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des pieds un sens étranger à son but primiüf, le discours suivant ne présente plus aucune difficulté. Jésus ne craignait rien tant pour son Église que les prétentions hiérarchiques. Les disciples savaient que leur Maître établissait un règne. Ge mot seul était propre à réveiller chez eux des idées de domination dans le sens terrestre; c’est pourquor il leur montre que, dans son règne, le moyen de monter, cest de descendre, et le chemin de la première place, c’est de se mettre sans hésiter à la dernière. — Au v. 13, «vous m’appelez» signifie proprement: vous me désignez ainsi quand vous m'adressez la parole. Le titre de Maitre se rapporte à l'enseignement; celui de Seigneur, à la domination de la vie entière. Comp. les titres 729 et VA que les élèves juifs
donnent à leurs maîtres. — C’est des mots: «Gar je le suis,» que Jean a proprement tiré le sus, sachant, du v. 3. — Depuis le quatrième siècle, l'Église a trouvé, dans les v. 14 et 15, l'institution d’un rit; et l’on sait ce que cette cérémonie est devenue, là où elle est encore pratiquée. Mais ni le terme dréderyua, exemple, ni le plur. ces choses, (v. 17), ne conviennent à l’idée d’une institution, et, au v. 15, Jésus aurait dù dire 6, ce que, au lieu de xadwe, comme. S'abaisser pour servir, et servir pour sauver: voilà l'essence de l’acte, son élément permanent. La forme était accidentelle, empruntée à la situation donnée et par conséquent passagère. L'ablution des pieds dont il est parlé 1 Tim. V, 10 est un devoir d’hospitalité et n’a qu'un rapport trèséloigné ayec la prescription des v. 14 et 15. — Le sens de la sentence du v. 16, qui se trouve dans les Synoptiques diversement appliquée (Luc VE, 40; Matth. X, 24. 25; comp. Jean XV, 20), est ici, comme Matth. X, que le subordonné ne doit pas trouver indigne de lui ce que son supérieur a consenti à faire. — Mais le Seigneur sait qu’il est plus facile d'approuver et d'admirer l'humilité que de la pratiquer;
c'est pourquoi il ajoute la parole du v. 17. E£: la supposition générale; éxv: la condition plus particulière. — Le bonheur promis n’est pas seulement la douceur intime qui accompagne tout acte d’abaissement volontaire; c’est une supériorité réelle de position devant Dieu : on est d'autant plus grand à ses yeux et d'autant plus rapproché de lui que l’on consent à s’abaisser davantage (Matth. XVII, 4).
V. 18 et 19. «Je ne dis pas cela de vous tous; je‘ connais ceux que* j'ai choisis; mais c’est afin que l’Écriture soit accomplie: (Celui qui mange le pain avec moi, a «levé le talon contre moi.» 19 Dès maintenant je vous le dis, avant que la chose arrive, afin que, quand elle sera arrivée, vous croyiez que c'est moi.» — L'idée du bonheur des disciples qui marchent dans la voie de lhumihté évoque dans le cœur de Jésus le sentiment d’un coniraste : 1l y a là un être qui, par son orgueil indomptable, s'éloigne rapidement de ce bonheur, et qui attire bien plutôt sur lui la malédiction. — "Eéexcéaum, j'ai choisi, à été rapporté par quelques interprètes uniquement à l'élection pour le salut, de sorte que ce terme ne s’appliquerait nullement à Judas. Mais il ressort de VI, 70 qu'il désigne l’élection à l’apostolat et comprend les Douze. — Les mots: «Je connais,» servent à expliquer l’exclamation précédente : «Je ne dis pas cela de vous tous;» et si le yxp des alexandrins est une glose, c’est une glose juste. — On pourrait faire dépendre le va du verbe étsev: «Afin que l'Écriture soit accomplie, celui qui mange, a levé...» Jésus identifierait ainsi la citation scripturaire avec son propre discours. Mais 1l est plus naturel d'admettre une ellipse, soit en expliquant, avec Meyer : «Je l'ai néanmoins choisi, afin que.…..,» soit, ce qui
