Les alexandrins (non K) retranchent xou
V. 93 et 24. «Jésus répondit et lui dit: Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole; et mon Père l'aimera, et nous viendrons à lui, et nous habiterons chez lui. 24 Celui qui ne m'aime pas, ne garde pas mes paroles; et la parole que vous entendez, n’est pas de moi, mais elle est du Père qui m'a envoyé.» — Jésus continue son discours, comme s'il n'avait pas entendu la question de Jude; car la première partie du v.23 est la reproduction du v. 21. Par là il veut dire : «Je vous le répète, et la chose restera telle, quelque contraire qu’elle soit à l’idée que vous vous en êtes faite.» Nous trouvons une manière de répondre toute semblable Luc XIE, 41 et suiv. Dans la partie du v. 25 qui se rapporte aux conditions de la révélation, Jésus abrége le v. 21; dans celle qui contient la description de la révélation elle-même, il le développe. La manifestation de Jésus à l'âme devient une descente du ciel sur la terre, une réelle habitation de Jésus et, en lui, de Dieu dans le croyant. Encore ici, comme X, 30, Jésus dit nous en parlant de Dieu et de lui, ce qui implique la conscience distincte de sa divinité. La conception du règne de Dieu que nous trouvons ici, se retrouve dans saint Luc (X VIT, 20) : « Le règne de Dieu ne vient pas de manière à étre observé; il est au dedans de vous (évros duoy).» Et une image toute semblable se rencontre Apoc. IT, 20 : « Si quelqu'un m'ouvre la porte, j'entrerai chez lui, el je souperai avec lui, et lui avec moi.» Le terme de movr, demeure, met ce verset en relation avec le v. 2. Maintenant, c’est Dieu qui fait sa demeure chez l’homme; plus tard, ce sera l’homme qui fera sa demeure chez Dieu. Le second de ces faits (v. 3) a pour condition le premier (v223):
Le v. 25 répondait au mot: « À nous,» dans la question de Jude; le v. 24 se rapporte au mot: « Et non pas au monde.» Celui qui n’a pas l’amour de Jésus dans le cœur, comme les
Juifs, après avoir entendu ses paroles, ne les retient et ne les observe pas; et, comme conséquence de la condition posée v. 21 et 95, il ne peut devenir l’objet de la manifestation intime dont parle ici Jésus. C’est ici le contenu des v. 15 et 17, qui reparaît en réponse à la question de Jude. Gomme le v. 24 forme l’antithèse du v. 23, on pourrait voir dans la fin du v. 24 une menace opposée à la promesse qui termine le v. 23. Ce serait une allusion au châtiment qui frappera un monde qui a méprisé en la parole de Jésus celle de Dieu même. Cependant les mots «que vous entendez» ne s'expliquent pas naturellement dans ce sens. Pourquoi ce présent et cette seconde du plur. qui appliquent directement cette déclaration aux disciples? Il est donc plus simple de restreindre l'application de ces derniers mots à la déclaration que Jésus vient de faire v. 23 et 24a et d'y voir une très-forte affirmation de la notion du royaume de Dieu qu'il vient de poser et qui renverse celle des disciples. La question de Jude trahissait un doute. La réponse de Jésus rappelle aux disciples la garantie suprême que possède chaque parole de leur Maître.
V. 25 et 26. «Je vous ai dit ces choses pendant que je demeurais avec vous; 26 mais le défenseur, l'Esprit saint, que mon Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et il vous remettra en mémoire toutes les choses que je vous ai dites.» — Ces paroles pourraient être rattachées directement aux précédentes, puisque c’est par le don du Saint-Esprit que s’accomplira la grande promesse des v. 22-24. Mais le parf. Xekt}nxa, qui désigne un enseignement maintenant terminé, et les mots Tag dpiv pévoy, qui font allusion à la prochaine séparation, montrent que Jésus revient à l’idée d’où il est parti et que ce premier discours touche à son terme; et c’est ce que
confirme tout ce qui suit. Ges v. 25 et 26 sont donc la transition à la conclusion de cet entretien. Jésus, après les avoir assurés de la réunion prochaine, dans le ciel, et leur en avoir donné la garantie dans le caractère divin de sa personne et dans la manifestation divine qu'il opérera en eux, ajoute à ces promesses quelques paroles d'encouragement et d'adieu. Ce qu'il vient de leur dire sur la réunion future est tout ce qu'il peut leur révéler pour le moment. Que si cet avenir est encore pour eux enveloppé d’obscurité, l’enseignement d'un autre maître dissipera ces brouillards et leur expliquera toutes ses promesses en les réalisant. Taÿta, ces choses, en tête, en opposition à avt, toutes choses (v. 26): «Cest ce que je puis vous dire maintenant; mais un autre vous dira le tout.» — L’épithète de saint donnée à l'Esprit v. 26 se rapporte à cette ligne de démarcation que Jésus avait tracée v. 17 entre le