‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean ... . Tome secondChapitre 128 sur 278 · NBLIt. Ve. lisent ex devant Toy avaxetmevov · texte numérisé non relu

NBLIt. Ve. lisent ex devant Toy avaxetmevov

3. T. R.: ouvavaxemmevey , avec quelques Mnn. Tous les Mjj.: avaxerme- YOY OUY.

eut lieu ce repas? Assurément pas le soir de l’arrivée de Jésus. Sans doute, comme le fait observer Hengstenberg, les Juifs ne craignent pas de donner des repas le jour du sabbat, pourvu que les aliments soient préparés et le couvert dressé avant l'heure où commence le repos légal. Mais l'expression: le lendemain (v. 12) nous paraît incompatible avec cette manière de voir. Car l'entrée de Jésus à Jérusalem ne peut certamement pas avoir eu lieu le jour du sabbat. On pourrait chercher à expliquer ce terme en disant qu'au point de vue juif le dimanche matin peut bien être envisagé comme le lendemain du vendredi soir, qui appartient déjà au sabbat. Mais Jean, écrivant pour des lecteurs grecs, pouvait-il, sans les avertir, prendre ce mot si usité : Th éravotoy, le lendemain, dans un sens tout différent de celui qu'ils étaient habitués à lui donner? Il est done plus naturel d'admettre que le repas eut lieu le samedi soir, après la clôture du sabbat, et la veille (dans le sens que nous donnons à ce mot) du jour des Rameaux. — Le sujet d'éroinoav, ils firent, étant laissé indéterminé, ne saurait . être les personnages de Béthanie, connus du lecteur, Lazare et ses sœurs. Cette forme répond en grec à notre: on. Le sujet qu'il faut sous-entendre est donc plutôt: les gens du lieu. Une partie des habitants de Béthanie avaient senti le besoin d’honorer celui qui par un miracle magnifique avait honoré leur obscure bourgade. Cest cette liaison d'idées que paraît exprimer le donc (v. 2) placé immédiatement après ce détail frappant : CLe mort qu'il avait ressuscité.» Ce qui les poussait tout particulièrement à rendre à Jésus en ce moment cet hommage public, c'était la haine à laquelle ils le voyaient exposé de la part des chefs. Ce banquet était de leur part une noble réponse à l’édit du sanhédrin (XI, 57); c'était au proscrit que s’adressait cette ovation.

Le texte ne dit pas dans quelle maison eut lieu ie ban-

OT

quet. Si cette fête avait la signification que nous venons de lui donner, elle ne fut certainement pas célébrée dans la maison de Lazare, où Jésus était comme chez lui. L’expression : (Lazare était l'un de ceux qui élaient à table avec hu,» ne favorise pas non plus cette idée. Elle porte à croire que Lazare était là comme invité, non comme hôte. Ce résultat s'accorde avec le récit de Matthieu et de Marc qui disent positivement que le repas se donnait chez Simon le lépreux, sans doute un malade que Jésus avait guéri et qui avait réclamé la prérogative de le recevoir au nom de tous. — Si chacun ne pouvait pas recevoir Jésus, chacun voulait contribuer, selon ses moyens, à l'hommage qui lui était rendu : les gens de Béthanie, par le banquet offert en leur nom; Marthe, en s’employant personnellement au service, quoique dans une maison étrangère; Lazare, par sa présence qui à elle seule glorifiait le Seigneur mieux que tout ce que les autres pouvaient faire; Marie, enfin, par une prodigalité royale, seule capable d'exprimer le sentiment qui l’animait.

L'usage général chez les peuples anciens était d'omdre de parfum les convives, dans les jours de fête. « Tu dresses La table devant moi; tu oins ma tléle d'huile, et ma coupe est comble,» dit David à Jéhovah, en décrivant sous l’image d'un festin que lui donne son Dieu les délices d’une communion intime avec lui (Ps. XXIIL, 5). Luc VIE, 46, l'oubli de cette cérémonie est relevé par Jésus comme une omission blessante. À Béthanie, on n'avait pas commis une telle faute; c'était Marie qui s'était chargée de cet office, se réservant de Paccomplir à sa manière. — Moov est le terme générique qui comprend tous les parfums liquides et væpôoc, nard, le nom du plus précieux d’entre eux. Ce mot, d’origine sanscrite, désigne une plante qui croît en Inde et dont il existe quelques variétés, moins réputées, en Syrie. On en

