‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean ... . Tome secondChapitre 173 sur 278 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

Jésus décrit maintenant la victoire que les disciples remporteront sur le monde soulevé contre eux. Il mdique d'abord la puissance qui remportera cette victoire, v. 5-7; il décrit ensuite la victoire elle-même, v. 8-11; enfin, il parle aux disciples de l'opération intérieure par laquelle le Saint-Esprit les préparera à devenir ses organes dans sa lutte avec le monde, v. 19-15.

V. 5-7. «Or maintenant je m'en vais auprès de celui qui m'a envoyé; et aucun d’entre vous ne me demande: Où vas-tu? 6 Mais, parce que je vous ai dit ces choses, la tristesse a rempli votre cœur. 7 Mais je vous dis la vérité : il vous importe que je m’en aille; car, si je‘ ne m'en vais, le défenseur ne viendra pas à vous; mais, quand je m’en serai allé, je vous l’enverrai.» — Les v.5 et 6 servent à rattacher l’idée de la séparation, qui dominait dans les derniers mots du v. 4, à la promesse du Paraelet (v. 7): le départ de Jésus est la condition de l'envoi du Saint-Esprit. De Wette et Lücke ont fort inutilement admis une inexactitude dans le texte et proposé de placer le v. 6 entre les deux propositions du v. 5. Le texte est parfaitement clair. Après avoir annoncé la grande lutte, Jésus passe à la grande promesse. Affligé de voir ses disciples uniquement préoccupés de la séparation qui s'approche, et nullement du but glorieux auquel ce départ doit le.conduire et

1. T.R. avec K BD LY Its omet eyo qui se trouve dans 10 Mjj. 120 Mnn. Itplerique Syr. ,

eux avec lui, 1l leur rappelle que, s'il s’en va, c’est à celui qui l’a envoyé; et, pour les sortir du morne abattement où il les voit plongés, 1l les invite à lui demander les explications qu'il désire lui-même leur donner encore sur la gloire où il va entrer et l’activité nouvelle qu'il y exercera. Le reproche amical: « Aucun de vous ne me demande: Où vastu?» n’est pas en contradiction avec les questions de Pierre (XIT, 86) et de Thomas (XIV, 5), qui étaient déjà bien éloignées et qui d’ailleurs portaient l’une sur la possibilité de suivre Jésus, l’autre sur l’incompréhensibilité du chemin. Comme le dit Hengstenberg, Jésus aurait aimé à trouver en ce moment chez eux le joyeux élan de cœurs qui souvrent aux perspectives d’une époque nouvelle et qui ne tarissent pas en confiantes questions sur ce qu’elle leur promet.

Les mots: «Parce que je vous ai dit ces choses» (v. 6), signifient, après le v. 5: «Parce que je vous ai parlé de séparation.» Au v. 7, Jésus en appelle au sentiment qu'ils ont de sa véracité, comme XIV, 2. Puis il leur annonce de lui-même une partie de ces choses réjouissantes qu'ils ne lui demandaient point. Son départ est la condition de sa réintégration dans l’état divin, et celle-ci le mettra en position d'envoyer le Saint-Esprit. C’est la même idée que VIE, 59: «L'Esprit n’était pas encore, parce que Jésus n'avait pas encore élé glorifié.» Pour que Jésus envoie l'Esprit, il faut qu’il le possède comme sa vie propre et personnelle, et cela comme homme; car c’est aux hommes qu'il doit le communiquer. Cela suppose la glorification complète de son humanité. — Il est étonnant que, dans ce passage, il ne soit fait nulle mention du sacrifice, qui semble être la condition première du don de l'Esprit. Assurément, si c'était l’évangéliste qui faisait parler Jésus, cette lacune n’existerait pas (comp. 1 Jean IL 1.2; V, 6. 8). Mais elle s’ex-

plique par la déclaration du v. 12: « Jar encore beaucoup de choses à vous dire; mais vous ne pouvez les porter.»

