N B D: otoapuorv au lieu d'ettotpapuoty
4. Tous les Mjj., excepté L'U**, lisent cacouat au lieu de tacmmot.
peuple : CEngrarsse le cœur de ce peuple,» — ni à cel des LXX , d’après lequel cet endurcissement est un résultat auquel Dieu ne concourt en aucune manière: «Le cœur de ce peuple s'est endurci.» Le texte de Jean est, pour le sens, parfaitement conforme à celui du prophète; car le sujet sous-entendu des deux verbes chez Jean ne peut être que Dieu; or il est évident que, dans Ésaïe, le prophète, en exerçant ce Jugement, n’est que l'instrument de l’action divine. Ge passage prouve que l’évangéliste ne dépendait nullement de la traduction grecque et connaissait le texte hébreu. — Topos, aveugler, désigne la privation de la lumière intellectuelle, du sens du vrai; topobv, proprement : raccornir da peau, la privation de la sensibilité morale, du sens du bon. De la privation de ces deux organes doit résulter l’incrédulité ; le peuple pourra voir miracle sur miracle, entendre témoignage sur témoignage, et pourtant ne pas discerner le Messie. La leçon aout, Cet je les quérirai» , c’est-à-dire : «après les avoir assez châtiés, je finirai par les guérir, » quoique appuyée par presque tous les Mjj. (elle se trouve aussi dans les LXX, dans les Mss. À B), n’est qu’une correction destinée à adoucir la dureté apparente de la menace divine. Elle est inadmissible dans ce contexte; la force du redoutable tva ur, afin que je ne, s'étend évidemment jusqu’à la fin de la phrase.
Nous avons constaté le sens des paroles du prophète et de celles de l’évangéliste; comment le justifier? Ces déclarations seraient inexplicables et profondément révoltantes si, au moment où Dieu les adresse à Israël et le traite de la sorte, ce peuple était encore dans l’état normal, s’il était encore son peuple. Mais non; en envoyant Ésaïe, Dieu lui dit: «Va et dis à ce peuple» (Es. VI, 9). Et l’on sait ce que veut dire un père, lorsque, en parlant de son fils, il dit non. plus : mon enfant, mais: cet enfant; la relation paternelle est déjà rompue; le lien moral n'existe plus. C’est à ce
point de vue qu’il faut se placer pour apprécier convenablement la dispensation divine qui nous occupe. Elle doit être rangée dès l’abord dans la catégorie des châtiments. Dieu ne dispose pas arbitrairement de l’âme de ses créatures pour l’accomplissement de ses plans; mais la créature qui a volontairement abusé de la grâce divine, s’attire une punition terrible. Du rang de buf elle est dégradée à celui de moyen; de personne elle devient matière. L'homme peut bien, en effet, se refuser à glorifier Dieu par son obéissance volontaire et par son salut qui en serait la suite : il ne saurait empêcher Dieu de se glorifier en lui par un châtiment qui fasse éclater publiquement le caractère odieux du péché auquel il a persisté à se livrer. «Dieu, dit Hengstenberg, a constitué l’homme de telle sorte que, quand il ne résiste pas aux premiers commencements du péché, il faut qu'il cesse de disposer de lui-même, et qu’il obéisse jusqu’au bout» à la puissance à laquelle il s’est donné. Dieu ne permet pas seulement ce développement du mal; il le veut et il y concourt. Mais comment, dira-t-on, la sainteté de Dieu, ainsi comprise, se concilie-t-elle avec son amour? C’est ce que saint Paul explique aux juifs par un exemple, Rom. IX, 17. Dès le moment où Pharaon ne veut pas consentir à écouter Dieu et à être sauvé, il faut du moins qu'il serve au salut des autres. Pour cela Dieu le prive à la fois du sens du vrai et du sens du bon, l’aveugle et l’endurcit, le livre entièrement aux inspirations de son orgueil et le rend sourd même aux calculs de l’intérêt bien entendu, afin que, par l’exemple d’une ruine si éclatante, le monde apprenne ce qu’il en coûte de résister volontairement aux premiers appels de Dieu. Une fois perdu lui-même, par le vertige dont il est frappé 1l sert du moins au salut des autres. L'histoire de Pharaon se reproduit exactement dans celle des Juifs. Déjà du temps d’Ésaïe la masse du peuple était tellement charnelle que le prophète comprenait qu’elle ne se converlirait point du cœur à un Messie tel que celui qu'il était chargé d'annoncer de la part de Dieu (Es. LIT). D'un autre côté, un tel peuple devait-il se convertir extérieurement et sans changement de cœur à ce Messie, uniquement sous l'influence des prodiges opérés par lui? Non, certes; car cette croyance dont nous
avons vu des échantillons dans certains moments du ministère de 1f, 27
Jésus, Jean VI par exemple, n’eût point sauvé Israël; et elle eût entravé la- prédication de l'Évangile et compliqué singulièrement l’œuvre divine dans le monde entier. Dieu voulut donc rendre cette fausse foi impossible; il aveugla Israël, afin que les miracles de Jésus fussent à ses yeux comme nuls et non avenus; il l’endurcit, afin que ses prédications demeurassent pour lui de vains sons (Es. VI). Ainsi Israël rejeta franchement et put être rejeté franchement; et cette position tranchée, qui n’empira en rien le sort d'Israël, eut du moins pour le salut du monde les conséquences excellentes que fait ressortir saint Paul Rom. XI. Par son châtiment exceptionnel Israël devint ce qu’il avait refusé d’être par son salut : l’apôtre du monde; et bon gré mal gré, comme Judas, son type, il remplit sa tâche. C’est à ce point de vue que lon comprend bien les derniers mots de la parole prophétique : «De peur qu’ils ne se convertissent et que je ne les guérisse. » Ils se sont mis dans un tel état, veut dire l'Éternel, que, ne pouvant plus les convertir réellement et leur faire le bien que je comptais leur faire, je suis obligé de les aveugler afin d'empêcher qu'ils ne se convertissent extérieurement, uniquement en vue de leurs intérêts charnels; ainsi, ne pouvant plus les sauver, je puis au moins les faire servir au salut des autres. Il est clair, d’ailleurs, qu’au milieu de ce jugement oénéral chaque individu reste libre de se tourner vers Dieu par la repentance et d’échapper au châtiment de l’endurcissement. Le v. 43 d’Ésaïe et le v. 42 de Jean en sont la preuve.
