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Pierre à la Pentecôte, saint Paul dans le monde entüer, ce qu'opère un simple. prédicateur, un simple croyant, en faisant descendre l'Esprit dans un cœur et en y glorifiant Jésus, Jésus n’a pu le faire pendant son mimistère terrestre. Une telle œuvre supposait sa glorification, comme le fait entendre la fin du verset : « Parce que je m'en vais à mon Père.» Et le sarment porte ainsi des fruits que le cep n’a pu porter lui-même. Le terme plus grand ne désigne donc pas des miracles plus prodigieux, mais des miracles d’une nature plus excellente; et il ne se rapporte pas seulement à l'extension du ministère apostolique hors des limites de la théocratie, comme l’entendent Lücke, Meyer, Tholuck, Olshausen, de Wette : cette différence n’est ici qu'en seconde ligne. Ge rouce, il fera, sera expliqué et complété par le rounow, je ferai, v. 15.
En effet, si le sarment produit de tels fruits, c’est que le cep, après être parvenu à la plénitude de sa puissance et de sa fécondité, les produit par lui. Cette supériorité d’activité chez les disciples reposera sur l'élévation de la position de Christ lui-même : « Parce que je m'en vais à mon Pêre. » Il ne faut point terminer la phrase avec ces derniers mots. L'idée suivante en est le complément nécessaire. Elle explique en quoi consistera proprement la part du disciple dans la production de ces œuvres plus grandes. Cette part sera simplement la prière. Le croyant demandera, et le Christ glorifié opérera du sein de sa toute-puissance. Cependant il ne s’agit pas ici de la prière en général. Cest à une forme spéciale de la prière que Jésus attribue ce pouvoir, à la prière au nom de Jésus. Demander au nom de quelqu'un, c’est, dans la vie ordinaire, demander à la place d’une personne et comme de sa part. Cette personne a, par sa position, par les services qu’elle a rendus, par la faveur dont elle jouit, droit à la grâce réclamée; celui qui prie en
son nom, prie donc comme si c'était cette personne ellemême qui priait par lui. Voilà aussi, à ce qu’il me paraît, le sens le plus simple et en même temps le plus profond de cette formule qui a été expliquée de tant de manières : en invoquant mon nom (Chrysostome), par mes mérites (Calov), dans l’élément de ma vie (Meyer), dans mon esprit et pour ma cause (de Wette). Toutes ces déterminations sont par le fait comprises dans notre explication. Une telle prière suppose que Jésus vit, pense, veut, désire en nous, exactement comme Dieu vivait, pensait et voulait en Jésus, tellement que notre prière est l'organe de sa volonté, comme sa parole était celui de la volonté de Dieu (v. 10). La prière au nom de Jésus suppose nécessairement la Pentecôte dont Jésus va parler depuis le v. 15. Comp. XVI, 93. 24. 96. — Et tout cela aura lieu, ajoute Jésus, à la gloire du Père dans la personne du Fils: car le Fils, bien loin de chercher à fonder ici-bas un règne qui lui appartienne en propre, se met tout entier, avec les siens, au service de la cause du Père.
Le v. 14 est une confirmation de la promesse si étonnante du v. 13 et particulièrement de ces mots 8 rt &v, quoi que. Jésus a ouvert par ces mots un champ incommensurable à l'ambition chrétienne de ses disciples. Edy rt: (Oui, je vous le répète : Vous n’avez qu'à demander et...» La leçon reçue éyo roumow, (je le ferai, moi,» est certainement la vraie leçon. Les alexandrins ont machinalement reproduit l'expression du v. 13; tandis que Jésus l’a modifiée à dessein, en substituant yo à toto: «Moi, qui ne vous ai jamais trompés, et qui, alors, serai revêtu de la toutepuissance auprès du Père, c’est moi qui m'engage à le faire.» Ainsi, tandis que les disciples prient sur la terre en son nom et comme de sa part, il agit, lui, du ciel au nom et de la part de Dieu; tant sera intime le rapprochement opéré
en lui entre le ciel et la terre, Dieu et l’homme. On sent bien, dit Stier, en lisant ces paroles qui reviennent constamment au commencement des épîtres de samt Paul : «Je ne cesse de faire mention de vous dans mes prières, etc.,» que c’est par la prière au nom de Jésus que les apôtres ont enfanté l’Église. |
V. 15-17. «Si vous m'aimez, gardez! mes commandements. 16 Et moi je prierai* le Père, et il vous donnera un autre défenseur, afin qu’il demeure * avec vous éternellement, 17 l'Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu il ne le voit ni ne le connaît‘: mais vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure avec vous; et il sera” en vous.» — Dans tout ce passage, jusqu'au v. 23, Jésus décrit aux disciples le changement mtérieur par lequel ils arriveront à pouvoir prier au nom de Jésus et à opérer puissamment comme il vient de le leur promettre. C’est la vraie théophanie, la seule qu'ils aient encore à demander après celle qui leur à été accordée en sa personne. Et d’abord, v. 15, la condition de réceptivité de leur part : (Au nom de l'amour que vous avez pour moi, demeurez dans la ligne que je vous ai tracée par mes commandements, et vous serez en demeure de recevoir la suprême bénédiction.» Ces commandements sont les recom- mandations qu'il leur a faites et particulièrement les instructions qu’il leur a données dans cette dernière soirée. L’aoriste impératif rappelle que cette condition dépend de la hberté des disciples. La leçon de B L ænpñoste est une correction d'après le futur égorow (v. 16). — Puis, v. 16, la condi-
. Au lieu de tnpnoate, BL Cop.: tnonoete. N': Tnpnonte. . N: Tn0Nn00 (je garderai le Père!),.
