indépendance dont il jouissait encore et pour effacer

{. DK 10 Man. quelques Vss. omettent xax devant Toy tTomov.

2. NA BDL quelques Mnn. Or. lisent hoyt£eoÿe au lieu de Otakoytéeoe.

3. Les Mss. se partagent entre ‘uv (byzantins) et uv (alexandrins). N omet l’un et l’autre.

son nom de la carte du monde. Et alors que deviendrait la puissance du sanhédrin ? La parole des chefs s'applique certainement à l’extermination du peuple juif; mais leur pensée se rapporte à celle de leur pouvoir. Cest ici, dans la réalité de l’histoire, le langage des vignerons dans le drame de la parabole. «Notre lieu» désigne naturellement la capitale, comme siége de leur gouvernement, plutôt que le Temple ou la Judée tout entière. Pris dans ce sens, ce terme se lie bien au suivant : «notre peuple,» celui que nous gouvernons d'ici. Comme ils parlent au point de vue politique, opposant peuple à peuple, ils emploient le terme ébvos, et non celui, de haës, qui est le nom de dignité du peuple d'Israël.

L'expression «lun d’entre eux» ne s’expliquerait pas bien, si Caïphe eût présidé l'assemblée. Mais il ressort de ce que l’on peut savoir sur la constitution du sanhédrin que ce corps élisait lui-même son président. — Au milieu d'une troupe d’esprits indécis, qui flottent entre la conscience et l'intérêt, un homme énergique, qui renie franchement les droits de la conscience et met hardiment en avant la raison d'État, a toujours chance de l'emporter. — Si ceci se füt passé dans les beaux temps de la théocratie, l’expression souverain sacrificaleur de celle année-là» serait incompréhensible; car, d’après la loi, le pontificat était à vie. Mais, depuis la domination romame, les maitres du pays, redoutant le pouvoir que donne une charge inamovible, avaient adopté l'usage de remplacer fréquemment un grandprêtre par un autre. D’après Josèphe (Antig. XVII, 2, 9), le gouverneur romain Valérius Gratus « ôta le sacerdoce à Ananus et le conféra à Ismaël; puis, ayant destitué celui-ei peu de temps après, il établit souverain sacrificateur Éléazar, fils d’Ananus ; après une année écoulée, 1l destitue ce dernier et nomme à sa place Simon; celui-ci n'eut cette

TROISIÈME CYCLE. — CHAR. XI, 48-50. 909 dignité qu'une année, et Joseph, surnommé Caïphe, lui fut donné pour successeur.» Gaïphe resta en charge de Pan 25 à l’an 36 de notre ère, par conséquent pendant tout le temps que dura le ministère de Jésus. Ces changements fréquents expliquent suffisamment l'expression de l’évangéliste et le jusüfient de l’accusation élevée contre lui par la critique, qui prétend que l’auteur du quatrième évangile ignorait que le pontificat juif fût à vie. Mais Caïphe fut grand-prêtre pendant onze années consécutives; comment saint Jean peut-il s’exprimer, à trois reprises (v. 49. 51; XVIIL, 13), en disant : «souverain sacrificateur de celle année-là » ? L’évangéliste voulait certamement rappeler par là l'importance de cette année unique et décisive, où le grand sacrifice, dont tous les autres n'étaient que des types, mit réellement fin au sacerdoce lévitique et au pontificat qu’exerçait Caïphe. Le souverain sacrificateur avait charge d'offrir chaque année le grand sacrifice expiatoire pour le péché du peuple; c’est ce rôle que remplit en ce moment Caïphe, comme dernier représentant de l’ancien sacerdoce. Par son vote, il désigne et il immole en quelque sorte la victime qui, en cette année à jamais mémorable, doit «amener la justice des siècles et faire cesser le sacrifice et l'oblation» (Dan. IX, 24. 27). Ce vote est la déclaration sacerdotale par excellence, rendue plus remarquable par le contraste entre la divine vérité de son contenu et la détestable intention de celui qui la prononce. — L'apostrophe de Caïphe à ses collègues a un certain caractère de grossièreté. Ce trait, comme l’observe Hengstenberg, est tout à fait conforme à la manière dont Joséphe décrit les allures de la secte sadducéenne à laquelle appartenait ce personnage. Bell. jud. IE, 8, 14: «Les pharisiens s'aiment mutuellement et cultivent entre eux la concorde en vue de l'avantage commun ; mais les manières des sadducéens sont beaucoup plus rudes et entre eux et envers

