‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean ... . Tome secondChapitre 131 sur 278 · N À omettent o devant e)0wv · texte numérisé non relu

N À omettent o devant e)0wv

2. À K U 50 Mann. lisent aravrnouv au lieu de uravtno». 3. N BD LK: expauyaË£oy au lieu de exoabo.

en foule au-devant de lui pour lui faire cortége à son entrée dans la ville. Une partie d’entre eux, comme nous venons de le voir, allèrent jusqu'à Béthamie; les autres, partis plus tard, le rencontrèrent en‘ chemin. À mesure qu'il avançait, il trouvait de distance en distance ces groupes joyeux sur la route. Cest ainsi que le récit de Jean complète et précise celui des Synoptiques. Ceux-ci, n’ayant point mentionné l'arrêt de Jésus à Béthanie, le représentent tout naturellement entrant dans la ville avec la foule des pèlerins qui étaient venus avec lui de Jéricho. Ces derniers faisaient assurément partie du cortége de Jésus; mais Jean fait comprendre qu’il s’y trouvait aussi beaucoup d’autres personnes, des habitants de la Judée et tous ces pêèlerins arrivés avant Jésus dont il avait parlé XI, 59, 56.

Un souffle de joie céleste semblait avoir passé sur toute cette multitude. Leur allégresse et leurs espérances s’exprimaient par des symboles et par des chants. — Le palmier étant envisagé en Orient comme l'emblème de la force et de la beauté, les rameaux de cet arbre sont devenus celui de la joie. 1 Macc. XIIT, 51, Simon rentre à Jérusalem «avec des hymnes et des branches de palmier, au son de la guitare et des cymbales, parce que l'ennemi a été chassé d'Israël.» Lév. XXIIT, 40, dans l'institution de la fête des Tabernacles, il est dit : «Vous prendrez. des branches de palmes…., et vous vous réjouirez pendant sept jours devant l'Éternel.» Comp. Apoc. VIE, 9.— On a vu dans les articles ta et Toy devant Baiæ et œorvixwv (les branches des paimiers), une allusion aux rameaux déjà connus par la tradition et qui ont donné leur nom à ce jour; il est plus simple d'entendre par là : (Les branches des palmiers qui se trouvaient là sur le chemin,» comme si Jean eût dit: «Ayant dépouillé les palmiers de leurs rameaux.» — Le terme Baïoy sionifie déjà par lui-même : branche de palmier. Le com-

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plém. tüv qouviuwy est ajouté par Jean pour les lecteurs qui ne connaissaient pas ce terme technique.

Les cris de cette multitude ne laissaient aucun doute sur le sens de cette Joyeuse mamfesiation, c'était le Messie qu'elle accueillait et saluait en la personne de Jésus. Les acclamations rapportées par Jean (v. 13) et dont l’équivalent se trouve dans les Synoptiques, sont tirées du psaume CXVIIT, particulièrement des v. 25. 26. De nombreuses citations rabbiniques prouvent que ce psaume était envisagé comme messianique. Chaque israélite savait par cœur ces paroles: elles étaient chantées à la fête des Tabernacles, dans la procession qui se faisait autour de l'autel, et à la Pâque, après le chant du grand Hallel (Ps. CXIII-CX VII), à la fin du repas pascal. Hosanna (sauve, je le prie) est une prière adressée à Dieu par le peuple théocratique en faveur de son Roi-Messie, et si l’on ose ainsi dire, le God save the King israélite. Il nous semble plus naturel de rapporter les mots au nom du Seigneur au verbe venir qu'au partic. béni. L'expression «celui qui vient au nom du Seigneur» désigne d’une manière générale et encore assez vague l’envoyé divin par excellence, sur la personne et l’œuvre duquel Israël implore les bénédictions du ciel; puis vient après cela le grand mot dont chacun comprend la portée, le terme nullement équivoque de roi d'Israël. — Naturellement, tous, dans cette foule, ne criaient pas exactement de la même manière. Ainsi s'expliquent facilement les différences dans les acclamations populaires rapportées par les évangélistes. — Comme VI, 5 Jésus avait vu dans l’arrivée de la multitude au désert l'appel de son Père à donner une fête à son peuple, ainsi dans l’élan de la multitude, qui accourt au-devant de lui avec ces acclamations triomphales, il reconnaît un divin signal; il comprend que, d'après une parole du psaume même auquel le peuple em-

prunte ses chants, c’est ici «la journée que l'Éternel a faite, et qu'il faut se réjouir en elle» (Ps. CXVITE, 24); et à la salutation messianique de son peuple il répond par un véritable signe messianique.

