‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean ... . Tome secondChapitre 133 sur 278 · N BD LX It Syr. retranchent xax devant eay ri · texte numérisé non relu

N BD LX It Syr. retranchent xax devant eay ri

du v. 23. Le Père honorera le serviteur, comme il à glorifié le maitre. Cest là pour l’un et pour l’autre conserver cette vie qu'ils ont donnée. Peut-être André et Philippe avaient-ils vu avec une satisfaction un peu chamnelle ces personnages étrangers prêts à rendre hommage à leur maître. Jésus, qui fait taire incessamment chez lui ces aspirations de la vie naturelle, les abat d’un mot chez ses disciples. Mais, après avoir énoncé la loi qui l’oblige à mourir, il ressent immédiatement, dans tout son être, le contre-coup de cette pensée redoutable : la croix.

V. 27 et 28 à. «Maintenant mon âme est pleine de trouble; et que dirai-je? Père, délivre-moi de cette heure? Maïs c'est à cause de cela que je suis venu audevant de cette heure. 28 à Père, glorifie ton nom.» — L'âme, boyn, est le siége des émotions naturelles, comme l'esprit, rvsdua, est celui des émotions religieuses. Voir à XI, 33. Jésus emploie ici le premier de ces termes, parce que c’est la perspective de ses douleurs personnelles qui l'émeut en ce moment. — Le parf. rerépaxtat indique un état dans lequel le Seigneur se sent entièrement plongé. Ce trouble intérieur se révèle à lui surtout par l’hésitation qu'il éprouve lorsqu'il veut épancher son cœur par la prière. D’ordinaire, 1l a une vue distincte de ce qu'il doit demander au Père; mais en ce moment, cette clarté lui manque. Comme le fidèle dans l’état que décrit saint Paul Rom. VIE, 26, il ne sait comment il doit prier. Gette question: «Que dirai-je?» il ne l'adresse proprement ni à Dieu, ni aux hommes ; il s'interroge ainsi lui-même. Son sacrifice restant hbre jusqu’au bout, il pourrait certainement, s'il le voulait, demander à Dieu de l’en dispenser. Et le Père l’exaucerait, comme toujours. Mais ce cri : « Pêre, délivre-mor de celte. heure,» qui, en assurant son repos, perdrait le monde, se le laissera-t-il arracher par la violence de l'angoisse? Non;

Jésus ne se sent pas libre de prier de la sorte. Il est déjà trop avancé sur le chemin de la croix pour s’arrêter si près du terme. Étouffant donc le cri de la nature, il donne essor à la voix de l'esprit: «Père, glorifie lon nom.» Cest là sa prière réelle, définitive, celle dans laquelle son âme filiale s’épanche tout entière et qui lui fait recouvrer sa sérénité : «Fais de moi tout ce qu'il te plaira, pourvu que tu tires de moi ta gloire!» — Le mot maintenant caractérise cette angoisse actuelle comme une anticipation de celle qui l'attend. — Après les mots: «Que dirai-je?» la tournure interrogative que nous donnons à cette prière : « Pére, délivre-moi de cette heure? » n’a rien que de naturel. Cest là la prière que lui conseïllerait la nature; il l’exprime hypothétiquement, afin d'apprendre à ses disciples à faire taire, dans une position semblable à la sienne (v. 26), la voix de la chair, et à ne laisser parler devant Dieu que celle de l'esprit. Lücke, Meyer, Hengstenberg, font de cette parole une prière réelle, que Jésus rétracterait aussitôt après. Mais ce brusque revirement d'impression n’a-t-1l pas quelque chose de forcé? — Les expressions : «à cause de cela,» et: «pour celle heure,» semblent faire pléonasme. On pourrait donner à toute cette phrase le sens interrogatif : «Mais est-ce donc pour cela que je suis arrivé jusqu’à cette heure?» c’est-à-dire pour la reculer mdéfiniment. Ou bien l’on pourrait mettre une virgule après fhoov et faire des mots pour cette heure un appendice explicatif de à cause de cela: «C'est pour cela que Je suis venu (au monde), c’est-à-dire pour cette heure même.» Mais ces deux constructions sont peu naturelles; la première, à cause de l'interrogation précédente; la seconde, à cause de l'opposition évidente de to eè avec côocov 8x. Hengstenberg explique dx roro dans ce sens: «C'est précisément pour que mon âme soit ainsi troublée que je

suis arrivé à cette heure-ci.» Meyer et Lücke rapportent ces II. 26

mots dx toto à l’idée exprimée dans la prière suivante, la glorification du nom du Père. Ces interprétations sont bien forcées. N’est-il pas plus simple de voir dans le neutre roùto l'expression un peu mystérieuse de ce quelque chose qui a jeté son âme dans le trouble et qu'il serait tenté d’éloigner par sa prière, du contenu si sombre de l'heure qui , va sonner? Le sens serait ainsi: (Cest en raison de (àca) ce qu'il y a à souffrir dans cette heure (robro), que je me suis dès le commencement rapproché de cette heure.» Jésus veut dire que tout ce qu'il a déjà supporté en vue de la croix ne lui permet plus de faiblir au moment où l'heure redoutable, dans laquelle doit se consommer cette longue mort, va sonner.

M. Colani, dans sa critique de la Vie de Jésus de M. Renan, fait dire à Jésus par une étrange inadvertance: (Père, glorifie mon nom.» Il dit: «Ce cri: Père, délivre-moi de cette heure, se transforme sur-le-champ en la demande de voir son nom glorifié; > ‘expression qui, ajoute-t-il, (n’a de sens qu’au point de vue de la doctrine du Logos'.» Plus cette altération du texte de la prière de Jésus (mon nom substitué à {on nom!) est involontaire et instinctive de la part de M. Colani, mieux elle prouve la différence qu'il y à entre le Jésus profondément humain de Jean et le Christ fantastique et métaphysique que la critique prête à l’évangéliste. Que si, après cela, M. Colani ne voit plus dans cette scène sublime qu’ «une agomie emblématique, presque simulée, » à qui la faute?

Ce qu’il faut admirer avant tout, dans ce passage , c’est le caractère parfaitement humain de la lutte que se livrent dans le cœur de Jésus la nature et l'esprit; c’est ensuite la sincérité, la candeur avec lesquelles Jésus exprime ses impressions intimes, sa faiblesse (Hébr. V, 2), devant tout ce peuple, ne craignant pas de l’initier à la perplexité où le plonge la perspective de ses prochaines souffrances. Certes il faut être bien prévenu pour retrouver dans ce Christ celui

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