‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean ... . Tome secondChapitre 166 sur 278 · Au lieu d'evetethato, BL X It. Vo. lisent evrolmy eOwxev · texte numérisé non relu

Au lieu d'evetethato, BL X It. Vo. lisent evrolmy eOwxev

ennemi; c’est ici le pressentiment avant-coureur non-seulement de l’arrivée de Judas, mais aussi de la lutte morale à laquelle il va être livré à Gethsémané.

On peut donner à ces versets deux sens assez différents, quoique le résultat dans les deux cas soit au fond le même. Ou bien l’on explique le xat devant év éuot dans un sens concessif : el à la vérité, et l’on trouve l'opposition au mot: il vient, seulement au v. 31 (æX&). L'expression: C1 n’a rien en moi,» doit dans ce cas signifier: QÜÙ n’a aucune puissance sur moi;» et le vx (afin que) v. 31 dépend d’un verbe sous-entendu : Je me livre à cet ennemi, ou cela arrive ainsi afin que «Il vient, et certamement par elle-même cette approche serait sans danger pour moi. Je pourrais aisément me soustraire à la poursuite d’un ennemi aussi impuissant. Mais le moment est venu de montrer au monde par un témoignage éclatant l’amour que j'ai pour mon Père et combien est grande ma soumission à ses ordres.» L’invitation à se lever et à partir que Jésus adresse à ses disciples ne serait liée à ce qui précède par aucun lien grammatical, ce qui exprimerait d'autant mieux la résolution brusque, le parti pris.

Dans l’autre sens xat est adversatif, comme si souvent chez Jean: QI vient; mais n'ayez pas de crainte pour moi.» L'expression : 1 n’a rien en moi, devrait plutôt être rapportée dans ce cas à la parfaite innocence de Jésus. QI n’y a pas un acte, un sentiment dans ma vie pAE lequel je lui appartienne, en raison duquel 1l puisse me réclamer comme sa propriété, qui lui donne légitimement prise sur moi.» Le v. 31 fait opposition à cette dernière idée (&hhæ, mais néanmoins), et la conjonction va (afin que) dépend grammaticalement des impératifs à la fin du verset: (Néanmoins (quoiqu'il n’ait aucun motif fondé de mettre la main sur moi), afin que le monde connaisse jusqu'où je pousse mon amour

pour le Père et mon dévouement à ses ordres... levez-vous et partons, afin que je me livre à cet ennemi. »

Ce second sens me paraît plus naturel. La construction qui lie {vx aux impératifs placés à la fin du verset a beaucoup d’analogie avec la belle et triomphante apostrophe de Jésus, conservée par les trois Synoptiques : Matth. IX, 6 et parall. Se lever pour se rendre à Gethsémané, c'était bien se livrer à la puissance de Satan qui préparait là à Jésus une seconde lutte, complément de celle du désert, et à la perfidie de Judas qui devait venir le chercher là. Jésus savait bien qu’on ne viendrait pas le saisir dans la salle où 1l se trouvait en ce moment.

Les impératifs : levez-vous, partons, doivent avoir été suivis d'effet. Autrement pourquoi Jean les aurait-il si expressément rappelés? Jésus partit donc en prononçant ces dernières paroles, et l’hypothèse d’après laquelle 1l serait encore resté dans la salle et y aurait prononcé les discours suivants est incompatible avec le sens naturel du récit de Jean. Comp. XV, À et XVIL, 1.

Selon M. Reuss, les questions de Thomas, de Philippe et de Jude proviennent de malentendus si étranges et de méprises si grossières qu'il est impossible de leur accorder aucune valeur historique (t. IT, p. 323). L’exégèse a constaté, au contraire, qu'elles sont parfaitement appropriées au point de vue des apôtres en ce moment-là. Tant que Jésus était avec eux, ils ne différaient guère du reste du peuple que par leur attachement pour sa personne. Sous le rapport intellectuel, ils partageaient encore les idées généralement reçues. Ce furent la mort de leur Maître, son ascension et enfin la Pentecôte qui transformèrent radicalement leur notion du règne de Dieu. Il n’y à donc rien d'étonnant à ce que Thomas, comme les Juifs au ch. XII, se plaigne de ne rien comprendre à un Christ qui quitte définitivement la terre et qui donne rendez-vous à ses disciples dans un autre monde; à ce que Philippe, comme les Juifs qui deman-

