XVIII, 1-XIX
La Passion.
L’intention de l’évangéliste, dans le récit suivant, n’est certamement pas de donner une narration aussi complète que possible de la Passion, comme si aucun récit de cet événement n'existait à côté du sien. Les adversaires les plus déclarés de l'authenticité de notre évangile, Baur, Strauss, sont parfaitement d'accord aujourd’hui avec les interprètes orthodoxes, Lange, Hengstenberg , sur ce point que le quatrième évangéliste a les yeux constamment fixés sur les récits de ses trois devanciers. On ne diffère plus que sur . l'intention à attribuer à l'écrivain. Selon Baur et Strauss, le pseudo-Jean tire des Synoptiques les matériaux nécessaires pour donner quelque vraisemblance à son roman de Jésus- Logos. D’après les commentateurs du bord opposé, Jean travaille simplement à remplir les lacunes des narrations antérieures.
Il nous paraît, comme à ces derniers, que le choix des matériaux est souvent déterminé par le désir de compléter les relations déjà en cours dans l’Église. Ainsi, lorsque Jean raconte l’interrogatoire de Jésus chez Anne, qu'omettent les Synoptiques , et omet la comparution devant le sanhédrin chez Caïphe, que les premiers évangiles racontent
avec détail, cette intention paraît évidente. Elle ressortira encore d’une foule d’autres exemples. D’un autre côté, la narration de Jean a présenté jusqu'ici un caractère de méditation trop sérieuse et d'élaboration trop profonde pour qu'il soit possible d'admettre que, dans la partie qui va suivre, elle ne soit dominée par aucune pensée supérieure et n'obéisse qu'au hasard, comme ce serait le cas dans un récit qui se bornerait à dire ce que d’autres n’ont pas dit.
Dans le récit de la Passion chez Jean, nous retrouvons le triple point de vue signalé dans Pintroduction (t. 1, p. 119-195). Jésus fait rayonner sa gloire à travers le voile d'ignominie dont on le couvre. La foi des siens recueille ces clartés éparses et grandit dans le silence de la douleur. Mais surtout — et nous verrons que c’est ici le trait dominant du récit — l’incrédulité juive se juge elle-même et prononce, dans une série d'actes odieux et de paroles déloyales, sa propre condamnation.
Trois scènes principales :
1° L’arrestation de Jésus : XVIIT, 1-11,
2° Son double procès, religieux et civil: XVII, 12-XIX ,16.
3° Son supplice : XIX, 17-49.
PREMIÈRE SECTION