Les Mss. se partagent entre edwxas et deduxac
cette unité glorieuse entre lui et les croyants que Jésus est venu ici-bas. Il veut que l'éclat dont il rayonne lui - même par l’amour dont 1l est l’objet de la part du Père, resplendisse aussi en eux, qu'il ne soit plus au milieu d'eux que comme un premier -né entre ses frères (Rom. VIIT, 29), afin qu'ils soient parfaitement un avec lui, que rien ne les sépare plus, et que le plan de Dieu soit consommé (Épb. I, 10). Cette pensée nous transporte au delà des limites de l'économie présente. C’est pourquoi Jésus annonce comme le résultat de cette unité finale entre lui et les siens, nonseulement que le monde croira, mais qu'il reconnaitra. Le terme ywwoxav, reconnaitre, comprend avec la foi des fidèles (v. 21) Ja conviction forcée des rebelles. Le mot xoouos, le monde, doit être pris dans ce verset dans le sens le plus général; il s’agit de l’hommage universel, volontaire ou involontaire, décrit Phil. IT, 10; Rom. XIV, 10-12.
En voyant le résultat magnifique de l’œuvre de Jésus: les croyants élevés à la gloire divine, tout l'univers intelhgent glorifiera en lui l’envoyé divin qui est parvenu, en revêtant les siens de son image, à les faire aimer de Dieu comme 1l est aimé lui-même.
Les v. 22 et 93 ont déjà le ton solennel d’un acte testamentaire. Le v. 24 à ce caractère , d’une manière plus marquée encore. L’asyndéton entre ce verset et le v. 23 prouve que dans ce verset la pensée des versets rrécédents se reproduit d’une manière plus profondément sentie. La répétition de linvocation : Pére (v. 21. 24 et 25), trahit l'émotion croissante de Jésus, à mesure qu’il approche de la fin de sa prière. — La leçon $ Sédwxas pourrait bien ici, comme au v. 11, être la vraie. Jésus désigne par cette expression le corps des élus, ce &y, dont il vient de parler (v. 23). — On explique ordinairement le terme $ého, je veux, qui ne se retrouve nulle part alleurs dans la bouche de Jésus, en
disant que le Fils s'exprime ainsi parce qu'il se sent pleinement d'accord sur ce point avec le Père. Mais c’est ce qu'il sentait dans toutes ses prières. Il faut mettre cette expression unique en rapport avec le caractère unique de la situation. Cest ici la parole d’un mourant : «Père , ma dernière volonté est...» Jésus dépose son testament entre les mains de son Père. — La participation à sa demeure céleste, que Jésus assure aux siens, commence dès la mort des fidèles (XIV, 2-4; 2 Cor. V, 6-8). Elle se réalise d’abord dans un milieu purement spirituel, plus tard aussi dans le monde phénoménal. En les rapprochant amsi de lui, Jésus à pour but de leur donner la contemplation immédiate de sa gloire; cette gloire, c’est l'amour dont le Père l’aime. L’éternité de cet amour est indiquée par les mots: « Avant la fondalion du monde.» Ce mot de Jésus est celui qui nous conduit le plus avant dans les profondeurs divines. Il montre à la spéculation chrétienne sur quelle voie 1l faut chercher la solution des relations trinitaires ; l’amour est la clef de ce mystère. Et comme cet amour est éternel, et qu'en consé= quence il ne cesse pas plus qu’il n’a commencé, 1l peut devenir constamment l’objet de la contemplation des fidèles, qui se trouvent ainsi initiés au mystère de l'essence du Fils et de son éternelle naissance. Bien plus; comme, par la communauté complète que le Fils est parvenu à établir entre eux et lui, ils Sont eux-mêmes les objets d’un amour semblable à celui dont jouit le Fils, ils entrent ainsi dans le mouvement éternel de la vie divine. Cest ce qui ressort déjà du mot contempler. On ne contemple un fait de cet ordre qu’en étant admis à y participer. Voilà la hauteur à laquelle Jésus élève l'Église. Après avoir tiré son Épouse de la boue , du milieu d’un monde plongé dans le mal, 1l l'introduit dans la sphère de la vie divine.
Jésus vient d'exprimer enfin le fond de sa pensée en faveur
des siens. Il éprouve encore le besoin de justifier une pareille demande , et ne craint pas de le faire par un appel à la justice de Dieu.
