NDIt. Vg. lisent ravta au lieu de Tavtus
ment du monde, en ce qu'elle dévoile, aussi complètement que possible, l’état moral de l'humanité naturelle. En la dressant, l’homme se juge; car il manifeste ainsi le fond de rébellion et de haine de Dieu qui est dans son cœur. En passant devant elle après lavoir dressée, 1l se juge plus définitivement encore; car il y trouve infailiblement, par la foi, son salut, par l’incrédulité, sa condamnation. Et le jugement divin n’est désormais que la ratification de la sentence que chaque homme porte ainsi sur lui-même en face de la croix. Le jugement du monde date donc réellement du Vendredi- Saint. Sa première manifestation extérieure a été la ruine de Jérusalem; la seconde sera le jugement de l'Église; la troisième, le jugement universel. Comp. les discours Matth. XXIV et XXV, tenus le soir même du jour qui précéda celui où Jésus prononça les paroles qui nous occupent.
Mais, en même temps que le crime de la croix dévoile l’état moral du monde, il comble la mesure de la tolérance accordée à la perversité de son prince. Le crucifiement du Fils de Dieu est le plus odieux et, par là même, le dernier forfait de Satan; ce crime met fin au support de Dieu envers lui et, en conséquence, à son pouvoir. On cite des passages rabbiniques dans lesquels Satan est appelé le prince du monde. Mais, en le désignant ainsi, les Juifs se mettaient en dehors de son empire, tandis que Jésus les y renferme aussi bien que les païens (ch. VIN). Dehors ne signifie pas seulement : hors de sa charge et de son pouvoir, mais avant tout : hors du monde, son ancien domaine; c’est ce qui ressort de la liaison de ces mots à ceux qui précèdent et de l'opposition du v. 31 au v. 39 (x tñs Yñs).
Au renversement de l’ancien dominateur correspond lavénement du nouveau souverain. Jésus se désigne lui-même comme destiné à remplir ce rôle : xxyw, et moi. Mais, chose remarquable, tout en substituant son pouvoir à celui de
Satan, ce n’est pourtant pas sur cette terre, d’où Satan est chassé, qu’il établit son règne. Il ne devient pas, comme s’y attendaient les Juifs, le successeur de son adversaire, un autre prince de ce monde; il quitte la terre aussi bien que son rival; il est élevé hors d’elle et au-dessus d'elle; ce sera de cette sphère supérieure qu'il attirera à lui ses sujets; c’est là qu'il réalisera son règne. Pour peu que l’on soit familiarisé avec le langage de Jésus, on comprend qu'il prend ici l'expression étre élevé dans le même sens amphibologique que HT, 14 et VIT, 28. Sa suspension à la croix lui apparaît comme lemblème, magnifiquement ironique, de son élévation sur le trône. Et ce rapprochement repose sur une vérité très-profonde. N'est-ce pas la croix qui creuse l'abîme entre Christ et le monde (Gal. VI, 144) et qui fait prendre au règne de Dieu ce caractère exclusivement spirituel et céleste qu'il a revêtu depuis le passage de Jésus sur la terre? Une terre arrosée du sang du Fils de Dieu ne saurait être glorifiée sans avoir passé par la destruction et le renouvellement complet. Meyer objecte contre le double sens du mot étre élevé le régime x rs vhs, hors de terre, et prétend que Jésus ne peut penser ici qu’à son ascension. Il est bien évident que l'expression hors de lerre ne se rapporte pas seulement à la petite distance entre le sol et les pieds du crucifié. Hors de terre désigne l'expulsion ignominieuse de lexistence terrestre par une peine capitale quelconque. C’est dans le mot étre élevé qu'est renfermée l'allusion au supplice particulier de la croix. Mais qui ne sentirait combien cette expression : hors de terre, rapportée à l’Ascension, serait déplacée? Le seul régime naturel de étre élevé, dans ce sens, eût été: dans le ciel.
