‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean ... . Tome secondChapitre 152 sur 278 · V. 31 et 32. «Lors donc’ qu'il fut sorti, Jésus dit · texte numérisé non relu

V. 31 et 32. «Lors donc’ qu'il fut sorti, Jésus dit

1. T.R. lit ote ouy avec N B C D L X plusieurs Man. It. Vg. Cop. Or., tandis que c retranche ouy avec les autres Mjj. 90 Mnn. Syr.

Maintenant le Fils de l’homme a été glorifié, et Dieu a été glorifié en lui. 39 Si Dieu a été glorifié en lui’, Dieu aussi le glorifiera en lui-même”; et il le glorifiera bientôt.» — Ces deux versets sont le cri de triomphe qui s’échappe du cœur de Jésus à la vue du traître qui disparait dans la nuit. Les documents qui retranchent ob font des mots ôte #ëñh0ev la fin de la proposition précédente: «Il était nuit quand il sortit.» Mais cet appendice est oiseux et affaiblit la gravité de cette courte proposition : Or il était nuit.» Enfin de cette manière le verbe Xéye, 1 dit, n'est amené par rien. Il faut donc, avec le T. R. et les alexandrins, lire te oùv et faire de cette proposition la transition aux paroles suivantes. Le vôv, maintenant, qui commence ce discours, le met en relation étroite avec le départ de Judas. Il est peu naturel de voir dans éd0Ëxoôn, « élé glorifié, une anticipation de la gloire prochame de Jésus, soit par sa mort, soit par son ascension. Dans ce second cas, le contraste entre le passé édoËxoûn, « élé glorifié, et le futur doédioe., glorifiera, est effacé ; dans le premier, on ne comprend pas pourquoi Jésus exprime par le passé un fait encore futur, surtout en le déterminant expressément comme consommé à cette heure par le mot maintenant. C'était la recherche de la grandeur terrestre qui avait égaré Judas. En voyant sortir du milieu des siens ce représentant de la fausse gloire qu'il a jusqu'au bout repoussée, Jésus sent vivement qu'il est parvenu à la possession de la vraie grandeur, celle qui résulte de la parfaite obéissance. C’est là sa oloire présente, qui vient de se consommer dans les deux faits du lavement des pieds et de l'expulsion de Judas. La liaison aux mots suivants: «Et Dieu a élé glorifié en lui,»

1. NBCDL X 12 Mnn. Itrkrique omettent les mots et o Ocos eDoËaoûn sv avtow qui se trouvent dans 12 Mjj. Mon, Itelia: Vo. Cop. Syr. Or. 2. NBHA lisent ev auto au lieu de ev eauto.

est ainsi parfaitement claire : en renonçant à toute gloire propre, Jésus est devenu ici-bas l'instrument par lequel Dieu s’est glorifié lui-même ; et ce n’est pas sans raison qu'il se désigne, dans ce contexte, comme le Fils de l’homme : car il a ainsi accompli la tâche de l'humanité ; il a glorifié Dieu dans une vie semblable à la nôtre; Dieu a été, dans une vie d'homme, parfaitement servi, librement aimé.

Les premiers mots du v. 32 sont à tort retranchés par les alexandrins. Leur omission provient, comme le montre la leçon év aité, au lieu de &v éavro, chez plusieurs d’entre eux, de la confusion des deux &v «ÿt@ par les copistes. Les exemples d'omissions semblables sont sans nombre, particulièrement dans N. La proposition : «Si Dieu a été glorifié en lui,» est nécessaire pour expliquer la transition du passé a élé glorifié au futur glorifiera, v. 32. L’instrument de la gloire de Dieu sur la terre ne saurait demeurer en dehors de la gloire divine dans les cieux. Dieu ne peut rester en arrière vis-à-vis de l’homme ; si l’homme l’a glorifié, Dieu le glorifiera; le xat, au commencement de la proposition principale, exprime avec force ce rapport qui se retrouve dans la relation des v. 4 et 5 du ch. XVIL Ce rapport explique la corrélation des deux régimes: en lui, et: en luimême. Lorsque Dieu a été glorifié dans la vie d’un être, ül attire sur son sein cet être et l'enveloppe dans sa gloire. C’est ainsi qu’à la sainte clarté de son passé s’illumine pour Jésus tout son avenir. Et 1l ajoute : bientôt, faisant allusion à la trahison de Judas, qui s’accomplit en ce moment et au moyen de laquelle cet avenir va se réaliser. — Après avoir ainsi donné essor à ses impressions personnelles, Jésus se tourne vers ses disciples et donne cours aux sentiments de tendre compassion et de glorieuse espérance que lui inspire leur vue :

V. 33-35. «Mes petits enfants, je ne suis plus que pour un peu de temps” avec vous; vous me chercherez, et, comme je l'ai dit aux Juifs: Où je vais, vous ne pouvez venir, je vous le dis aussi à vous maintenant. 34 Je vous donne un commandement nouveau, c'est que vous vous aimiez les uns les autres, que, comme je vous ai aimés, vous vous aimiez aussi les uns les autres. 35 C’est à cela que tous connaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l'amour les uns pour les autres”.» — Le terme de tendresse vtexvia, mes pelits enfants, ne se rebrouve nulle part ailleurs dans nos évangiles ; il est inspiré à Jésus par le sentiment de la séparation prochaine qu'’exprimait le bientôt (v. 32). Jésus parle à ses disciples comme

un père à des enfants bientôt orphelins. Il se transporte avec eux aux moments qui suivront la séparation et se représente avec vivacité ce qu'ils éprouveront : « Vous me chercherez.» Et lui-même, combien ne désirerait-il pas pouvoir les prendre avec lui dans ce monde divin où il va rentrer? Mais ils sont encore, pour le moment, dans le même état que les Juifs, à qui Jésus avait déclaré (VIT, 34; VIT, 21) qu'ils ne pourraient le suivre; seulement il y a cette différence que, pour eux, cette impossibilité ne durera pas toujours; XIV, 3: «Je vous prendrai avec moi, afin que, là où je suis, vous y soyez aussi.» ’Agtr, maintenant : «Je vous le dis maintenant seulement, tandis qu'aux Juifs je lai déclaré beaucoup plus tôt» (comp. XVI, 4). Gependant ce mouvement de sensibilité pour les siens, dans le cœur de Jésus, aboutit aussitôt à un appel à leur énergie morale, À la position nouvelle correspondra un devoir nouveau (v. 34).

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