daient un signe dans le ciel, réclame une théophanie sensible, comme suprême garantie de l’avenir glorieux de son Maitre et du leur; et enfin à ce que Jude se demande avec anxiété quelle peut être la réalité d’un avénement messianique auquel le monde restera étranger. IL faut certainement que l’auteur ait appartenu lui-même aux deux mondes qui se heurtent dans cet entretien pour avoir pu les reproduire d’une manière si naturelle et si précise. Et, en admettant, comme le fait M. Reuss, qu’il est l’un des disciples, Jean luimême, comment supposer qu'il se soit permis de faire parler ainsi ses condisciples à sa guise, en les nommant et leur mettant dans la bouche des questions absurdes à ses yeux, uniquement pour faire briller davantage la sagesse du Maître! Quant aux réponses de Jésus, elles s’adaptent si parfaitement à la situation donnée et aux besoins intimes des apôtres, elles sont empreintes d’une si exquise délicatesse dans les sentiments, d’une spiritualité si pure dans les idées, qu’il est absolument impossible de les attribuer à quelque autre qu’à Jésus, sans faire de cet autre un personnage égal ou supérieur à celui dans lequel l'Église reconnaît son fondateur et son maitre.

La position des disciples dans le monde après l’effusion de l'Esprit: XV, 1-XVI, 15.

Les entretiens précédents se rapportent à la séparation prochaine de Jésus et des disciples et à la double réunion qui en doit être le terme. Cette réunion aura lieu, d’un côté, par leur habitation future avec lui auprès du Père, de l’autre, par son habitation très-prochaine en eux par le Sant- Esprit. Avec Le ch. XV Jésus se transporte en pensée à l’époque où son retour spirituel sera consommé. Le Christ glorifié, en possession de l’état divin et en particulier de la plénitude de l'Esprit, est revenu et vit chez les siens; ils sont unis à lui et, par lui, entre eux. Sous son impulsion, ils travaillent tous ensemble, comme les membres d'un

même corps, à l’œuvre du Père. Voilà la position nouvelle en vue de laquelle il leur donne maintenant les directions, les avertissements et les encouragements nécessaires. Semblables aux sarments qui couronnent un cep fécond, ils doivent offrir au monde des fruits savoureux. Au lieu de les bénir, le monde prendra la hache pour détruire ce noble cep, cette plante du ciel. Mais cette opposition n’aura d'autre effet que de faire éclater la force divine qui les animera et par laquelle ils confondront le monde. Ainsi, trois idées principales : 1° L'état nouveau des disciples à la suite de la Pentecôte : XV, 1-17; 2° La lutte qui en résultera : XV, 18- XVI, 4; 3° La victoire spirituelle que le Saint-Esprit remportera sur le monde par leur moyen: XVE, 5-15. Chacun des trois personnages de ce drame domine successivement dans lune des trois scènes dont il se compose : d’abord les disciples; puis le monde; enfin le Saint-Esprit.

XNA 47:

À la suite de ces mots: « Parlons d'ici,» Jésus et les disciples ont quitté la salle qui venait d’être pour eux comme le vestibule de la maison du Père. Après avoir traversé silencieusement les rues de Jérusalem, Jésus se trouve de nouveau seul avec eux dans quelque endroit retiré, sur la pente, couverte de vignes, qui descend dans la vallée du Cédron. A cette nouvelle situation extérieure correspond le nouvel horizon qu'embrasse dès maintenant sa pensée : seul, avec ce petit cercle de disciples, en face de Jérusalem, du peuple juif qui y est rassemblé, de l'humanité qu'Israël représente, il pense à la tâche immense qui attend ses disciples comme organes de sa parole et continuateurs de son œuvre dans le monde. Et il s'attache spécialement dans ce premier morceau à leur faire bien comprendre la nature de cette situation nouvelle et les devoirs qui en résulteront pour eux. Et d’abord la position.