Il. 29

leurs semblables, qu'ils traitent comme des étrangers. » Hengstenberg prend ôtahoyt£ects dans un sens intransitif et le + suivant dans le sens de parce que. I est plus naturel de voir dans la proposition qui commence par ôx le contenu de àtæhoyt£eso0e. Après leur avoir reproché leur ignorance en général : € Vous n’y entendez rien, » il fait ressorür le point spécial qu'ils ne savent pas tirer au clair. Le composé dtæhoytéeoée fait allusion à la discussion actuelle, d'où aurait dû jailir la lumière. La leçon Xoyi£sote est une négligence ou une correction mal entendue. Il en est de même de la leçon vis. “Huiv convient parfaitement au caractère égoïste de cette délibération (comp. quov v. 48). — Le choix des termes Xxdç et &6vos, qui correspondent à OY et 3, n’est point arbitraire. Le premier désigne la mul-

titude des individus formant la nation théocratique, en opposition à un seul individu, tandis que le second désigne Israël comme corps politique opposé aux nationalités étrangères, ici aux Romains.

V. 51 et 52. «Or il ne dit pas cela de lui-même; mais, étant souverain sacrificateur de cette année-là, il prophétisa que Jésus devait mourir pour la nation, 99 et non pour la nation seulement, mais aussi pour rassembler en un seul corps les enfants de Dieu qui sont dispersés. > — Plusieurs Interprètes nient que Jean attribue ici le don de prophétie au souverain sacrificateur comme tel. Mettant l'accent, non sur l’idée de souverain sacrificateur, mais uniquement sur l’expression (de celle année-là, » ils voient dans cette déclaration prophétique de Caïphe un fait provenant d’une dispensation providentielle et momentanée en rapport avec l'importance de cette année exceptionnelle, — ét nullement le résultat d’un don attaché à sa charge. Mais cette explication de Luthardt et Brückner ne fait-elle pas l'effet d’un expédient exégétique; et la relation entre le

TROISIÈME CYCLE. — CHAP. XI, 49-52. as partic. prés. @v, étant, et l’aor. rocepnrevosv, il prophélisa, permet-elle de ne pas attribuer à l’évangéliste l’idée d’une relation directe entre la charge de Caïphe et Le caractère prophétique de son discours, dût-on ne voir dans cette idée qu'une superstition judaique ? Plaçons-nous sur le terrain de la révélation qui est la base de toute l’histoire de l'Ancien Testament. Le centre normal du peuple théocratique est, non la royauté, mais le sacerdoce; et dans tous les moments décisifs pour la vie du peuple, c’est le grand-prêtre qui reçoit, en vertu d’un don prophétique qui lui est communiqué pour ce moment-là, la décision de Dieu pour le salut de son peuple (Nomb. XXVII, 21; 1 Sam. XXX, 7 et suiv.). Jean ne prétend donc point, sans doute, qu’en général tout ce que disait le souverain sacrificateur fût prophétique. Il estime seulement qu’en cet instant décisif, organe accrédité de Dieu en [sraël, il resta dans le rôle qui lui était assigné pour les cas de ce genre; et cela malgré le contraste qui existait entre son caractère personnel et l'esprit de sa charge. En effet, lorsque le cœur du souverain sacrificateur était à l'unisson de sa charge, ce cœur devenait l'organe normal de la décision divine. Mais s’il y avait opposition, chez ce personnage, entre son cœur et son office, il fallait s'attendre à voir, comme ici, l’oracle divin sortir de cette bouche sacrée sous la forme de la maxime la plus diabolique. Et quoi de plus digne de l'Esprit divin que de condamner ainsi son organe dégénéré par sa propre bouche, tout en respectant sa charge? Jean a déjà fait remarquer plus d’une fois comment les adversaires de Jésus, en se moquant, prophétsent : (Nul ne sait d'où il est» (VIE, 27). «lra-t-il enseigner les Grecs? » (VIE, 25). Si le diable travestit souvent les paroles de Dieu, il plaît quelquefois à Dieu de parodier aussi celles du diable, en leur accordant une vérité inattendue. Cette « divine ironie» s’est produite au plus haut degré en cette circonstance.

