‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean ... . Tome secondChapitre 199 sur 278 · N Omet ov euev · texte numérisé non relu

N Omet ov euev

d'avoir avec lui. «Tous les actes de Pilate qui nous sont connus, dit M. Renan, le montrent comme un bon administrateur. » Ge portrait est peut-être un peu flatté ; mais il est confirmé en partie par le tableau de son gouvernement dans Josèphe, Antig. XVIIT, 2 - 4. Accusé de prévarication et de meurtre auprès de son chef, Vitellius, gouverneur de Syrie, 1l fut envoyé à Rome pour rendre compte. Eusèbe rapporte, sur le témoignage d'écrivains paiens, qu'il se donna la mort sous Caligula. — Ov, donc : en conséquence de ce que les Juifs ne voulaient pas entrer vers lui.

La réponse des Juifs à Pilate (v. 30) est très-habile. Elle fait voir quelle position 1ls avaient décidé de prendre dès Pabord. Ils ont jugé; Pilate n’a autre chose ‘à faire qu’à exécuter purement et simplement. De cette manière la perte du jus gladii se réduisait vraiment à peu de chose. Pilate était le bourreau; les Juifs restaient les juges. Pilate les comprend. Il les connaît. Il joue serré avec eux. Entrant en apparence dans leur pensée, charmé qu'il est de trouver ce moyen de se débarrasser de laffaire, il leur dit : «Puisque vous voulez être seuls juges dans cette affaire, soit; prenez l'accusé et le punissez vous-mêmes, bien entendu dans les limites de votre compétence.» Le sanhédrin avait, en effet, le droit d’excommunier, de fouetter. Pilate les engage à faire usage de ce droit; ils le peuvent sans avoir recours à lui. Plusieurs interprètes pensent que Pilate les autorise réellement à mettre à mort Jésus, quoique avec cette réserve sous-entendue : «Si vous le pouvez et l’osez» (Hengstenberg). C’est faire dire à Pilate une absurdité. XIX, 6 ne prouve rien en faveur de ce sens, comme nous le VeTTOns.

Cette réponse, qui remet chacun à sa place, force les Juifs à reconnaître leur dépendance, dès qu'il s’agit de peine capitale (v. 31). Et cette circonstance paraît signifi-

cative à l’évangéliste (v. 32); car, s'ils eussent été leurs propres maîtres, ou s'ils se fussent laissé entraîner, comme dans le meurtre d'Étienne, à agir comme s'ils l'étaient, Jésus aurait subi la peine juive et non le supplice romain : il eût été lapidé, mais non élevé de terre à la façon du serpent d'airain, comme il l’avait annoncé (IL, 14; XIE, 39).

V. 33-39. «Pilate rentra donc dans le prétoire, et il appela Jésus et lui dit : Es-tu le roi des Juifs ? 34 Jésus lui répondit : Dis-tu” cela de toi-même”, ou est-ce que d’autres te l’ont dit de moi? 35 Pilate répondit : Suis-je Juif, moi? Ta nation et les principaux sacrificateurs * t'ont livré à moi; qu'as-tu fait?» — Le récit de Jean présente évidemment ici une lacune. Car rien ne motive la question de Pilate à Jésus : «Es-tu le roi des Juifs ? » Gette interpellation fait nécessairement supposer une parole des accusateurs de Jésus qui y a donné lieu. Gette supposition se change en certitude quand nous comparons le récit des Synoptiques , particulièrement celui de Luc. « Nous l'avons trouvé, disent les Juifs en abordant Pilate, troublant la nation , défendant de payer le tribut à César, se disant le Christ, le roi» (KXIIT, 2). Luc a omis la première phase de l’accusation, celle que vient de raconter Jean; et 1l commence son récit au moment où les Juifs, de juges qu'ils prétendaient être, deviennent simples accusateurs et concèdent à Pilate sa vraie position. Il est bien évident que Jean, après avoir suppléé ce que les Synoptiques avaient omis, au V. 39 suppose connue l'accusation mentionnée par eux. On voit toujours mieux combien est intime la relation de son récit avec le leur.

À sa question Pilate attendait sans doute de Jésus une

Page 1