. NBLQX Itrlerime Cop. Syr. : n au lieu de mevn.
. NBa omettent le second auto.
. BD 5 Mann. It. Syr.: eottv au lieu de eotou.
OÙ & © à
tion objective du don divin, l’intercession de Jésus. Cette intercession a pour objet la Pentecôte; il est par conséquent bien aisé de concilier cette parole avec XVI, 26: «Je ne vous dis pas que je prierai le Pêre pour vous.» Car ce second passage se rapporte au temps qui suivra la Pentecôte, à l’époque où les disciples sauront eux-mêmes prier au nom, de la part et comme s'ils étaient la bouche de Jésus. — Le terme de tapdxAntos a été pris par Origène, Chrysostome, dans le sens actif de raoax\ntuo : consolateur (Job XVI, 2 dans les LXX); et, sous l'influence de la Vulgate, ce sens a passé dans nos versions françaises. Mais 1l est reconnu aujourd’hui que ce mot, de forme passive, doit avoir un sens passif: celui qui est appelé pour servir de soutien, exactement comme le mot latin advocalus : le défenseur de l'accusé devant le tribunal. Ce terme a toujours ce sens, là où il se rencontre en dehors du Nouveau Testament, comme dans Démosthènes, Diogène Laërce, Philon et chez les rabbins (le Peraclith). Jean lui-même lui donne cette sigmfication 4" Ép. II, 4 : «Nous avons un paraclet auprès. du Père, savoir Jésus-Christ, le juste.» C'est aussi celle qui convient le mieux dans ces derniers discours de Jésus. Le sens de docteur (Théod. de Mopsueste, Ernesti, Hofmann, Luthardt) ne repose, philologiquement , sur rien; l'expression l'Esprit de vérité (v. 17) ne suffit pas pour le justifier. Ge que Jésus demandera au Père en leur faveur, c’est denc un autre défenseur, toujours à leur portée, toujours prêt à venir à leur aide, au premier appel, dans leur lutte avec leur ennemi, le monde. De cette signification fondamentale découlent les applications suivantes : soutien dans les moments de faiblesse; conseiller dans les difficultés de la vie; consolateur dans la souffrance. En un mot, c’est lui qui, dans toutes les positions, leur remplacera le Maitre bien-aimé qui les aura quittés. En disant «un autre,» Jésus
se donnait implicitement à lui-même le titre de Paraclet; 1l est. donc faux de voir une différence dogmatique, à l’occasion de 1 Jean IT, 1, entre l’évangéliste et l’auteur de la 1° épître. Ce don que leur fera le Père, aura lieu non pas seulement à la demande de Jésus, mais par son intermédiaire. Comp. XV, 26: «Le Paraclet que je vous enverrai de la part de mon Père.» Gomme c’est Jésus qui le demande de notre part, c’est lui aussi qui nous l'envoie de la part de Dieu. Et il ne viendra pas pour s'éloigner un jour, comme Jésus; mais son habitation en eux sera éternelle. Meyer entend ets Toy œiova: «jusque dans le siècle à venir.» Mais le mot œiuv, dans le Nouveau Testament comme dans les classiques (8£ «iovos , à’ œiovos , ais aiüva), désigne une durée indéfinie et, avec l’article, l'éternité.