V. 14 et 15. «Jésus, ayant trouvé un ânon, s'assit dessus, selon qu'il est écrit : 15 Ne crains point, fille de Sion; voici, ton roi vient assis sur le poulain d’une ânesse.» — La conduite de Jésus est commandée par la nature des choses. Lui, l’objet de ces hommages, il ne peut, dès qu'il consent à les accepter, rester confondu avec la foule. D'un autre côté, s’il se met en scène, il ne peut le faire que de la manière la plus humble et sous une forme appropriée à la nature essentiellement spirituelle de sa royauté. Le mulet est envisagé en Orient, aussi bien que le cheval, comme un noble animal; l’âne, au contraire, y est méprisé comme chez nous; comp. Sirach XXXII (XXXVD, 95 (24). I ne faut donc pas comparer la monture de Jésus en ce jour avec celle de Salomon, 1 Rois [, 38, lorsqu'il fit son entrée royale à Jérusalem sur la mule du roi son père. Du reste, Zacharie donne lui-même le commentaire de ce symbole en disant (IX, 9): « Voici ton roi qui vient à toi juste, sauvé et PAUVRE.» Mais en même temps que l’ânon représente la pauvreté du Messie, il rappelle aussi la nature toute pacifique de son règne : «Je retrancherai les chariots de guerre; el ce roi parlera de paix aux nations» (Zach. IX, 10). Ces deux notions de paix et de pauvreté se lient facilement, comme se lient d'autre part celles de richesse et de force militaire, — L'expression esdouv, ayant trouvé, paraît au premier Coup d'œil incompatible avec le récit des Synoptiques d’après lequel Jésus envoie devant lui deux disciples avec l’ordre exprès de lui amener l’ânon. Mais soc ne signifie nullement que Jésus ait irouvé sans chercher; qu'on se rappelle le ebonxx d’Archimède. Ce mot peut se

traduire ainsi: s'étant procuré; on ne saurait rien en inférer sur le comment de la trouvaille, et il est naturel de penser que Jean veut résumer, dans cette expression sommaire, le récit des Synoptiques suffisamment connu dans l'Église, Il abrége également la citation de Zacharie; il ne lui importe pas en effet, comme à l’auteur du premier évangile, de faire ressortir expressément la nature spirituelle de la royauté messianique, mais uniquement de constater le rapport général entre la prophétie et son accomplissement. L'expression fille de Sion désigne soit la ville elle-même personnifiée, soit plutôt la population de la ville en tant que protégée par la colline royale, Sion. Jean substitue : CNe crains pas,» au: (Réjouis-toi,» de la prophétie; c’est le même sentiment, au degré inférieur. — Si Jésus n’était jamais entré de cette mamière dans Jérusalem, cette prophétie n’en aurait pas moins été réalisée. Tout son ministère en [sraël en était l’accomplissement. Mais en réalisant littéralement l’image employée par le prophète, Jésus a voulu rendre plus sensible laccomplissement moral et réel de Ja prophétie. Cependant, au moment même, les disciples ne saisirent point le rapport entre la prophétie et le fait qui se passait sous leurs yeux.

V. 16. « Or les disciples ne comprirent pas ces choses au moment même; mais, lorsque Jésus eut été glorifié, alors ils se rappelèrent que ces choses étaient écrites de lui et qu'ils les lui avaient faites.» — Si jusqu'alors les disciples s'étaient préoccupés de l’accomplissement de la prophétie de Zacharie, ils se l’étaient représenté sous une forme bien autrement éclatante et grandiose. Ce fut l’élévation céleste de Jésus qui leur fit enfin comprendre que ce qu'ils avaient vu était bien l’accomplissement de la parole prophétique, et qu'il n’y avait plus d'autre entrée royale du Messie à attendre. Il n’y a donc aucune raison de

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s’écarter du sens naturel de édoËxoën, fut glorifié, et de rapporter ce terme, comme Île fait M. Reuss, aux effets salutaires des souffrances de Jésus (t. Il; p. 367). — Quel charlatan que le pseudo-Jean de Baur qui s'amuse à jeter un pareil trait dans son récit, pour se donner l'air d'avoir appartenu lui-même au nombre de ces disciples désabusés dans la suite! — On s'étonne de l’expression Qils lui avaient fait; » car, dans la scène racontée par Jean, : les apôtres n’ont rien fait à Jésus. Plusieurs prennent étotncav dans le sens où il se trouve au v. 2: «On lui avait fait,» et donnent pour sujet à ce verbe la multitude (v. 12 et 13). A la vérité le sujet du verbe os se souvinrent n’est pas forcément identique à celui du verbe suivant ds avaient fait ; cependant il est difficile d'admettre que ces deux sujets désignent des personnages complétement différents, et si on les distingue, il faut du moins que le premier soit compris dans le second. Une participation quelconque des disciples à cette scène est donc supposée par cette expression, d'autant plus que ce que Jean tient surtout à faire ressortir, c'est précisément que les disciples comprirent plus tard qu'ils avaient travaillé eux-mêmes, sans s’en douter, à accomplir cette prophétie. Jean faisant ainsi allusion à une coopération des disciples qu’il n’a point racontée et qui est décrite en détail Luc XIX, 29-36 et parallèles, nous trouvons là uñe nouvelle preuve du caractère volontarement abrégé de son récit.