renfermait le suc dans des flacons particuliers (nardi ampullæ) et il était employé non-seulement pour oimdre le corps, mais aussi pour parfumer le vin. (Voy. Ruetschi, Real Encyclop. de Herzog.) — Nous avons traduit moruxde par pur, Ce mot, qui est étranger au grec classique, ne se retrouve, dans tout le Nouveau Testament, que dans le passage correspondant de Marc. Chez les Grecs postérieurs il sert à désigner un homme de confiance auquel on remet le soin d’un vaisseau, d’un troupeau. Il signifie, par conséquent, dans ce contexte: du nard auquel on peut se fier, non falsifié. Ge sens convient d'autant mieux que le nard était. exposé à toute sorte de falsifications. Pline énumère neuf plantes au moyen desquelles on pouvait le contrefaire, et Tibulle emploie l'expression nardus pura, ce qui donne presque à notre rotxÿs, chez Marc et Jean, le caractère d’une expression technique. Le sens de potable (de rio) est beaucoup moins vraisemblable (voir Mever, Hengstenberg et, pour une dissertation complète, Lücke). L’épithète rohvtiov, fort cher, ne peut se rapporter qu’au premier des deux substantifs; ce n’était pas la plante qu’on avait achetée (vapôov), mais le parfum (müpov). Attoæ, une livre, répondant au latin Lbra, désigne un poids de douze onces; c’est une quantité énorme pour un parfum de ce prix. Mais rien ne devait manquer à l'hommage de Marie.

On recevait probablement d'Orient ces flacons de nard hermétiquement fermés; pour en employer le contenu, 1l fallait en briser le col: c’est ce que fit Marie d’après Marc (XIV, 3). Seulement comme il ne s'agissait pas ici d’un convive ordinaire et que Marie voulait donner à son hôte non pas uniquement un témoignage d'amour et de respect, mais une marque d'adoration, elle n’oint pas de ce parfum la tête de Jésus. Mais comme si cette liqueur précieuse n’était que de l’eau vile, elle la répand sur ses pieds et avec une

telle abondance que c’est comme si elle lui en lavait les pieds. Voilà aussi pourquoi elle est obligée de les essuyer. Et pour cela elle se sert de ses propres cheveux. Ce dernier trait met le comble à cet hommage extraordinaire. Il y avait chez les Juifs, d’après Lightfoot (t. If, p. 633), «du déshonneur pour une femme à délier les bandelettes qui retiennent sa chevelure et à se montrer les cheveux épars.» Marie témoigne donc par là que, comme aucun sacrifice n’est trop coûteux pour sa bourse, aucun service n’est trop vil pour sa personne. Il faut remarquer la répétition, non accidentelle assurément, des mots toùs rodac, ses pieds. C’est à cette partie, la moins noble de son corps, qu’elle rend cet mcomparable hommage. Il n’y a pas dans ce récit un détail, un mot qui ne respire l’adoration qui est l’âme de cet acte.

L'identité de ce fait avec celui qui est raconté Matth. XXVE, 6-13 et Marc XIV, 3-9, est incontestable. Cette légère différence : que dans les Synoptiques le parfum est versé sur la léle, non sur les pieds de Jésus, s’explique facilement. D’abord, les Synoptiques n’ont retenu que l’idée générale du fait, tandis que Jean en a remis en lumière les traits saillants et caractéristiques. Or dans les cas ordinaires c'était bien la tête et la tête seule que l’on oignait. Puis, si Marie à rompu le vase, comme le raconte Marc, il est certain qu'elle n’a pas accompli cet acte sur les pieds de Jésus. Il y avait là quelque chose de marquant et de solennel; elle doit l'avoir fait aux yeux de tous, par conséquent sur la tête de Jésus déjà assis à table; el elle ne put en agir ainsi sans verser au moins les prémices du parfum sur sa tête, comme on le faisait d'ordinaire: (Eile lui en versa sur la léte» (Matth. et Marc). Mais ne serait-il pas absurde