V.95et 26. «Père juste, le monde‘ ne t'a point connu; mais moi, je tai connu, et ceux - ci ont reconnu que tu m'as envoyé. 26 Et je leur ai fait connaître ton nom, et je le leur ferai connaître, afin que l'amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que je sois moi-même en eux.» — En transportant avec lui sur le trône une église de pécheurs, il rencontre sur son chemin la justice divine et il sent le besoin de légitimer auprès d’elle le privilége inoui quil réclame en faveur des siens. Sans doute, s'ils étaient encore de ce monde qui n’a point connu Dieu, cette justice aurait le droit de protester contre sa demande. Mais celui qui se présente à leur tête, a connu Dieu, lui; et, eux aussi, en le reconnaissant comme l’envoyé divin, ils sont entrés à sa suite dans la lumière de la connaissance de Dieu. Cette lumière ne fait que pondre en eux, il est vrai; mais Jésus, qui en a fait luire sur eux les premiers rayons, s’engage à leur communiquer toute sa propre connaissance du Père, afin qu'ils puissent devenir, au même titre que lui, les objets de l’amour divin, et qu'au terme de son œuvre Jésus vive si réellement en eux, qu’en les aimant ce soit lui, lui toujours , que le Père aime. La justice divine auraitelle des réclamations à élever contre cette marche? Ne doit-elle pas plutôt jomdre sa voix à celle de l'amour pour appuyer la requête de Jésus? — La plus grande difficulté de ces versets est celle qu'offre le xat devant 6 xôopos. On pourrait voir, avec Meyer, dans ce xat une opposition à l'idée de justice: « Père juste ! Car tu l'es, quoique le
1. Kat devant o xoowos est omis par D Its Vo. Cop. 2. N lit autouc au lieu de me.
monde ne tait pas reconnu pour tel;» — ou expliquer, avec Hengstenberg: «Père, tu es juste; et cependant le monde ne t'a pas connu.» D’après l’analogie du style de Jean, la construction est tout autre. Nous avons remarqué que Jean aime à exprimer les contrastes par la corrélation de deux xat (VI, 36; XV, 24, etc.). Le second xx qu’annonce le premier placé devant 6 xéouwos, ne vient qu’à la troisième phrase (xat odto); et cela est dû à la nécessité d'introduire l’idée intermédiaire exprimée dans la seconde proposition (éyo dé) : «Le monde ne t’a pas connu, mais...» Ici, le contraste naturel était : «Mais eux tont connu.» Mais Jésus ne pouvait s'exprimer ainsi; car, pas plus que le monde, les croyants n’eussent connu Dieu, si Jésus ne fût intervenu pour le leur révéler. C’est pourquoi à l’antithèse attendue Jésus substitue celle-ci: «Mais moi, je t'ai connu; et eux ont fait ce qui était en leur pouvoir, en reconnaissant que c’est toi qui mas envoyé.» Ainsi le xa, corrélatif du premier, se trouve dissous dans le dé et dans le xat qui commencent la seconde et là troisième proposi-
tion. — Une telle construction n'appartient qu’à la parole vivante et ne s’expliquerait pas dans une composition artificielle. — Lé fut. yywgtow, 7e ferai connaître , se rapporte
à toute l’œuvre de Jésus dans l’Église depuis le jour de la Pentecôte. — Les derniers mots : « Et moi en eux, » justifiént les précédents : « Que l'amour dont tu m'as aimé soît en eux.» L'amour de Dieu, en se portant sur les croyants, ne s’attachera à rien de souillé. Car 1l ne se portera, en réalité , que sur Jésus vivant en eux, {ant l’unité sera complète.
Nous demandons maintenant s’il est possible de supposer qu'une telle prière soit inventée. Le sentiment qui en est l’âme, le zèle ardent pour l’œuvre de Dieu, est bien celui qui devait remplir le cœur de Jésus à ce moment de sa vie; les trois grandes idées de sa glorifi-
cation personnelle, de la consécration de ses apôtres et de la glorification de l’Église sont celles dans lesquelles devait se formuler ce sentiment; il ne s’est pas rencontré, dans le détail, un mot dont l’exégèse n’ait pu démontrer l’à-propos et la parfaite convenance dans la situation donnée. Serait-il possible d'admettre, avec Baur, qu’à la distance de plus d’un siècle, un auteur chrétien fût parvenu à ressaisir et à reproduire ainsi les impressions de Jésus dans leur sainte sublimité.