L’apposition l’Esprit de vérité (v. 17) est destinée à préciser et à expliquer le terme, encore obscur pour eux, de Paraclet. L'enseignement des choses divines par le moyen de la parole ne peut jamais nous en donner qu’une idée confuse ; quelque habilement que soit employé ce moyen de communication, il ne peut produire dans l’âme de l'auditeur qu'une image de la vérité ; aussi Jésus compare son enseignement sous celte forme à une parabole (XVI, 25). L'enseignement de l'Esprit, au contraire, fait pénétrer la vérité dans l’âme; il lui donne ainsi pleine réalité au dedans de nous et en fait pour nous La vérité. Cest là sans doute le sens de cette expression: l'Esprit de vérité. Mais on ne peut recevoir cet agent divin sans une préparation morale. L'âme dans laquelle il vient habiter, doit avoir été préalablement soustraite à la sphère profane. C'est pourquoi Jésus avait dit: «Gardez mes instructions ;» c’est pourquoi il ajoute ici: « Que le monde ne peut recevoir.» Ge n’est pas par suite d’un caprice qu'au matin de la Pentecôte, l'Esprit est descendu sur cent vingt personnes seulement, et non
sur tous les habitants de Jérusalem; ceux-là seuls avaient subi la préparation indispensable. Jésus explique en quoi consiste cette préparation qui manque au monde: il faut avoir vu l'Esprit et lavoir reconnu avant de le recevoir. L'Esprit s'identifie trop mtüimement avec notre vie personnelle, pour qu'il puisse et veuille s'imposer à nous; pour qu'il vienne en nous, 1l doit être désiré et appelé par nous; et c’est ce que nous ne faisons qu'autant que nous l'avons contemplé (Sewosiv) dans l’une de ses manifestations extérieures, puis discerné et reconnu (ytvooxstv) comme ce qu'il y a de plus excellent et de plus saint. Gette préparation s'était opérée chez les disciples pendant les trois ans qu'ils avaient passés dans la société de Jésus : sa parole, sa vie, avaient été pour eux une constante révélation de l'Esprit, et leur cœur avait rendu hommage à la sainteté sublime de cette manifestation. C’est ce que n'avait pas fait le monde, les Juifs, qui, en entendant parler Jésus, disaient: dl a un démon,» et, en voyant ses œuvres, les attribuaient à Béelzébub. Le monde était ainsi étranger à l’action et à la sphère de l'Esprit ; il était donc hors d'état de le recevoir. — L'action préparatoire de l'Esprit sur les disciples est exprimée par les mots: ({l demeure avec vous ;» et la relation bien plus intime qu’il va contracter avec eux dès la Pentecôte, par ceux-ci: «Il sera en vous.» Il faut donc bien se garder de lire, dans la première proposition, wevet (au futur), demeurera, avec la Vulgate, et, dans la seconde, éort, est, avec quelques alexandrins. Tout le sens de la phrase est dans l’antithèse du présent demeure (comp. pévoy v. 29) et du futur sera, à laquelle correspond exactement celle des deux régimes : avec vous (comp. ras duty du v. 25) et en vous. Il ne faut pas non plus faire dépendre la dernière proposition : «Ætil sera en vous ,» de êtr, parce que , ce qui n’a aucun sens. Cette dernière phrase exprime une
cape
conséquence et un progrès : (EE ainsi (en raison de la connaissance que vous avez déjà de lui par sa présence au milieu de vous) il sera en vous.» — Cette distinction entre l’action de l'Esprit sur l’homme, par le moyen de ses manifestations extérieures, et son habitation réelle dans l’homme, est comme effacée aujourd'hui dans la conscience de l’Église. La confusion de deux états si différents a entraîné d’incalculables conséquences.