monde profane et les disciples déjà sanctifiés par leur attachement à Jésus. Comme saint, l'Esprit ne peut venir habiter que chez ces derniers. — L'expression «en mon nom» a le même sens qu'au v. 43: c’est comme de la part de Jésus que le Père enverra l'Esprit aux disciples, parce que c’est lui qui l'aura demandé pour eux. Le pron. éxeivos relève fortement la personne de ce nouveau docteur, en opposition à celle du Maître qui va les quitter (v. 25). Le Saint-Esprit, en sa qualité de docteur, remplira deux fonctions qui, en réalité, n’en font qu’une : il enseignera et remettra en mémoire. Ges deux fonctions seront étroitement liées : les paroles de Jésus dont l'Esprit réveillera le souvenir seront la matière de son enseignement dans les cœurs, le germe qu’il y fécondera, comme, en retour, cette activité intérieure de l'Esprit rappellera sans cesse à leur mémoire quelque nouvelle parole de Jésus. A mesure qu'il les illuminera, ils s’écrieront : Maintenant, je comprends cette parole! Et cette vive clarté fera sortir de
l'oubli d’autres paroles auxquelles, dès longtemps, ils ne pensaient plus. Tel est, aujourd'hui encore, le rapport entre l’enseignement de la Parole écrite et celui de l'Esprit. — Des deux navra, toules choses, le premier, objet d’enseignera, est plus large que le second, régime de remettra en mémoire. L'Esprit fera fout comprendre aux disciples, et cela en leur rappelant successivement toutes les paroles de Jésus et en leur dévoilant tout par ce moyen. Naturellement, ce tout n’embrasse que les choses de la nouvelle création en Jésus- Christ. La première création n’est pas proprement l’objet de la révélation; c’est celui de la science.
V. 27-99. «Je vous laisse la paix; je vous donne ma paix; je ne vous la donne pas comme le monde la donne; que votre cœur ne se trouble point et ne faiblisse point. 28 Vous avez entendu que je vous ai dit: Je m'en vais, et je viens à vous. Si vous m'aimiez, vous auriez tressailli de joie, de ce que j'ai dit’: Je m'en vais au Père; car mon* Père est plus grand que moi. 29 Et maintenant, je vous ai dit ces choses avant qu’elles arrivent, afin que, quand elles seront arrivées, vous croyiez. » — La promesse des v. 25 et 26 avait pour but de tranquilliser les disciples quant aux obscurités qui planaient encore pour eux sur l'avenir de leur Maître et sur le leur propre. Les v. 27-99 tendent à les rassurer par rapport aux difficultés que cet avenir leur fait pressentir. Meyer prend le mot eonvn dans un sens objectif : le salut (Div, la pleine prospé-
rité). Mais la fin du verset: « Que votre cœur ne se trouble point,» parle plutôt en faveur du sens subjectif, qui est aussi la signification naturelle d’etpnvn: la tranquillité, la
1. XNABDKLX 10 Mnn. It. Ve. Syr. Cop. Or. omettent etxov entre ott et Topeuomat. 2. ABDLX 8 Mnn. Itrieriue Vo, retranchent mou après tatnp.
quiétude intérieure. Jésus voudrait, en les quittant, les voir jouir d’une sécurité parfaite; et c’est le legs qu'il leur fait (apinu). Ce legs, il le puise dans son propre trésor : ma paix. Leur foi n’est pas encore assez affermie pour produire en eux une paix qui soit la leur; il les invite donc, pour le moment, à jouir de celle qu’ils contemplent chez lui. De son propre calme en face du danger, ils doivent, par la foi en lui, faire le leur. Le verbe dou est en rapport avec tv eu : on donne du sien. Luc X, 5. 6, Jésus confère à ses disciples le pouvoir qu'il exerce ici lui-même : celui de faire part de leur paix. On rapporte ordinairement le contraste entre la paix de Jésus et celle du monde à la nature de l’une et de l’autre: celle-ci ne repose que sur des appuis imaginaires, des espérances illusoires, tandis que celle-là a pour base les promesses infaillibles du Dieu de vérité. Mais l’absence d'objet dans la seconde proposition du verset: «Je ne donne pas comme le monde donne,» doit plutôt nous engager à faire porter l’opposition sur l’acte exprimé par le verbe que sur son objet : (Mon don est réel, efficace, tandis que le monde, quand il vous salue en disant: La paix soit avec tol, ne forme pour vous qu'un vœu impuissant.» Quant à l'interprétation de Meyer, qui explique : «Le monde donne des trésors, des honneurs, tandis que moi, Je vous donne le salut,» elle repose sur la signification d’etonyn déjà écartée et explique le où xatws d’une manière peu naturelle. Celle de Hengstenberg : «Le monde donne la tribulation, moi la paix,» n’est guère moins forcée. Gette paix intérieure, émanation de celle de Christ, doit bannir de leurs cœurs le trouble que Jésus y remarque encore (un rapasoéotw) et les préserver, par là même, du danger de faiblir (dsu\&y), qui résulterait d’un état de trouble.