V. 8-11. «Et quand il sera venu, il convaincra le monde de péché, de justice et de jugement; 9 de péché, en ce qu'ils ne croient pas' en moi; 10 de justice, en ce que je m'en vais à mon Père”, et que vous ne me verrez plus; 41 de jugement, en ce que le prince de ce monde est jugé.» — Voici la description de la victoire morale que, par l'organe des disciples, le Saint-Esprit remportera sur le monde. Le discours de saint Pierre à la Pentecôte et ses effets sont le meilleur commentaire de cette promesse. Le terme éhéyyeuv signifie convaincre de tort ou d’erreur, ci à la fois de l’un et de l’autre. Le monde, en qui se produira cette conviction, n’est pomt, comme le pensent les Pères, de Wette, Brückner, l'humanité condamnée et perdue, à laquelle le Saint-Esprit démontrera la justice de sa condamnation. Le v. 11 prouve que le prince du monde est seul effectivement jugé. Si le monde est l’objet de la répréhensiôn du Saint-Esprit, c’est donc encore dans un but de salut. L'effet de la prédication des apôtres, dans les Actes, montre bien que cette répréhension peut conduire le monde aussi bien à la conversion qu'à l'endurcissement. Les apôtres, instruments de cette action de l'Esprit sur le monde, ne sont point nommés. Leur personne disparaît ici dans la gloire de l'être divin qui opère par leur moyen. L'absence d'article devant les substantifs péché, justice, jugement, laisse à ces trois notions Le sens le plus indéterminé. Jésus en précise l'application par les trois ôt, en ce que, qui suivent.

À l'ordinaire, quand on parlait de péché, en Israël, c'était aux égarements des péagers, aux infractions à la lettre de

1. N omet ov devant riotevouotv. Quelques Mnn. Itrlerime Ve. lisent oux ETLOTEUOUY.

2. N BD L plusieurs Mnn. Itplerie Ve, Cop. omettent mou après tatepa.

la loi, aux transgressions sabbatiques, par exemple, que l’on pensait. (était ainsi que l’on avait pu en venir à taxer de pécheur le Saint des saints (IX, 24). Cest le premier point sur lequel Jésus déclare que le Saint-Esprit rectifiera l’opmion du monde. Il démontrera que le vrai péché de humanité consiste dans le rejet de Jésus, l’'envoyé divin, parce que dans cet acte se prononce nettement la haine de Dieu qui n’existait qu'à l’état latent dans tous les autres péchés précédents (XV, 92. 24). Jésus est la lumière, le bien moral personnellement apparu; le repousser, c’est prouver tout à la fois que l’on est dans le mal et que l’on veut y persévérer (IE, 19). Cest là ce que saint Pierre fait sentir aux Juifs de la manière la plus poignante (Act. Il, 29. 93. 36; IE, 14. 15); et les Juifs sincères reconnaissent immédiatement la justice de ce reproche (Act. IL, 37).

Si le monde est dans le faux quant à l'idée qu'il se fait du péché, il doit l’être aussi dans la mamière dont il comprend la Justice. À ses veux, la justice se présente sous l’image d’un pharisien irréprochable, honoré de Dieu et des hommes. Le Saint-Esprit va lui dévoiler un autre type de justice dans la personne d’un être qu'il a déclaré coupable et traité comme malfaiteur, mais que Dieu a élevé à sa droite et qui agit, du ciel où il a disparu, avec une souveraine puissance. Le Saint-Esprit joue ici, en quelque sorte, le rôle de cour d'appel. Le Vendredi-Saint avait attribué le péché à Jésus, la justice à ses juges; la Pentecôte réforme cette sentence. C’est au condamné qu’appartient la justice; ce sont les juges qui sont les malfaiteurs. Ge sens nous paraît résulter du contraste entre les termes de péché et de justice et de ce fait que, comme, au v. 9, les Juifs, sujet de la proposition explicative, sont en même temps le personnage auquel appartient le péché, de même, au v. 10, Jésus, sujet principal de la proposition explicative, doit être aussi