V. 18 et 19. «Je ne vous laisserai point orphelins; je reviens à vous. 19 Encore un peu de temps, et le monde ne me verra plus; mais vous me verrez; parce que je vis, vous vivrez aussi.» — Le terme orphelins est en rapport avec lallocution mes petils enfants (XII, 33); c’est le langage d’un père mourant. La relation intime de ces paroles avec les précédentes, marquée surtout par l’asyndéton entre v. 17 et 18, suffit pour écarter toute autre explication des mots: «Je reviens à vous,» que celle qui les rapporte à la venue spirituelle de Jésus dès le jour de la Pentecôte. Ceux qui appliquent cette promesse aux apparitions de Jésus ressuscité (Chrysostome, Erasme, Grotius, Hilgenfeld) ne peuvent rendre compte des v. 20.21. 23. Ceux qui l’appliquent à la Parousie (Augustin, Luthardt, Hofmann) sont hors d'état d'expliquer les v. 19 et 21 et surtout le v. 23. Car l’avénement du Seigneur aura lieu à la face du monde, el tout œil le verra.» Mais ce que l’on peut et doit dire, c’est que le retour spirituel de Jésus fut préparé par ses apparitions après sa résurrection et sera consommé par son avénement au dernier jour. — Quoique l'Esprit soit un défenseur autre que Jésus, sa venue est cependant le retour de Jésus lui-même; s’il en eût été autrement, la promesse du Paraclet n’eüt répondu qu'imparfaitement aux besoins du cœur des disciples. Tholuck a conclu de cette expression : je reviens, que le Saint-Esprit n’est que la personne de Jésus
spiritualisée, et M. Reuss prétend que la distinction de personnes entre Christ et l'Esprit, quoique résultant de l’exégèse littérale du texte, «n’est qu’à la surface des mots, et que la logique pratique se refuse à l'admettre» (t. IL, p. 489- 441). «Nous oserions même, dit-il (p. 110), hasarder Popimon que dans les discours de Jésus la notion abstraite du Verbe est remplacée par la notion plus concrète de l'Esprit.» Nous croyons Jean innocent d’une confusion aussi grave. Quel écrivain de l’ancienne alliance aurait employé l'un pour l'autre les termes d’Esprit de Dieu et d’Ange de l'Éternel? La confusion de la Parole avec l'Esprit n’est pas moins inadmissible chez un écrivain de la nouvelle. Saint Paul dit : «Le Seigneur est l'Esprit» (2 Cor. IE, 17). Mais qui s'imagiera qu'il confonde la personne du Seigneur glorifié avec le Saint-Esprit? C'est ici un domaine où il importe de temir compte des nuances. D’après XVI, 14, l'Esprit est non le Seigneur, mais la puissance qui le glorifie, qui le fait apparaître, vivre et grandir au dedans de nous et cela en prenant de ce qui est à lui et en nous le communiquant. Les rôles sont donc parfaitement distincts. Ils le sont dans l'œuvre de la Pentecôte non moins que dans celle de l'incarnation. Le Saint-Esprit, en engendrant Jésus dans le sein de Marie, ne devient pas pour cela le Christ. Ainsi le Saint- Esprit, en glorifiant et en faisant vivre en nous Jésus, ne devient pas pour cela Jésus. La Parole est le principe de la révélation objective; l'Esprit est celui de la révélation subjective. En Jésus se trouve la matière à assimiler; l'Esprit éveille en nous la puissance d’assimilation. Sans la révélation objective donnée en Jésus, l'Esprit n’a rien à féconder en nous; sans l'Esprit la révélation donnée en Jésus reste en dehors de nous et ressemble à une parabole non comprise. Il résulte de là que l'Esprit qui vient, c’est bien, en un sens, Jésus qui revient, qui d'extérieur devient intérieur. Son
œuvre achevée, c’est Christ formé dans le croyant, ou, ce qui exprime la même idée, c’est le croyant arrivé à la parfaite stature de Christ (Gal. IV, 19; Éph. IV, 13).
Les mots : «Encore un peu de temps» (v. 19), sont en rapport avec le présent «je viens.» Ils réduisent, pour ainsi dire, à rien la durée de la séparation. Si, en disant : « Vous me verrez,» Jésus pense à ses apparitions après sa résurrection, ce n’est en tout cas que secondairement; sa pensée réelle se porte sur un tout autre fait. Le retour de Jésus, après sa résurrection, ne fut que momentané, tandis que celui dont il parle sera permanent. C'est ce commerce intime que décrit saint Paul dans cette parole que rappelle la nôtre, 2 Cor. IT, 18: «Nous qui contemplons la gloire du Seigneur à visage découvert;» c’est la contemplation intérieure de Jésus glorifié en nous par le Saint-Esprit. Tandis que le monde qui ne connaît Jésus que selon la chair, ne le voit plus, dès qu'il a disparu corporellement, il devient alors visible aux siens dans un milieu spirituel et divin où ils sont transportés par le Saint-Esprit et où ils se rencontrent avec lui. Ce commerce intime est la source de toute la force du chrétien dans sa lutte avec lui-même et avec le monde. L'opposition du présent &o, je vis, et du futur €ndeode, vous vivrez, ne s'explique pas naturellement si l’on fait dépendre les mots: «Parce que...» de la phrase précédente «vous me verrez.» Il est plus simple d'admettre que c’est ici une nouvelle proposition. Par ce prés. je vis, comme par les prés. je viens (v. 3 et v. 18), Jésus se transporte en pensée à ce moment bienheureux et prochain. Après avoir passé par la mort, 1l vit désormais de la vie parfaite, indestructible. Comp. Apoc. [, 18 : « J'ai élé mort; el voici, je suis vivant aux siècles des siècles.» Puis de cette vie indestrucble jaillira la leur. Le rapport du prés. je vis et du futur vous vivrez, est exactement le même que celui du prés.