1. Sotak, fol. 5, 1. «Le prêtre dénoue les cheveux de la femme suspecte.... en signe de flétrissure. » Vajicra Rabba, fol. 188, 2. «Kamith, qui avait eu sept fils grands-sacrificateurs, répondit à ceux qui lui demandaient à quoi elle devait un tel honneur: «A ce que les poutres de ma chambre n’ont jamais vu les cheveux de ma tête. »

de supposer qu’elle eût versé sur sa {ête toute une livre de liquide? Après celte onction tout ordinaire commença ce bain de pieds de parfum dont Jean a conservé le souvenir et qui donne à la scène son caractère unique. Quant à la place qu’occupe ce récit dans la narration synoptique, elle est évidemment déterminée par la relation morale de ce fait avec celui qui est raconté immédiatement après, la trahison de Judas (Matth. : v. 14-16; Marc: v. 10. 11). C’est d’après cette loi d'association que les deux faits analogues avaient élé réunis dans l’enseignement oral; et c’est ainsi qu'ils avaient passé dans la rédaction écrite. — Le rapport de l’onction de Jésus à Béthanie avec le fait raconté Luc VII est fort différent. Nous avons déjà rappelé les traits qui ne permettent pas d'identifier les deux récits (t. IF, p. 320). L’explication que nous venons de donner achève d’en démontrer la différence essentielle en prouvant que les détails par lesquels ils se rapprochent sont purement accidentels. Qu’a de commun Simon le lépreux de Béthanie avec Simon le pharisien de Galilée? Le nom? Mais uniquement parmi le petit nombre de personnages que nous connaissons dans l’histoire évangélique, nous pouvons compter dix Simons; et il ne pourrait pas y avoir deux hommes, portant un nom si commun, chez qui ces deux scènes analogues auraient eu lieu! Le trait principal de ressemblance est renfermé dans ces mots qui se retrouvent dans les deux récits: QE elle essuya ses pieds avec ses cheveux.» Mais cet acte n’est point le même dans les deux cas. La pécheresse essuie ses larmes, dont elle a comme lavé les pieds du Seigneur; et après cela seulement elle répand le parfum. Marie n’a pas de larmes à répandre; elle jouit au contraire en ce moment de la pleine félicité de la possession. Aussi ne sont-ce point ses larmes qu’elle essuie, mais le parfum, s’embaumant ainsi elle-même avec son Maître. Cette seule différence suffit à caractériser les deux femmes et les deux scènes et à montrer combien Hengstenberg s’est égaré en cherchant à identifier Marie avec la femme de mauvaise vie (Luc VII).

L’entretien qui va suivre confirme d’un côté l’identité de la scène racontée par Jean avec celle que retracent les deux premiers évansélistes et, de l’autre, la différence complète de ce récit avec celui que nous à conservé saint Luc.

V. 4-6. «Alors' l’un de ses disciples, Judas, fils de Simon, l’'Iscariote”, celui qui dans peu devait le trahir, dit: à Pourquoi ce parfum n'a-t-il pas été vendu deux cents deniers et le prix donné aux pauvres? 6 Or il dit cela, non qu’il se souciât des pauvres, mais parce qu'il était larron, et qu’il gardait* la bourse et qu’il portait ce quon y mettait.» — Cette explosion d'indignation, de la part de Judas, est bien occasionnée, sans doute, par la raison qu'indique l’évangéliste; mais, aussi bien que sa trahison, elle a une source plus profonde que lavarice. Dès longtemps (VI, 70) il y avait dans ce cœur un sombre mécontentement, qui n’attendait qu'un prétexte pour se faire jour. Dans les Synoptiques, ce sont les disciples (Matthieu), quelques-uns (Marc), qui se récrient. Il paraît qu’en cette occasion, comme déjà dans d’autres (VL 15; comp. avec 70. 71), Judas joua le rôle du levain qui fait lever toute la pâte. Nous retrouvons ici entre Jean et les Synoptiques la même relation que dans d’autres récits. Chez les seconds, les contours sont effacés; le premier conserve les traits personnels et caractéristiques. — Judas connaît le prix exact de cette denrée comme s’il était un homme du métier.— Pour la valeur du denier, voir à VI, 7. La somme équivaut à peu près à 290 fr. Elle se retrouve identiquement la même chez Marc. Nous avons déjà remarqué de pareilles coïncidences de détail entre les deux évangélistes (v. 3; VI, 7. 10). — Même indépendamment de la trahison de Judas, attestée par les quatre évangélistes, il serait bien téméraire d’attribuer l’accusation élevée par Jean contre Judas, au v. 6, au motif impur de la haine. — Le mot yY\wooéxouov désigne proprement l’étui dans lequel les musiciens conservaient les becs de

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