N BIM 3 Mnn. Or. lisent evtokas au lieu d'evtoanv
à la tête de la caravane qui arrivait de Pérée. Nous savons par les Synoptiques qu’il prit ce dernier parti. — Mer (v. 54) n’est point synonyme de cv; le sens est: «Il se renfermait là dans la société de ses disciples; » et non pas seulement : Il y était avec eux.
Ex ris xüpac (v. 55) ne se rapporte pas à la contrée d'Éphraïm (Grotius, Olshausen), mais à la campagne en général, en opposition à la capitale : (Is montaient des diverses parties du pays.» — La loi ne prescrivait pas de purifications spéciales avant la Pâque; mais, dans plusieurs passages de l'Ancien Testament, il était ordonné au peuple de se purifier, à la veille de quelque circonstance importante (Gen. XXXV, 2; Ex. XIX, 10. 11, etc.). On avait naturellement appliqué ce principe à la fête de Pâques (2 Ghron. XXX, 16-20).
Le v. 56 dépeint avec vivacité la curiosité inquiète de ces campagnards qui, réunis en groupes dans le Temple, discutarent sur la prochaine arrivée de Jésus; comp. VIE, 12. — “Eornxérec, se tenant là dans l'attitude de l'attente. —"Ox ne dépend pas de doxet; 1l est plus naturel de séparer les deux propositions et d'en faire deux questions distinctes. — L’aor. &10n peut parfaitement se rapporter à un acte qui doit s’accomplir dans un avenir imminent.
À tous les autres motifs qui rendaient la venue de Jésus improbable, le v. 57 en ajoute un nouveau, plus particulier ; ainsi s'explique la liaison par les particules de xa. Il ne devait pas être bien difficile à l'autorité de découvrir le lieu de la retraite de Jésus. Cet édit était donc plutôt un moyen de l’intimider, lui et les siens, et d’habituer le peuple à l’'envisager comme un homme dangereux et criminel. Cest un nouvel anneau dans la série de mesures hostiles si bien retracée par saint Jean depuis le ch. V. Comp. V, 16. 18; VIE, 32 ; IX, 29; XI, 53. — Les grands sacrificateurs étaient
l'autorité de qui émanait officiellement le décret; l’évangéliste ajoute les pharisiens parce que c'était ce parti qui en était le véritable auteur. Comp. VIE, 45.
« Le récit de la résurrection de Lazare se distingue entre toutes les narrations du quatrième évangile, dit Deutinger, par sa vivacité particulière et son mouvement dramatique. Les personnages y sont dessinés d’une main également ferme et délicate. Nulle part la relation de Christ avec ses disciples n’est exposée d’une manière aussi vivante; nous sommes initiés par ce récit à ce commerce intime, à cet échange affectueux de sentiments et de pensées qui avait lieu entre le Maître et les siens; les disciples sont dépeints de la manière la plus attrayante; on les voit avec leur simple franchise et leur noble dévouement. Les Juifs mêmes, dont nous ne connaissons guère, par notre évangile, que la résistance opiniâtre aux efforts de Jésus, se montrent ici sous un aspect moins défavorable, comme amis des deux sœurs affligées; on retrouve l’homme dans le Juif. Mais surtout, combien est nette et délicate l’esquisse du caractère des deux femmes; avec quelle finesse et quelle profondeur psychologique est retracée la différence de leur conduite'.» Dans ces caractères du récit si bien résumés par l’écrivain allemand, nous trouvons la première preuve de sa vérité intrinsèque; «ce n’est pas ainsi qu'on invente.» Et surtout, ce n’est pas ainsi qu’on inventait au second siècle, nous en avons pour preuve les récits des apocryphes.
La réalité du fait ici raconté ressort aussi de son enchainement avec tout l’ensemble de l’histoire antérieure et subséquente de Jésus. L'évangéliste est pleinement conscient des conséquences du fait qu’il retrace; il les signale positivement dans le cours de son récit : v. 47 (donc) et 53 (dès ce jour-là). Comp. XIF, 9-14. 17-19. Il eût fallu autant d’habileté que d’audace pour faire pénétrer de la sorte un fait purement fictif dans l’organisme intime de la vie de Jésus.