Il. 91
épxoua et du futur tapaxnboua, v. 3. Le présent désigne le principe permanent, le futur les conséquences successives. La conjonction parce que formule ce rapport.
L'absence de particule logique entre toutes ces promesses de v. 16-21 trahit l'émotion profonde avec laquelle Jésus annonce ce moment décisif et glorieux.
V. 20 et 21. «En ce jour-là, vous connaîtrez que je suis en mon Père et que vous êtes en moi et moi en vous. 21 Gelui qui retient mes commandements et qui les garde, celui-là m'aime: et celui qui m'aime, sera aimé de mon Père, et moi je l’aimerai et je me manifesterai à lui.» — L'expression ce jour-là mdique un moment précis. Et comme toutes les grandes circonstances du ministère de Jésus s’étaient rattachées aux fêtes juives, que la fête de Pâques devait être l’époque de sa mort, et que le moment de la grande illumination devait suivre de près cet événement, rien n’empêche de penser, quoi qu’en disent Lücke, de Wette, etc., que ce jour dont il parle ici, était, à ses yeux, celui de la Pentecôte. Par l'expression ce jour-là Jésus oppose ce moment au moment actuel, où ils ont tant de peine à se faire une idée de l'habitation du Père dans le Fils. “Yueie, vous : «vous-mêmes, par votre expérience propre, et non pas seulement, comme aujourd'hui, par la foi à mes paroles. » Le contenu suprême de cette connaissance intérieure et vivante de Jésus, qui leur sera donnée, sera l'union de Jésus et du Père; ils auront alors Conscience de Jésus comme d’un être qui vit et qui est glorifié en Dieu et en qui Dieu vit, est glorifié et agit comme dans un autre lui-même. Et cette conscience immédiate des rapports entre Jésus et Dieu résultera de la conscience non moins immédiate qui leur sera donnée des rapports entre Jésus et eux; ils ne se connaîtront plus d'autre vie que celle qu'ils puiseront en lui: € Vous en moi ;» et ils connaîtront sur cette voie que tout
son être est à eux : «Moi en vous.» Il résulte naturellement de là que tout ce que Jésus est pour Dieu et tout ce que Dieu est pour Jésus deviendra aussi pour eux l’objet d’une aperception immédiate. Ge sont là les peyaheto toù Oeoùd révélés aux disciples à la Pentecôte et dont saint Pierre fut le premier interprète.
Le v. 21 rappelle les conditions et précise le mode de cette illumination intérieure. Jésus avait dit v. 15 : «Gardez mes commandements, et je prierai le Père.» IL énumère ici tous les anneaux de cette chaîne de grâces. 1° Il faut retenir énergiquement sa parole (ëxew) et l’observer pratiquement (rngeiv). C’est ce que ne fait pas le monde, qui l’a entendue, mais rejetée; c’est pourquoi il n’est point apte à recevoir celte manifestation. 2° Un tel individu (éxsivoc) prend, par cette fidélité morale, le caractère spécial d'ami de Jésus (& ayax&v pe). 3° Par là, il devient l’objet de l'amour du Père, qui aime tous ceux qui aiment le Fils, cet objet suprême de son amour. Get amour du Père n’est pas celui dont il est parlé IE, 16 : « Dieu a tant aimé le monde. » Il y a entre ces deux amours la même différence qu'entre la compassion d’un homme pour son prochain coupable et malheureux, et la tendresse d’un père pour son enfant, d’un époux pour son épouse. 4° Le Fils, voyant le regard de son Père se porter avec amour sur son disciple, se sentira attiré à lui par une affection nouvelle et lui accordera par le Saint- Esprit la pleine et parfaite révélation de lui-même et du Père (v. 23). Le mot remarquable éuopavi£euw fait allusion à la théophanie demandée par Philippe, mais la transporte dans le domaine intérieur (èv), spirituel, et par conséquent individuel. Et c’est là précisément ce qui provoque la question suivante de Judas. Ge dernier mot clôt ainsi l'entretien de Jésus avec Philippe et devient l’occasion de l'entretien suivant. Philippe et tous les apôtres doivent comprendre
maintenant qu’ils possèdent dans l'apparition de Jésus nonseulement la garantie de la révélation, mais la révélation elle-même, et que s’il leur reste quelque chose à désirer, ce bien supérieur ne pourra être qu’un développement nouveau de cette révélation. |