‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean ... . Tome secondChapitre 17 sur 278 · N°: yeyoupev au lieu d'eyoatbev · texte numérisé non relu

N°: yeyoupev au lieu d'eyoatbev

3. Au lieu de noteuocete, B V Italia Syre lisent moteuete et D G S À quelques Mnn. niotevonte.

Moïse et l’incrédulité envers Christ. En d’autres termes : Tout vrai Juif deviendra naturellement un chrétien; tout mauvais Juif rejettera instinctivement l'Évangile. Ces deux propositions sont fondées sur ce fait que les deux alliances sont le développement d’un même principe et ont la même substance morale. Or, quand on a admis ou nié un principe à sa première apparition, à plus forte raison l’acceptera-t-on ou le rejettera-t-on dans sa pleine manifestation. C’est exactement la thèse que développe saint Paul Rom. II. Il y a même une grande analogie entre certaines expressions de l’apôtre et celles de Jésus; v. 29 : «Le vrai Juif ne hre pas sa louange des hommes, mais il la tire de Dieu» (comp. Jean V, 41-44); v. 93 : «Tu te glorifies dans la loi» (comp. Jean V, 45). — Les mots : ©A écrit de moi ,» font allusion au Protévangile, aux promesses patriarcales, aux types, tels que celui du serpent d’airain, aux cérémonies lévitiques, qui étaient l’ombre des choses à venir (Col. IE, 17), à l'esprit de sainteté qui pénètre toute la loi et que Jésus réalise, mais plus spécialement à la promesse Deut. XVIII, 18: «Je leur susciterai un prophèle tel que toi,» promesse dont l’accomplissement, tout en renfermant l’envoi de tous les prophètes qui ont suivi Moïse, se consomme en Jésus-Christ.

Dans le v. 47, l’antithèse essentielle n’est pas celle des substantifs, écrits et paroles, mais celle des pronoms, ses et mes. La première n’est qu’accidentelle, provenant de ce que Jésus parlait, tandis qu’on lisait Moïse. Ce reproche de ne pas croire à Moïse, adressé à des gens que met en fureur la violation prétendue d’un des commandements mosaiques, rappelle cette autre parole, si douloureuse et si amère, de Jésus (Matth. XXII, 29-39) : « Vous bätissez les tombeaux des prophèles, et vous témoignez ainsi que vous éles les fils de ceux qui les ont tués. » Le rejet d’un principe sacré s’a-

brite parfois sous les apparences du respect le plus minutieux et du zèle le plus ardent pour ce principe même. De cette coïncidence résultent les situations vraiment tragiques dans l’histoire religieuse de l'humanité , entre lesquelles la catastrophe d'Israël ici prédite occupe certainement la première place.

Quant à la réalité historique de ce discours, voici quels nous paraissent être les résultats de l’exégèse :

1° La pensée principale s’adapte parfaitement à la situation donnée. Accusé d’avoir fait une œuvre antisabbatique et même de s’attribuer l'égalité avec Dieu, Jésus se justifie de la manière à la fois la plus élevée et la plus humble, en attestant, sur le témoignage de sa conscience, la dépendance absolue où il est de son Père, et en montrant dans cette parfaite dépendance la cause de Ja position suprême qu’il occupe.

2° Les trois parties principales du discours s’enchaînent naturellement l’une à l’autre et se groupent sans peine autour de l’idéemère que nous venons de signaler : 1. Jésus affirme sa dépendance entière du Père. 2. Il prouve cette assertion, qui se rapporte à un fait intime, par le double témoignage du Père lui-même : les miracles, dont un échantillon est en ce moment même sous leurs yeux, et les Écritures, objet constant de l’étude de ses auditeurs. 3. Il termine en leur expliquant l’antipathie secrète qui les empêche de se fier à ces témoignages et en les menaçant d’être condamnés au nom de ce Moïse au nom duquel ils l'ont accusé lui-même.

3° La prétendue métaphysique que l’on reproche aux discours de Jean, disparait complètement aux yeux d’une exégèse scrupuleuse. IL ne reste plus à sa place que l'expression originale et spontanée de la conscience filiale de Jésus. Celle-ci se déploie dans des intuitions d’une grandeur imposante et d’une élévation sublime (v. 21-29) et dans le tableau d’une relation avec Dieu qui porte le caractère d’une sainteté unique (v. 19 et 20). Ce qui rend ce dernier trait plus inimitable, c’est la simplicité naïve et presque enfantine des expressions employées pour décrire cette communion parfaite du Fils et du Père.

Strauss a reconnu, jusqu'à un certain point, ces résullats de l’exégèse. «Il ne se trouve, dit-il , dans la teneur du reste du discours rien qui fasse difficulté, rien que Jésus n’eût pu dire lui-même, puisque l’évangéliste rapporte dans le meilleur enchaînement des choses. que, d’après les Synoptiques aussi, Jésus s’est attribuées ‘.» Les objections de Strauss portent uniquement sur les analogies de style entre ce discours, celui de Jean-Baptiste (ch. III) et certains passages de la première épitre de saint Jean. Strauss conclut en disant: «Si donc la forme de ce discours doit être attribuée à l’évangéliste , il se pourrait que le fond appartint à Jésus. » Et nous, nous croyons pouvoir conclure en disant: Si la demi-intelligence du discours à arraché cet aveu à un tel critique, une intelligence plus complète nous donne le droit de dire: Jésus ne peut pas avoir parlé autrement en cette occasion. La pensée principale porte le caractère de l’à-propos le plus parfait. Les idées secondaires se rapportent toutes directement à ce thème. Pas un détail ne contraste avec l’ensemble, et l'application enfin, solennelle et menaçante , imprime à tout le discours le sceau de l’actualité,

C’est ici le moment d'apprécier le jugement de M. Renan sur les discours du quatrième évangile, jugement qui s'applique spécialement à celui-ci: «Le thème peut n’être pas sans quelque authenticité; mais dans l’exécution , la fantaisie de l'artiste se donne pleine carrière. On sent le procédé factice, la rhétorique, l’apprêt*. » Le procédé factice se trahit par des banalités sans à-propos ; la rhétorique, par l’emphase et l’enflure ; l’apprét, par les antithèses ingénieuses et la recherche du piquant. Où trouver rien de pareil dans le discours que nous venons d’étudier ? Le fond et la forme excluent également l’idée d’un travail artificiel, d’une composition à froid.

Relevons enfin une assertion de M. Réville , tranchante et hardie, comme le sont trop souvent celles qui sortent de la plume de ce

1. Vie de Jésus, t.1,.2° partie, p. 675, trad. de Littré. — L'expression «dans le reste du discours» n’est point destinée à limiter ce jugement favorable sur le discours; elle se rapporte à une objection soulevée par d'autres critiques et que Strauss avait lui-même écartée.

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