V. 1-3. «Je suis le vrai cep, et mon Père est le vigneron. ? Tout sarment qui ne porte pas de fruit en moi, il le retranche; et tout sarment qui porte du fruit, il l'émonde, afin qu'il porte encore plus de fruit. 3 Et pour vous, déjà vous êtes nets, à cause de la parole que je vous ai annoncée.» — Le pron. éyw, moi, placé en tête, et l’épithète n &hnôuwr, le cep véritable, font naturellement supposer que Jésus établit ici un contraste entre sa personne et un cep quelconque qui n’est point à ses yeux le vrai cep. Quelle circonstance extérieure conduit Jésus à s’exprimer de la sorte? Ceux qui admettent que Jésus n’est point encore sorti de la salle, renoncent à résoudre cette question (de Wette); ou bien ils ont recours, pour expliquer cette image, à l'emploi du vin dans l'institution de la sante Cène (Grotius, Meyer), ou aux jets d’une treille dont les branches pénétraient dans la salle (Knapp, Tholuck), ou au cep d’or qui ornait l’une des portes du Temple et dont le souvenir se présenterait à la pensée de Jésus (Jérôme, Lampe), ou enfin à la représentation, si fréquente dans l’Ancien Testament, d'Israël sous l’image d’une vigne. Si l’on admet avec nous qu'en prononçant XIV, 31, Jésus est réellement sorti de la salle et de la ville, l'explication devient plus aisée et plus simple. En face d’un cep chargé de sarments, Jésus s'arrête; ses disciples se groupent autour de lui; il trouve dans cette plante l'emblème de sa relation avec eux. Ce cep naturel lui apparaît comme une image, une copie terrestre du cep véritable, essentiel, spirituel; et 1l se met à développer la pensée de son union future avec les siens, en empruntant au spectacle qu’il a sous les yeux les expressions qui peuvent la rendre intelligible à ses disciples. — Le mot cep comprend ici le tronc et les branches, comme le terme 5 Xetorée 1 Cor. XII, 12 désigne Christ «et l'Église. Le point de comparaison entre le cep et Christ est l’union

organique qui fait de la vie du tronc celle des branches. Comme la sève, dans les sarments, est celle qu'ils tirent du cep, la vie, dans les disciples, sera celle qu'ils puiseront en Jésus glorifié. Cette comparaison aurait pu, sans doute, être empruntée à toute autre plante. Mais la vigne a une dignité spéciale résultant de la noblesse de sa sève et de l’excellence de son fruit. — Le titre de yewpyos désigne Dieu tout ensemble comme propriétaire et comme cultivateur. Par ce détail, Jésus veut faire sentir le prix de cette plante que Dieu cultivera de ses propres mains. Lors même qu’il attribue directement au Père la culture du cep, Jésus ne nie point que ce ne soit par son intermédiaire que Dieu accomplisse cette fonction. Mais l’image dont il se sert ici ne lui permettait pas de s'exprimer autrement qu'il ne le fait. D’un côté, Jésus vit dans les siens par son Esprit; c’est sous ce rapport qu'il décrit ici sa relation avec eux. De l’autre, 1l règne sur eux et pour eux, comme organe du Père; ce côté de son activité céleste ne pouvait être exprimé ici, en raison de l’image qu'il emploie, et reste confondu avec l’activité du Père. — La culture du cep comprend deux opéralions principales : celle par laquelle le vigneron abat tout rameau naissant qui ne se montre pas propre à porter du fruit (æigeu), et celle par laquelle il coupe les jets stériles sur les rameaux fertiles, afin de concentrer la sève sur la grappe (xabaipetv). À qui s’applique, dans la pensée de Jésus, la première opération? Selon Hengstenberg, aux Juifs incrédules. Mais Israël pourrait-il bien être représenté dans ce contexte comme un sarment sur le cep? Il s’agit ici de: la relation de Jésus avec les siens, après l'envoi du Saint- Esprit. Si un exemple historique se présente à la pensée de Jésus, c’est celui de Judas, ce type permanent des membres de l'Église qui, tout en étant extérieurement unis à Christ, sont séparés de lui intérieurement, soit par suite d’un in- IL, 32