Car c’est ici le centre de l’histoire de l’humanité, le moment où le mystère le plus divin devait s’accomplir sous la forme de l’œuvre la plus crimimelle.

Le v. 52 n’est pas une dépendance directe du verbe : 4 prophétisa. C'est un appendice ajouté par l’évangéliste pour rappeler l'extension inattendue qu'a prise, en se réalisant, le principe formulé par Gaïphe : Un pour tous. Jean n’oublie jamais qu'il écrit en vue de lecteurs grecs, et il ne néglige pas une occasion de leur assigner leur part dans l’accomplissement des promesses divines. Si l’on tient compte du parallélisme entre la pensée de ce v. 52 et la parole X, 16, on n’hésitera pas à appliquer le terme enfants de Dieu aux païens prédisposés à la foi, exactement dans le sens dans lequel Jean emploie les expressions : étre de Dieu (VIH, 47), étre de la vérité (XIX, 37). L’anticipation que renferme cette expression si énergique est fondée sur l’état moral de ces futurs croyants, et non, comme le pense Meyer, sur la prédestination divine.

V. 538. «Dés ce jour-là donc, ils complotèrent‘ dans le but de le faire périr. » — Saint Jean fait ressortir l’importance décisive de cette séance du sanhédrin, et par là celle de la résurrection de Lazare qui en avait été l’occasion, dans l'histoire de Jésus. Dès ce jour s’organisa un complot permanent contre sa vie. Leurs séances journalières devinrent, selon l'expression de Lange, «des séances de meurtre messianique.» [l n’y avait plus d’hésitation quant au but; l’indécision ne portait désormais que sur le temps et sur les moyens.

Le séjour à Éphraïm : v. 54-57.

Jésus est forcé de se retirer à Pécart. De leur côté, les

1. Au lieu de ouveBoukeuoavto, N B D 4 Mnn. Or. (1 fois) lisent efouaeu- OuUYyTO.

chefs font un nouveau pas dans la voie où ils sont déjà engagés si avant.

V. 54-57. «C'est pourquoi Jésus ne séjournait plus publiquement parmi les Juifs; mais il partit de là et se rendit dans la contrée voisine du désert, dans une ville appelée Éphraïm"; et il demeurait* là avec ses disciples. 59 Or la Pâque des Juifs approchait; et beaucoup de gens montèrent de la campagne à Jérusalem avant la Pâque, afin de se purifier. 50 Ils cherchaient donc Jésus et, se tenant dans le Temple, ils disaient entre eux : Que vous en semble? Pensez-vous qu'il ne viendra point à la fête? 97 Or les grands sacrificateurs et les pharisiens avaient aussi” donné ordre‘ que, si quelquun apprenait où il était, il le déclarât, afin qu'on le fit saisir.» — Éphraïm est nommée quelquefois avec Béthel (2 Chron. XIIT, 19; Josèphe, Bell. Jud. IV, 9, 9). Cette ville était donc à quelques lieues au nord de Jérusalem. Cette localité était favorable au dessein de Jésus par sa situation retirée et par la proximité du désert. Il pouvait préparer dans la solitude ses disciples à sa fin prochaine et, s’il était poursuivi, se retirer au désert. Ge désert est, comme le dit Lange, celui qui termine au nord la lisière stérile par laquelle le plateau des montagnes de Juda et de Benjamin est séparé dans toute sa longueur de la vallée du Jourdain et de la mer Morte. De cet endroit, Jésus pouvait, à volonté, à l'approche de la fête de Pâques, ou se joindre aux pèlerins de Galilée qui se rendaient directement à Jérusalem par la Samarie, ou descendre à déricho, dans la plaine du Jourdain, afin de se mettre

Page 1