Une troisième preuve de la réalité de ce fait est fournie par l’insuccès de toutes les explications qui ont été essayées pour l’éliminer du cercle des récits authentiques de la vie de Jésus:
L. Das Reich Gottes, nach dem Apostel Johannes, 18627, t. Il, p.67 et68.
1° L’explication dite naturelle de Paulus, Gabler et A. Schweizer. A la suite du message v. 3, Jésus aurait d’abord jugé la maladie peu dangereuse; puis, après avoir reçu un nouvel avis (Paulus compte jusqu’à quatre messages) et pris des informations plus précises, il aurait compris qu'il s'agissait d’une léthargie. Arrivé au sépulcre, il aurait remarqué chez le prétendu défunt quelques signes de vie; sur quoi il aurait rendu grâces (v. 41 et 42) et rappelé Lazare. Celui-ci, ranimé par la fraicheur du sépulcre, par l’odeur des parfums et, au moment de l’ouverture du tombeau, par la chaleur de l’air extérieur, se serait levé plein de vie. Ainsi Paulus et Gabler. D’après A. Schweizer, la confiance de Jésus en la guérison de son ami n’aurait été fondée que sur sa foi au secours divin assuré à sa cause; et le prétendu miracle ne serait que l’heureuse coïncidence de cette confiance religieuse avec la circonstance que Lazare n’était pas réellement mort. — Cette explication n’a été jugée par personne plus sévèrement que par Strauss! et par Baur°’. Le premier a montré contre Paulus et Gabler que les expressions par lesquelles Jésus annonce la résurrection de Lazare sont trop positives pour n’être que des prévisions fondées sur des symptômes incertains, et que le sens du récit tout entier, dans la pensée du narrateur, n’est et ne peut être que celui qu’y trouve chaque lecteur : la résurrection de Lazare mort, par la puissance miraculeuse de Jésus. Quant à la manière dont Schweizer traite notre évangile en général et ce morceau en particulier, voici le jugement de Baur: (Dénué de tout sens pour l'unité de l’ensemble, il déchire notre évangile en lambeaux, afin d'éliminer comme interpolations superstitieuses tout ce dont il ne parvient pas à donner une plate explication rationaliste, et pour livrer ce qu’il laisse subsister au jeu merveilleux du hasard.» Ces derniers mots caractérisent en effet fort bien l'opinion de Schweizer sur ce miracle.
Mais quelles explications ces deux critiques opposent-ils à celle de leurs devanciers ?
2 L’explication mythique de Strauss. L’Ancien Testament racontant des résurrections de morts opérées par de simples prophètes,
1. Vie de Jésus, t. IN, {"° partie, p. 154-165, trad. de Littré. 2. Theol. Jahrb., t. NI, 1844.
la légende chrétienne n’a pu faire moins que d'attribuer au Messie des miracles de ce genre. — Mais est-il réellement admissible que la lévende fût parvenue à produire un récit aussi admirablement nuancé et à créer des personnages aussi nettement dessinés? «On ne comprendrait pas, dit avec justesse M. Renan, qu’une création populaire fût venue prendre sa place dans un cadre de souvenirs aussi personnels» que ceux qui se rapportent Çaux relations de Jésus avec la famille de Béthanie» (p. 360). D'ailleurs, la légende idéalise; comment eût-elle jamais inventé un Christ ébranlé jusque dans ses profondeurs les plus intimes et versant des larmes devant la tombe de l'ami qu’il allait ressusciter? Puis Baur n’a-t-il pas raison contre Strauss, lorsqu'il dit : «Si une tradition mythique de ce genre eût réellement été répandue dans l’Église, elle n’eût pas manqué d'entrer, avec tant d’autres pareilles, dans le récit synoptique. Il est contre toute vraisemblance qu’un miracle si important, auquel on attribuait une influence décisive sur la catastrophe finale, fût resié une légende locale et restreinte à un tout petit cercle.» Malgré ces difficultés, M. Réville, lui, «n’éprouve aucun embarras» à s'expliquer l’histoire de Lazare par le procédé mythique. La légende a représenté par Lazare les parias de la société juive (comp. Luc XVI, 20), que Jésus tira de leur mort spirituelle en les aimant et en pleurant sur eux; Gil se pencha sur ce tombeau, en criant à Lazare: Sors, et viens à moi! Et Lazare sortit pâle..., chancelant...*» Il faut compter étrangement sur la stupidité de son public, pour lui donner en pâture de telles niaiseries. Encore préférable serait l'hypothèse de Weisse, qui voit dans le récit de la résurrection de Lazare une parabole de Jésus mal comprise par les apôtres. Mais il est surtout une circonstance qui doit empêcher tout critique sérieux d'attribuer à ce récit une origine légendaire. Les fictions de ce genre sont isolées, fragmentaires ; et nous avons vu, au contraire, combien le récit de la résurrection de Lazare appartient profondément à l'organisme du quatrième évangile. L'œuvre de Jean est évidemment sortie d'un jet. À l’écard d’un tel évangéliste la critique est irrésistiblement poussée à ce dilemme : historien ou artiste?