‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean ... . Tome secondChapitre 130 sur 278 · D omet le v · texte numérisé non relu

D omet le v

soit dans le sens de la Vulg., Mever, etc.: «Permets-lui de garder cela (le reste du parfum, qu’elle n'avait pas encore répandu) pour le jour bien prochain de ma sépulture, » soit dans celui de Lange: «Permets-lui d'avoir réservé ce parfum pour ce jour-c1, qui, par l'acte qu’elle vient d'accomplir à mon égard, devient comme celui de ma sépulture.» Rilliet, tout en se conformant à la leçon alexandrine, prend cependant œpes dans le sens absolu, comme on doit Le faire dans le T. R.: «Laisse-la en paix, afin qu’elle le garde pour le jour de ma sépulture.» Le sens de Lange est grammaticalement forcé : 1l eût fallu œpes adtny Tetnonxévat; l’expression aœtéva tva se rapporte nécessairement à l'avenir. Celui de Meyer repose sur l'idée, incompatible avec le sens naturel du v. 5, qu'une partie seulement du parfum avait été répandue. Et de quel droit entendre adté de la portion du parfum non versée ? D'ailleurs la parole de Jésus ainsi comprise n’est point en rapport avec lobjection de Judas; car celui-ci est bien éloigné de contester à Marie le droit de réserver pour l'avenir une partie du parfum. La traduction un peu différente de M. Rilliet n’écarte en aucune façon ces difficultés. Et 1l faut convenir avec Lücke et Hengstenberg que, comme que l’on interprète cette leçon, elle ne présente aucun sens tolérable. C’est une mauvaise correction de la main de critiques qui pensaient qu'on n’embaume pas un homme avant sa mort. La leçon reçue au contraire offre un sens aussi simple que délicat. Jésus prête à l'acte de Marie Ce qui paraissait à Judas y manquer, un but, une utilité positive. «Ce n’est pas pour rien, comme tu le lui reproches, qu’elle a versé ce parfum. Elle m'a embaumé par avance et a fait ainsi de ce jour, qui précède de si près celui où ta trahison me fera descendre dans la tombe, celui de mes funérailles anticipées.» Evtaouaoude : l’'embaumement et, en général, les apprêts de linhumation. Le mot +etnonxer,

elle « gardé, est plem de finesse. C’est comme s’il y avait eu là de la part de Marie un plan longuement calculé, en harmonie avec le froid utilitarisme sur lequel reposait le reproche de Judas. — Le sens auquel nous sommes ainsi conduits, concorde parfaitement avec celui de la parole de Jésus dans Marc : « Elle a anticipé d'oindre mon corps pour le jour de ma sépulture.»

Le v. 8, qui manque dans D, aurait-il été importé ici des Synoptiques par les copistes, et ce manuscrit aurait-il seul raison contre tous les autres documents? Il est plus probable que c’est une de ces omissions fautives si fréquentes dans ce Ms. — Le sens est : «Si les pauvres sont réellement l’objet de votre sollicitude, 1l sera toujours temps d’exercer envers eux votre libéralité ; mais ma personne sera bientôt ravie aux soins empressés de votre amour.» La première proposition semble renfermer une allusion à Deutér. XV, 11.— Le premier prés. êxete résulte du tavrots, toujours, et le second est amené par le premier.

V. 9-14. «Ainsi une grande multitude d’entre les Juifs apprirent qu'il était là; et ils vinrent, non pas seulement à cause de Jésus, mais afin de voir aussi Lazare qu’il avait ressuscité des morts. 10 Or les principaux sacrificateurs délibérèrent de faire mourir aussi Lazare, 11 parce qu’un grand nombre des Juifs s’en allaient et croyaient en Jésus.» — (Ce qui est raconté dans ces versets se passa entre l’arrivée de Jésus le vendredi soir et l'entrée à Jérusalem, le dimanche suivant. Les pèlerins qui étaient montés avec Jésus de Jéricho à Béthanie avaient répandu dans la capitale le bruit de son arrivée. Et tous ces habitants de la campagne de Judée, dont il a été parlé XI, 55. 56, qui faisaient déjà de Jésus, avant son arrivée, l’objet de leurs entretiens, apprenant qu'il séjournait si près d'eux, ne purent contenir leur impatience de le voir aussi bien que