le personnage auquel appartient la justice; comp. enfin v. 11. Nous ne saurions donc admettre, avec Augustin, Calvin, Luther, etc., que la justice soit ici celle que le croyant trouve en Christ, ni non plus, avec Lange, que ce soit la justice de Dieu qui prive les Juifs, pour punition de leur incrédulité, de la présence visible du Messie et de son règne terrestre («vous ne me verrez plus »). — Jésus dit : « En ce que je m'en vais à mon Père.» L’'Ascension est en effet la grande démonstration de la justice de Christ en même temps que la condition de la Pentecôte. [Il ajoute : « Vous ne me verrez plus.» Car son départ ne prend le caractère glorieux d’une élévation céleste que par la disparition de son corps. Si le cadavre füt resté, l’ignominie eût continué à peser sur le prétendu malfaiteur. L’opprobre du supplice ne pouvait être lavé que par la glorification du corps. C’est bien l’idée que Pierre développe aux Juifs (Act. IT, 24-86), réunissant dans une intuition unique la Résurrection et l’Ascension (v. 32. 29), comme témoignage divin de l’innocence de Jésus.

Il semblerait que, quand, à la suite du contraste entre justice et péché, il est parlé de jugement, ce jugement doit être celui qui, émanant de la justice, frappe le péché dont il vient d’être parlé. Il n’en est rien cependant. Le jugement dont le Saint-Esprit donnera au monde la démonstration ne sera pas celui du monde pécheur, mais celui de son prince. Car le monde peut encore être sauvé, s’il accepte les répréhensions de l'Esprit, tandis que le prince de ce monde a désormais comblé la mesure de son péché. Jusqu'au Vendredi-Saint, Satan n’avait déployé sa haine homicide que sur des hommes coupables; mais, en ce jour-là, il $'est permis de verser le sang du juste parfait, d’un être qui pouvait dire : « [ n’a rien en moi. » Ce meurtre, pour lequel il n’a plus, comme pour tous les autres, d’excuse à alléguer, provoque contre lui une sentence immédiate et irrévocable.

Dès ce moment, Satan est jugé, par conséquent destitué, et, comme Jésus l’a dit, XIE, 31, désormais cette terre change de monarque. Cette invisible révolution, dont la croix est le principe, et dont les effets s'étendent à tout l'univers, est révélée à la terre par la venue du Saint-Esprit. Chaque prédication évangélique en est la proclamation ; chaque croyant arraché au mal et régénéré par l'Esprit en est le monument.

Ce passage ne diffère de XII, 31. 32 que quant à la forme; les trois acteurs mentionnés, le monde, Satan et Jésus, sont les mêmes, aussi bien que les rôles qui leur sont attribués. Ce passage ajoute seulement cette idée: que c’est le Saint-Esprit qui lèvera pour les hommes le voile qui leur a caché le drame divin consommé autour de la croix.

V. 19 et 13. « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire; mais vous n’avez pas maintenant‘ la force de les porter. 13 Quand il sera venu, lui, l'Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité”; car il ne parlera pas de son propre chef; mais il vous dira tout ce qu’il° aura entendu‘, et il vous annoncera les choses à venir.» — La victoire que le Saint-Esprit doit remporter sur le monde (v. 8-11) sera obtenue par la parole des apôtres. Mais il faut pour cela qu'ils reçoivent eux-mêmes, par une toute nouvelle illumination, la connaissance immédiate de la vérité. Cette œuvre de l'Esprit dans le cœur des apôtres est la condition de celle qu'il doit opérer par eux; elle est décrite v. 12-15. Jésus commence par faire une place à l'enseignement de l'Esprit à côté du sien. En cet instant même il venait de dire tant de choses à ses disciples qu'ils

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