La croix et l’Ascension réunies ont complètement affranchi Jésus de tous les liens terrestres et de toutes les obligations nationales et l'ont mis en demeure d'étendre au
monde entier son activité, de devenir le Seigneur de tous (Rom. X, 12). «Je les attirerai tous à moi;» tous, nonseulement les Juifs, mais tous les hommes et spécialement les Grecs. C’est de ce mot tous et du futur attirerai que ressort la réponse de Jésus à la demande qui avait occasionné ce discours. L'heure de l'appel des Grecs approche; mais avant qu’elle sonne, une autre heure doit encore sonner! — Quelques théologiens ont restreint l'application du mot {ous aux élus; ou bien on l’a entendu dans ce sens : des hommes de tout peuple; Meyer, en échange, le prenant dans le sens le plus absolu, semble y trouver la notion du salut final universel. Mais éhxvetv, altirer, ne désigne pas nécessairement un attrait efficace. Ce mot se rapporte à la prédication de la croix dans le monde entier et à l’action du Saint-Esprit qui l'accompagne. Cet attrait céleste n’est point irrésistible. — Le dernier mot : à moi, littéralement : 4 moi-même, fait allusion à la position unique que Jésus va occuper dé-: sormais tout à la fois hors de la terre et au-dessus de la terre. Exclu du monde par la croix, élevé au ciel par l’Ascension, Jésus s’entourera d’un nouveau peuple de même nature que lui, étranger à la terre et d'essence céleste, son corps spirituel, l’Église. Et la puissance par laquelle il le formera sera uniquement cet attrait céleste qui partira simultanément de sa croix et de son trône, et dont il sera lui-même et le but et l’auteur.
Ces deux versets renferment toute l’histoire de l'Église aussi bien au point de vue négatif et polémique, la destruction progressive du règne de Satan, qu’au point de vue positif, l'établissement graduel du règne de Dieu.
V. 33. «Or il disait cela faisant entendre de quelle mort il allait mourir.» — Cette explication de Jean est déclarée fausse par plusieurs interprètes modernes (Meyer, Reuss, etc.). Ils auraient raison, si Jean voulait dire que
Jésus, en parlant comme il vient de le faire, n’a én vue que sa croix. Mais qui peut croire, après avoir lu les ch. XIV- XVI, que l’évangéliste se soit représenté Jésus attirant les hommes uniquement du haut de sa croix et non aussi du sein de sa gloire (XIV, 12. 13; XV, 26. 27; XVI, 7-11)? Le sens du mot ommatvwy est donc celui-ci: « En donnant cette forme à sa pensée, Jésus faisait pressentir le genre de mort qu'il allait subir.» Et nous venons de voir que cette remarque est parfaitement exacte et ne prête rien à Jésus qui ne füt réellement dans sa pensée.
Ce passage, où Jésus, après avoir frémi à la vue de sa croix, se raffermit en traçant à grands traits le tableau de l’immense révolution qu’elle opérera, doit être comparé au morceau de saint Paul Col. Il, 14. 15, où cet apôtre représente Jésus exposant les puissances infernales en spectacle, les dépouillant de leur pouvoir et triomphant d'elles sur la croix. Comp. également le passage 2 Cor. V, 14-17, d’après lequel la mort de Christ est la mort implicite et virtuelle de tout le genre humain et le moyen du renouvellement universel : « C’est une nouvelle création; les choses vieilles sont passées; voici, toutes choses sont devenues nouvelles. »
V. 34. «La foule lui répondit’ : Nous avons appris par la loi que le Christ demeure à toujours; comment donc dis-tu : Il faut que le Fils de l’homme soit élevé? Qui est ce Fils de l'homme?» — Cette objection du peuple était naturelle’: Satan une fois détrôné et expulsé avec ses sujets, le Messie, d'autre part, élevé dans une sphère supérieure avec ceux qu'il attire à lui, qui donc restera sur la terre? Rien de moins conforme que cette perspective au programme: juif d’après lequel le royaume messianique était simplement une terre glorifiée, et le Messie, l’heureux rival