Lazare , le monument vivant de sa puissance. — Depuis le mur d'enceinte de Jérusalem à Béthanie, il y avait 15 stades, plus du double d'un chemin de sabbal. Mais Lightfoot cite une foule de passages rabbiniques, qui prouvent que Bethphagé et sa banlieue étaient envisagés comme faisant encore partie de la capitale. On pouvait donc se rendre à Béthanie le jour du sabbat sans violer la loi. — Le terme de Juifs conserve ici le sens qu’il a dans tout l’évangile : les représentants de l’ancien ordre de choses. C'était précisément ce qu'il y avait de poignant pour les chefs : la population même sur laquelle ils avaient toujours compté, pour temir tête à celle de Galilée, les habitants de Judée et même de Jérusalem, commençaient à faire défection. — ‘Yrayeu, se retirer d’une manière inaperçue. On mettait quelque précaution dans ces visites à Béthanie. — Ainsi se prépare l'entrée solennelle de Jésus à Jérusalem. Le peuple est tout disposé à une ovation. Îl suffit que Jésus donne un signal et lâche les rênes à l'enthousiasme de la foule, pour que sonne l'heure de la manifestation royale désirée par sa mère (Il, 4) et réclamée par ses frères (VIT, 4).

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L'entrée à Jérusalem : v. 12-19.

Jusqu'à ce jour Jésus avait, en toute occasion, travaillé à réprimer les manifestations populaires en sa faveur (VE, 15; Luc XIV, 25-33; XIX, 11 et suiv., etc.). Maintenant il laisse un hbre cours à l'enthousiasme de la multitude et se prête à l'hommage qu’on lui prépare. Qu'aurait-1l encore à ménager? Il fallait qu'une fois au moins en sa vie il fût salué comme le roi d'Israël. L'heure de sa mort est proche; celle de son avénement royal a donc sonné.

La tradition de l'Église chrétienne fixe l'entrée de Jésus

à Jérusalem au dimanche qui précéda la Passion. L’exégèse a confirmé cette manière de voir (voy. au v. 1). Les évangélistes n'indiquent pas le moment de la journée où eut lieu cet événement. Mais du passage de Marc XI, 41 : « Et Jésus entra à Jérusalem et dans le Temple ; et, ayant tout contemplé, comme il était déjà tard, ü s'en alla à Béthamie avec les Douze,» il ressort assez naturellement que ce fut dans la'seconde partie de la journée. Cette parole signifie en effet qu'après être entré à Jérusalem, Jésus ne fit plus rien d'important ce jour-là, parce que l'heure était trop avancée. Ce détail s'accorde fort bien avec le récit de Jean. Il est possible en effet que plusieurs de ces visiteurs dont 1l est parlé v. 9 et 10 soient venus à Béthanie pendant le sabbat, ou le samedi soir, après que le repos légal était terminé; mais l’arrivée du plus grand nombre et la délhbération des chefs dont il est parlé v. 10, ne purent guëre avoir lieu que le lendemain matin. Et ce fut immédiatement après, dans l’après-midi, que Jésus quitta Béthanie pour se rendre à Jérusalem.

V. 49 et 13. «Le lendemain, une grande foule de gens qui étaient venus” à la fête, ayant appris que Jésus ve= nait à Jérusalem, prirent des branches de palmiers 15 et sortirent pour aller au-devant de lui” ; et ils s'écriaient”: Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur,” le roi d'Israël!» — La foule dont il avait été parlé v. 9-11 ne comprenait que ceux des Juifs dont la défection alarmait: les chefs. Celle du v. 12 est bien plus considérable; elle se compose d’une grande partie des pèlerins de toutes contrées venus à la fête; ils avaient appris que Jésus séjournaits à Béthanie et qu'il allait arriver à Jérusalem, et ils sortent

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