1. NAK 30 Mnn. {tai Cop. Syr. lisent yap après cyo. 2. BCL M Or. lisent trvxs au lieu de ous.
PREMIER CYCLE. — CHAP, XII, 17-20. A4 parait plus simple; en suppléant: «Cela est arrivé, afin que. : » Comp. XIX, 36; Matth. XXVI, 56. Cette dernière ellipse reporte la responsabilité de lélection de Judas de Jésus sur Dieu, à qui il a obéi. Comp. t. If, p. 142 et 143. — Le Ps. XLE, au v. 10 duquel est empruntée la parole citée, n'est qu'indirectement messianique; son sujet immédiat est le juste affligé; mais cette idée n’est parfaitement réalisée que dans le Messie souffrant. Parmi les afflictions dont le juste est frappé, le psalmiste (David, d’après le titre; selon Hitzig, Jérémie) met au premier rang la trahison d’un ami intime. Dans la bouche de David, ce trait se rapporterait à Achitophel. «Ge dernier coup, veut dire Jésus, ne pouvait manquer de m'atteindre aussi, moi en qui se réunissent toutes les douleurs comme toutes les vertus du juste souffrant.» Cest, dans ce contexte, le sens de la formule : « Afin que füt accomplie.» La citation diffère et de l’hébreu et des LXX, mais non pour le sens. — Lever le talon, ruer, est lemblème de la haine brutale, et non, comme quelquesuns l'ont cru, de la ruse. Prévue et prédite par Jésus, cette trahison qui, autrement, eût pu scandaliser ses disciples, devait se transformer plus tard en un appui pour leur foi. Cest ce que fait ressortir Jésus, au v. 19. — L’attribut sous-entendu de éyo eûur est: tout ce pour quoi je me suis donné auprès de vous, et que vous me croyez être, le Maître et le Seigneur.
V. 20. «En vérité, en vérité, je vous le dis : Celui qui reçoit celui que j'aurai envoyé, me reçoit, et celui qui me reçoit, reçoit celui qui m'a envoyé.» —- La relation entre cette parole et les précédentes est si peu claire que Kunoel et Lücke ont proposé d'envisager ce verset comme une glose tirée de Matth. X, 40. D’autres, comme Lampe, le rattachent au v. 16, faisant ainsi de tout ce qui est entre deux une simple parenthèse. Meyer, Hengstenberg, pensent
qu’en face de la trahison de Judas, les apôtres avaient besoin d'être encouragés à la confiance et à la fidélité par la vue de la grandeur de leur mission. Îl nous paraît que c’est aux derniers mots du v. 19, qui précèdent immédiatement, que se rattache le plus naturellement cette parole. En prononçant ces mots : (Que c’est moi,» Jésus a senti toute la grandeur de sa personne et de sa mission, telle qu’elle est développée au v. 3 et rappelée au v. 13; la grandeur de ses envoyés lui apparaît dans tout son éclat, à la lumière de la sienne propre. Pour les engager à renoncer à la fausse gloire à laquelle ils avaient aspiré jusqu'alors, il leur dévoile la vraie grandeur et le chemin par lequel ils y parviendront. Ils le représenteront dans ce monde comme il y a représenté le Père; et il se communiquera par eux, comme Dieu se communique par lui. Il venait de dire: «Le serviteur n’est pas plus grand que son mailre;» 11 semble dire maintenant: «Le serviteur est aussi grand que son maître.» Cest là le bonheur promis v. 17: Hengstenberg croit que Jésus emploie l’expression indéterminée édv ruwæ afin d'étendre cette prérogative à tous les vrais croyants. Il est plus conforme, peut-être, à la relation de cette parole avec les v. 18 et 19 de donner à cette tournure é&v tva un sens restricüif: «Celui d’entre vous qui est réellement mon envoyé,» ce qui n'est pas le cas de tous.
Ce dernier mot ainsi compris clôt admirablement ce morceau. Le discours de Jésus suit exactement la même marche que celui que nous rapporte saint Luc. Dans ce dernier, Jésus, après avoir exhorté ses disciples à rechercher la vraie grandeur sur la voie de l’abaissement volontaire, ajoute: «Je vous transmets le royaume, comme mon Père me l'a transmis; et vous serez assis sur des trônes, jugeant les douze tribus d'Israël, » parole dont la première partie surtout concorde remarquablement avec notre v. 20.