Quant au rapport de l’incrédulité juive à la prévision divine (v. 87 et 38), Jean n'indique point la théorie métaphysique au moyen de laquelle il parvient à concilier la’ prescience de Dieu avec la responsabilité de l’homme; il accepte simplement ces deux
données, l’une du sentiment religieux, l’autre de la conscience mo-
rale. Mais si l’on réfléchit que Dieu est au-dessus du temps, qu'à proprement parler il ne prévoit pas un fait qui pour nous est encore à venir, mais qu'il le voit, comme nous contemplons un fait présent; que par conséquent quand il l’énonce à un moment quelconque, avant aussi bien qu'après son accomplissement, il ne le prédit pas, mais le raconte, — la contradiction apparente entre les deux éléments de la conception de Jean, et de l'intuition biblique en géné-
RE
ve
TROISIÈME CYCLE. — CHAP. XII, 41. 4149 ral, s’évanouit. Une fois prédit, le fait ne peut pas manquer d’arriver sans doute, puisque le regard de Dieu ne peut lui avoir montré comme étant que ce qui sera. Mais il n’en résulte pas que le fait soit parce que Dieu l’a vu; c’est au contraire parce qu'il sera qu’il est devenu l’objet de la vue de Dieu. Ainsi le fait de l’incrédulité juive a été énoncé, vu d'avance par Dieu; mais, comme Jean lui-même vient de le montrer, sa cause réelle n’est nullement cette prévision divine. Il avait sa raison d'être d’abord dans l’état moral d'Israël, puis dans une dispensation divine appropriée à cet état,
V. 41. «Cest là ce que dit Ésaïe, lorsqu'il! vit sa gloire et qu'il parla de lui.» — Jean justifie dans ce verset l'application qu’il vient de faire de la prophétie d’Ésaïe aux rapports d'Israël avec Jésus-Christ. Le Dieu national de ce peuple, le Jéhovah de PAncien Testament, l’'Adonaï dont Ésaïe, dans cette vision du ch. VI, contemplait la gloire, est personnellement le même être qui s’est incarné en Jésus. Cest ce que saint Paul exprime 1 Cor. X, 4, en appelant Christ «le rocher spirituel qui accompagnait nos pêres» au désert, et Phil. II, 6, en attribuant à Jésus, avant son incarnation , la forme de Dieu, le mode d’être divin. Quelques imterprètes ont essayé de rapporter le pron. aùtoÿ non à Christ, mais à Dieu. Mais les derniers mots : CEt qu’il parla de lu,» dans ce sens, seraient oiseux; et cette pensée serait sans but dans le contexte. — La leçon alexandrine 6x a contre elle non-seulement le témoignage des plus anciennes traductions, mais aussi le sens général du verset. L'idée qu'Ésaïe dit ces choses «parce qu'il vit sa gloire» est bien moins simple et a une teinte dogmatique bien plus prononcée que celle-ci: @l dit ces choses, lorsqu'il vit.» — On eût pu conclure des v. 87-41, que pas un Juif n'avait cru ni
1. NABLMX quelques Mnn. Cop. Sah. lisent ott au lieu de ote que lisent 10 Mjj. (y compris D) tous les autres Mnn. It. Syr. Chrys. etc.
n'aurait pu croire; les v. 42 et 43, en complétant le tableau historique, écartent ce malentendu.
V.42 et 43. «Il est vrai, cependant, que, même parmi les chefs, plusieurs crurent en lui; mais, à cause des pharisiens, ils ne le confessaient point, de peur d’être chassés de la synagogue; 43 car ils aimèrent la gloire qui vient des hommes plus que‘ la gloire qui vient de Dieu.» — Jean mentionne cette exception, non pour adoucir la sévérité de l'appréciation d’Ésaïe et de la sienne propre sur l’état du peuple, mais pour montrer que, malgré l'exception qu'il va signaler, cette appréciation conserve toute sa valeur. Là même où la foi fut éveillée, la lâcheté en comprima la profession et le développement. Cette parole remarquable fait voir combien était accablant le joug que l'esprit pharisaique faisait peser sur Israël; elle contient la clef des paraboles du ch. X. L’endurcissement et l’'aveuglement spirituels dont a parlé le v. 40, ont précisément consisté dans l’abandon complet du peuple à la puissance du fanatisme pharisaïque. — Les mois: «De peur d’être chassés de la synagogue,» confirment la réalité du décret dont il a été fait mention IX, 29. — Adéx, au v. 48, est presque pris dans son sens étymologique : opinion, approbation. — La différence de leçon (fxeo et Üxse) est probablement due à l’itacisme (prononciation de n comme L). Si on lit üxee, il y a deux formes de comparaison combinées, comme pour faire ressortir l’odieux d'une telle préférence. — Il ne faut pas ranger, sans doute, dans la classe de ces lâches, comme le font Lücke et Meyer, les Nicodème, les Joseph d’Arimathée. Jean veut parler de ceux qui restèrent attachés au système juif, de Gamaliel et de tant d’autres, qui furent comme les Érasmes de ce temps-là!