M. Reuss admet, comme nous, que eette composition est celle d’un témoin immédiat. Mais il trouve dans certains passages, au v. 3, par exemple, la preuve que le disciple reproduit librement les pensées du Maitre. 11 demande si Jean avait donc les tablettes et le crayon en mains pour recueillir mot pour mot la prière de Jésus. Mais, si Jean à vraiment envisagé Jésus comme le Logos, nous demandons toujours si le respect qu’il devait avoir pour ses paroles permet d’admettre qu’il lait fait parler, encore bien moins prier, à sa guise. Il n’a pas eu le crayon en main, sans doute; mais la parole de Jésus n'était-elle pas de nature à se graver dans son cœur plus profondément et plus distinctement qu’une parole ordinaire ? Jean ne peut-il pas, à une distance peu considérable de cette soirée, avoir mis par écrit ce qu'il se rappelait distinctement de ces derniers entretiens et de cette prière? Ou, sinon, la méditation sans cesse renouvelée de ces paroles gravées sur les tablettes de son cœur et toujours rafraichies par l’action de l'Esprit, ne peut-elle pas avoir remplacé l’emploi des moyens extérieurs? Ge miracle intérieur, si l’on veut lappeler ainsi, n'est-il pas moins fnexplicable que ne le serait la composition artificielle d’un tel chef-d'œuvre?
Mais on demande comment le calme qui règne dans cette prière est compatible avec l’angoisse de Gethsémané. La lutte de Gethsémané a le caractère d’une crise brusque, d’une secousse violente, en quelque sorte, d’une bourrasque, après laquelle le calme se rétablit dans l’âme de Jésus aussi promptement qu’il a été troublé. Cette crise passagère a une double cause : l’une naturelle, l’impressionnabilité unique de l’âme de Jésus dont nous avons vu tant de preuves dans cet évangile, particulièrement au ch. XI et XII, 27; en vertu même de la pureté parfaite de sa nature, Jésus était accessible,
comme nul autre homme, à toute émotion légitime. Son âme ressemblait à laiguille aimantée, dont la mobilité n’est égalée que par la persévérance avec laquelle, dans chaque oscillation, elle travaille à ressaisir sa direction normale. Gethsémané fut, pour Jésus, l’acceptation du supplice et, par là même, la souffrance anticipée de la
croix. Une telle anticipation est quelquefois plus douloureuse que la
réalité même, La cause surnaturelle est signalée par Jésus lui-même, XIV, 30: «Le prince de ce monde vient.» Comp. Lue XXII, 53: « C'est ici votre heure et la puissance des ténèbres.» L'origine diabolique de cette angoisse se trahit dans sa soudaineté et sa violence même. Saint Luc avait terminé son récit de la tentation au désert par ces mots: (Le diable se retira de lui ayot xatpod, jusqu’à un autre moment favorable.» L’heure de Gethsémané est celle de Ja grande lutte de Jésus avec le prince de ce monde.
La prière sacerdotale, qui renferme l’action de grâces de Jésus pour l’œuvre accomplie par lui ici-bas, est le couronnement du récit du développement de la foi chez les disciples. Elle forme ainsi le pendant du morceau XII, 37-50, dans lequel Jean récapitule l’histoire de l’'incrédulité juive.
Sur environ 140 variantes qu'offrent les ch. XIIE-XVIT, le texte alexandrin se sépare 40 fois d’une manière marquée du texte byzantin et présente 22 fautes bien prononcées (XIII, 2. 10. 24. 25. 32; XIV,
2. 5. 10. 14. 16. 22; xV, 7. 8: XVI, 16. 27. 28. 32: XVII, AI
[3 fautes]. 4. 11). T. R. a 6 fautes (XIV, 11. 30; XV, 11; XVI, 15: 33; XVII, 20). Les byzantins ont XIII, 31 une faute que ne partage pas T. R. Sur 36 variantes propres à N, 15 sont des fautes manifestes; de toutes les autres, pas une seule ne présente une probabilité interne suffisante pour contre-balancer le poids de tous les autres Mss. N D marchent 7 fois seuls ou à peu près seuls ensemble.