Régner, juger, dans le sens profond du mot, n’est-ce pas être au milieu des hommes le porteur de Jésus, qui est luimême l'organe de Dieu ?
Bretschneider et Strauss envisagent le récit du lavement des pieds comme une création de la lésende. Mais ne peut-on pas appliquer à cette hypothèse ce que Baur objectait à l’explication mythique de la résurrection de Lazare : c’est que si une pareille invention de la conscience chrétienne eût élé répandue dans l'Église, elle devrait figurer aussi dans nos Synoptiques. Baur y voit une fiction, inventée à bon escient, au service de l’idée morale qu’elle exprime. Mais est-il possible d'expliquer, par ce moyen, un récit si simple et si dramatique tout à la fois, et surtout l’inimitable entretien de Pierre et de Jésus? C’est un des mérites de Schweizer, d’avoir fait ressortir le sceau de vérité historique qui est empreint sur tout ce récit. Son omission dans les Synoptiques est difficile à expliquer, il est vrai. L'institution de la sainte Cène, ce fait d’une importance capitale, éclipsa sans doute celui-ci. Peut-être même les apôtres répugnèrentils à présenter le Seigneur réduit devant eux à cette attitude d’esclave. Le monde, et surtout le monde juif, étaient-ils capables de contempler sans scandale un pareil spectacle? Quoi qu’il en soit, le passage de Luc suppose nécessairement un fait du genre de celui-ci. L’évangéliste avait trouvé ce discours rédigé par un témoin qui, se fiant à sa mémoire pour le fait lui-même, avait tenu à conserver les paroles de Jésus et les avait mises sur le papier; il a reproduit cette feuille comme il l'avait trouvée, sans rien ajouter ni retrancher.
L’éloignement de Judas: v. 21-50.
Cest ici un second acte de Jésus qui rentre dans les dernières manifestations de son amour envers les siens. Judas présent, le cœur de Jésus était comprimé et ne pouvait donner plemement essor à l'amour dont il était plein. Le v. 91 exprime avec vivacité le sentiment de délivrance que
fait éprouver à Jésus le départ du traître, et c’est à ce moment que commence ce riche épanchement de son cœur qui remplit les ch. XIV-XVIL
Judas représentait, dans le cercle des Douze, l'esprit directement opposé à celui que Jésus venait d'y faire prévaloir par l'acte du lavement des pieds. S'il ne voulait pas entrer dans cet esprit et s’humilier, 1l devait partir ; c'était l'esprit de l’antéchrist, du faux Messie, du Messie juif, qui partait avec lui.
V. 21 et 22. «Après avoir dit cela, Jésus fut troublé en son esprit et rendit témoignage et dit: En vérité, en vérité, je vous dis que l’un de vous me trahira. 22 Les disciples se regardaient donc l’un l’autre‘, ne pouvant comprendre de qui il parlait.» — L’émotion de Jésus ne provient ni du sentiment de l'affection froissée ni de la pitié pour le traître. Le régime +6 rveumar, en son esprül, montre qu'elle a son siége dans une sphère plus élevée que celle de la sensibilité naturelle. C'est, comme XI, 35. 88, un saisissement de nature religieuse, une espèce d’effroi qu'éprouve son cœur pur à la vue de ce crime satanique et à l'approche de son invisible auteur. Sur la différence de puyx et rvedua, sous ce rapport, voir à XIL, 27. Les mots: « Ayant dit cela,» qui rattachent si directement cette émotion aux paroles v. 18-20, en révèlent la nature. Si le vrai apôtre porte en lui Dieu (v. 20), le traître porte en lui Satan (v. 25). — L'expression «il rendit témoignage» oppose cette déclaration positive aux vagues indications précédentes (v. 10 et 18); et le du auvv caractérise la divine certitude avec laquelle Jésus rend ce témoignage. Aussi les apôtres (v. 22) ne doutent-ils pas un instant de la vérité de cette révélation; ils doutent plutôt d'eux-mêmes et de leur