Mais il ne suffit pas à Jésus de les voir rassurés, affermis; il voudrait les voir joyeux (v. 28). Et ils le seraient réelle-
ment, s'ils comprenaient le sens du départ qui s'approche. Les mots: (Si vous m'aimiez,» sont d’une exquise délicatesse. Par là Jésus trouve le moyen de leur faire de la joie un devoir de tendresse. Il les rend attentifs à l'élévation prochaine de sa position (comp. XIIL, 3. 31. 32). Quel ami ne se réjouirait de voir son ami élevé à un état vraiment digne de lui? Et s'ils comprenaient bien la portée de ce changement dans la situation de leur Maître, ils s’en réjoulraient en même temps pour eux-mêmes. Cette seconde idée ressort de ce que Jésus, tout en disant: «Je m'en vais, je m'en vais au Père,» ajoute : «Et je viens à vous.» Le second de ces faits résulte du premier. C’est parce que dès son ascension Jésus participe à la toute-présence divine, qu'il peut se révéler aux siens et vivre toujours et partout avec eux (v. 21 et 23). Matth. XXVIII, 18-20 exprime la même relation d'idée. Pour Jésus, s’en aller, c’est revenir vers les siens sous une forme nouvelle et plus réelle. Ge sens du v. 28 nous paraît ressortir directement des expressions employées et du contexte. L’explication : «Dieu sera un meilleur protecteur pour vous que je ne pouvais l'être par ma présence visible» (Lücke, de Wette, d'après les anciens), méconnaît ce qu'il y a de personnel dans ces mots : (Si vous m'aimiez.»
Cette parole : «Le Père est plus grand que moi,» est, quoi qu'en dise M. Reuss, en parfait accord avec les prémisses posées dans le prologue; ou plutôt, la synthèse du prologue est directement tirée de cette déclaration et de tant d’autres semblables dans cet évangile, D'un côté, en effet, cette parole suppose chez celui qui la prononce le sentiment le plus vif de sa participation à la divinité. Car comment le néant établirait-il une comparaison entre lui et Dieu? La créature qui dit : «Dieu est plus grand que moi,» ne blasphème pas moins que celle qui dirait: «Je suis égale à Dieu.» Dieu seul peut se comparer à Dieu. Les Ariens ont donc commis tout au moins
une grande maladresse en s'appuyant sur cette parole. D’autre part, il est impossible d'admettre que ce ne soit que comme homme, et non comme Logos, ainsi que le prétend l’orthodoxie, que Jésus ait prononcé celte parole; et cela parce que celui qui parle ici est évidemment d’après l’évangéliste le même Jésus qui a dit: «Avant qu Abraham fût, je suis.» À moins d'admettre en Christ la conscience de deux m01 différents et de rompre l’unité de sa personne, il faut bien admettre qu'il parle, ici comme là, comme homme, mais comme homme qui s’est ressaisi dans son unité avec le Logos divin. La subordination du Fils au Père est donc impliquée dans cette parole. Et voilà précisément la pensée du prologue touchant la Parole: nv moûs Tor Oeév, 1, 1; le Fils qué est dans le sein du Père, 1, 18. Comp. V, 26, où la contradiction entre la divinité et la subordination du Fils est hardiment affrontée : «Le Père a donné au Fils d’avoir la vie en lui-même.» On peut reprocher à cette théorie de renfermer des notions contradictoires au point de vue de notre logique ; mais l’on ne devrait pas, à ce qu’il nous semble, méconnaître la conséquence parfaite avec laquelle elle se déploie dans notre évangile.
Au v. 29, Jésus applique à son prochain départ ce quil avait dit au ch. XIII de la trahison de Judas. Cette séparation et ce retour purement spirituel, qu'ils ont, en ce moment, tant de peine à accepter, serviront, lorsque ces faits seront accomplis et que les disciples se rappelleront les paroles actuelles de Jésus, à l’affermissement de leur foi.
V. 30 et 31. «Je ne vous parlerai plus guère; car le prince de ce monde’ vient ; et il n’a rien en moi. 51 Mais, afin que le monde connaisse que j'aime mon Père et” que j'agis selon que le Père m'a commandé”, levez - vous, partons d'ici.» — Jésus sent l'approche de son imvisible
1. Toutou, dans T. R., ne repose que sur quelques Mann. et It. W9, À E tir omettent xu.