terdit qui les empêche de se convertir véritablement, soit par l'effet de leur négligence à entretenir le lien spirituel une fois formé. ’Ev éwot, en moi, peut se rapporter au participe pépov ou au substantif x\ïuax. Dans les deux cas, ce régime suppose chez celui qui est comparé au sarment une certaine union avec Jésus-Christ. Par le fruit, Jésus désigne la vie spirituelle telle que le croyant la produit en lui-même et chez le prochain par la force de Christ vivant en lui (Rom. I, 13). Quand Dieu a toléré pendant un temps la présence d’un membre mort dans l'organisme extérieur de l'Église, il rompt le lien apparent qui l’unissait à ce corps, et, par , Un jugement qui, sans doute, désigne ici le coup de la mort, il met un intervalle infranchissable entre Christ et le chrétien de nom.

La seconde opération s'applique aux vrais chrétiens, à ceux qui sont unis intérieurement à Jésus et qui puisent en lui leur vie. Le v. 3 montre que c’est surtout par sa parole que Dieu les émonde; mais quand cet instrument ne suffit pas, Dieu fait usage d’autres moyens plus douloureux qui, semblables à une serpe bien aiguisée, tranchent dans le vif des affections et de la volonté propre. Et de cette mamière, toutes les facultés chez le disciple peuvent enfin concourir à la production du fruit. |

Des deux opérations décrites au v. 2, la seconde seule pouvait concerner les disciples, du moins aussi longtemps qu'ils persistaient dans la foi. Mais, pour les tranquilliser tout à fait, Jésus ajoute que cette opération même, à proprement parler, est déjà accomplie chez eux. L’émondage est terminé ; 1l n’y a plus qu’à laisser monter la sève; ce sera l'œuvre de la Pentecôte. — Kabaoot, purs de toute volonté: propre, de toute recherche de vous-mêmes et de toute aspiration mondaine. Cette pureté n’est pas absolue sans doute; mais l'éducation morale qu’ils ont reçue de Jésus en a dé-

posé chez eux le principe : ils ont reçu dans leur cœur une parole qui, expression de la sainteté et de la spiritualité absolues, est l'instrument d’une discipline austère que Dieu exerce incessamment par son moyen sur l’âme qui l’a reçue. Sur ce rôle attribué à la parole de Jésus, comp. V, 24; VII, 31. 32; XII, 48. — Aux, non par, mais en raison de. — “Ypets : vous, en opposition à tous les autres, qui ne sont point encore dans cette position privilégiée.

V. 4 et 5. «Demeurez en moi, et moi en vous ; comme le sarment ne peut porter du fruit de lui-même, s’il ne demeure” uni au cep, vous ne le pouvez non plus, si vous ne demeurez* en moi. o Je suis le cep, vous les sarments; celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit; car hors de moi vous ne pouvez rien faire.» — Après avoir décrit la position, Jésus en déduit le devoir essentiel qui s’y rattache. Ce devoir est exprimé par l’ordre : Demeurez. Pour un sarment , être uni au cep, c’est la loi de sa vie. Toutes les autres conditions de fécondité sont comprises dans celle-là. L’impératif prouve qu’on demeure comme on entre, librement. Le v. 7 montrera que ce devoir s’accomplit par l'usage fidèle de la parole de Jésus. — ’Ev éuot, en mot, exprime l'état dans lequel le chrétien fait abstraction de tout ce qui est sa sagesse, sa force, son mérite propre, pour puiser tout en Christ, sous ces différents rapports, par l’intime aspiration de la foi. Et c’est là l'unique condition de lactivité de Christ en nous. Jésus le fait sentir en supprimant à dessein le verbe dans la proposition suivante : « Et moi en vous. » Par cette ellipse il enveloppe le second de ces deux faits dans le premier de telle sorte que là où le premier

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