V. 17 et 18. «La foule donc qui se trouvait avec lui quand" il avait rappelé Lazare du sépulcre et qu’il l’avait ressuscité des morts, lui rendait témoignage ; 48 et ce fut pour cela aussi” que la multitude vint au-devant

1. Ote (quand) est la lecon de K AB GHMQ SU X A 100 Mnn. ©, tandis que DE K L Itpkrime Syr, et T. R. lisent ott (que). 2. BEHA A omettent xat.

de lui, parce qu'ils avaient appris qu'il avait fait ce miracle.» — Jean n'a point présenté le tableau complet de l'entrée de Jésus; car son but, en la mentionnant, est uniquement de faire comprendre la liaison de cet événement, d'un côté, avec la résurrection de Lazare, comme sa cause, de l’autre, avec la condamnation de Jésus, comme son effet. C’est cet enchaînement qu'il met en lumière dans les + Y. 17-19. Si on lit O7 (v. 17) avec quelques Mss. importants et les plus anciennes traductions, le sens est qu'en avançant avec Jésus, la foule célébrait surtout la résurrection de Lazare; et il n’est point nécessaire, dans cette explication, de supposer que la foule indiquée au v. 18 soit différente de celle du v. 17, comme le pense Lücke. Ce peut être la même dans deux moments différents. Le prodige qu'elle célébrait en accompagnant Jésus (v. 17) était le même qui l’avait fait venir à sa rencontre (v. 18). Mais si on lit te avec les plus anciens Mijj., le sens est tout différent. La foule du v. 17 ne comprend que les Juifs qui se trouvaient à Béthanie au moment de la résurrection de Lazare, ces témoins devenus croyants dont il a été parlé XI, 45; et ce sont ces gens qui sont désignés comme les vrais auteurs de l’ovation du jour des Rameaux. Ils étaient là, au milieu de la multitude, racontant à qui voulait l'entendre ce qu'ils avaient eux-mêmes entendu et vu. Ce qui nous fait pencher pour cette leçon et pour ce sens, c’est cette amplification dramatique: « Quand il avait rappelé Lazare du sépulcre et qu'il l'avait réveillé d’entre les morts.» Dans le premier sens, en effet, la simple mention abstraite du fait n’eût-elle pas suffi? Si l’on admet la seconde explication, le donc du v. 17 se rattache à v. 10 et 11, et le verbe épaprioe doit se prendre dans un sens absolu : témoignage lui était rendu. Le v. 18 ajoute au y. 17 cette idée que nonseulement c'était ce miracle qui faisait en ce moment

le sujet principal des entretiens de la foule, mais encore que c'était ce prodige venu à la connaissance de toute cette multitude de pèlerins à leur arrivée à Jérusalem, qui les avait poussés à aller au-devant de Jésus. — Nous trouvons 101 un rapport remarquable avec le récit de saint Luc : «Comme il approchait de la montagne des Oliviers, toute la multitude des disciples, transportée de joie, se mit à louer Dieu à haute voix, pour tous les miracles qu'ils avaient vus.» Comme d'ordinaire, dans la tradition synoptique le tableau est plus vague et plus Imdéterminé, et le récit de Jean présente les traits les plus nettement accusés.

V. 19. «Sur quoi les pharisiens se dirent entre eux: Vous voyez que vous ne faites aucune avance; voilà que tout le monde s’en est allé à sa suite.» — Les v. 17 et 18 constataient l'influence de la résurrection de Lazare sur la scène du jour des Rameaux; le v. 19 signale celle de cette scène sur la catastrophe finale. — IToèç éaurouis, au lieu de Tpôs æhhmhovs, parce qu'appartenant au même corps, c’est comme s'ils se parlaient 4 eux-mêmes. — "Iôs, voici, fait allusion au spectacle inattendu dont ils viennent d’être témoins. — Il y a de la détresse dans ce terme 6 xôomoc, le monde, «tout ce peuple indigène et étranger,» et dans cet aoriste arte, s’en est allé : «Cest une affaire faite; nous voilà seuls!> — On peut expliquer Sewpsite soit comme imdicatif présent, soit comme impératif. Dans les deux cas, ces gens se reprochent mutuellement et avec une sorte d'amertume linefficacité de leurs demi-mesures et s’encouragent à employer sans tarder le dernier moyen de salut. Ge sont ces derniers mots surtout qui mettent le morceau en rapport avec le but général de cette partie de évangile.

Plus on étudie de près la narration de Jean, moins il est possible d'y voir le produit accidentel de la tradition ou de

la légende. Au lieu de la juxtaposition anecdotique qui fait le caractère des Synoptiques, nous rencontrons à chaque pas les traces d’un enchaînement profond, d’une unité qui domine jusqu'aux moindres détails du récit. Le dilemme est donc, quant à ce livre : histoire réelle, profondément saisie et reproduite, ou roman puissamment conçu et très-habilement exécuté (Baur).

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