‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean ... . Tome secondChapitre 211 sur 278 · Le brisement des jambes : v · texte numérisé non relu

Le brisement des jambes : v

V. 31. «Les Juifs donc, afin que les corps ne demeurassent pas sur la croix pendant le sabbat (car c'était le

jour de la préparation”, et ce jour de sabbat* était trèssolennel), demandèrent à Pilate que les jambes des crucifiés fussent brisées et qu'ils fussent enlevés de la croix.» — Jean retrace ici une série de faits providentiels omis par ses devanciers et qui concourent à imprimer à la personne de Jésus dans l’état de son plus profond abaissement le sceau messianique. La loi juive voulait que les corps des suppliciés disparussent avant le coucher du soleil, afin que la souillure résultant de la présence d’un tel objet ne se transmit pas au jour suivant (Deut. XXI, 23; comp. Jos. VITE, 29; X, 26; Josèphe, Bell. jud. IV, 5, 2). Ge motif était d’autant plus pressant, dans ce cas, que le jour suivant était un sabbat, et même un sabbat d’une solennité exceptionnelle. Ceux qui pensent que, d’après Jean aussi bien que d’après les Synoptiques, le peuple juif avait célébré le repas pascal le soir précédent, donnent encore ici au mot taçpxoxeun le sens qu'il avait dans le calendrier juif, celui de vendredi, et pensent que la solennité particulière du sabbat qui allait commencer, provenait uniquement de ce que c'était un sabbat tombant dans une semaine de fête. Mais ce motif eüt-il suffi pour rehausser la sainteté de ce jour au degré qu'indique l'expression de Jean (littéralement): «C'était un grand jour que celui de ce sabbat-là » ? Et Jean, qui explique pour ses lecteurs grecs les termes empruntés au langage juif, eût-1l employé le mot rapacxev dans un sens si spécial sans y attacher aucun commentaire? Nous croyons qu’il est plus naturel d'admettre que la solennité particulière du lendemain provenait de ce que le sabbat hebdomadaire coincidait cette année-là avec le grand jour sabbatique du

1. Les mots ete mapacxeun nv sont placés par N BL X Y 10 Mnn. Jtplerique Vo, Syr. Cop. Sah. avant tva.

2. Au lieu de exeuvn que litT. R. avec H quelques Mnn. Italis Ve. on lit exetvou dans tous les autres documents.

15 nisan au commencement duquel avait lieu le repas pascal. Quant au sens du mot rapaxoxevn, saint Jean ne le précise pas, parce que le contexte prouve suffisamment qu'il faut y attacher la double notion de préparation du sabbat en général et de préparation du jour pascal en particulier. Le yo ne se rapporte pas à l’idée générale du verset: «Afin que les corps ne demeurassent pas...» Car le même motif eût été valable pour tout sabbat et même pour chaque jour ordinaire. Cette particule se rapporte uniquement à l'idée de préparation: QIl y avait préparation, et préparation toute particulière; car...» L’évangéliste rappelle par là limmolation de l'agneau qui avait lieu dans le Temple en ce moment même et qui était la vraie préparation du grand jour de fête qui allait suivre. — D’après cela, le brisement des jambes avait pour but d'assurer la mort des condamnés malgré leur enlèvement de la croix. Sans donner la mort sur-le-champ, cette opération rendait en effet tout retour à Ja vie impossible, parce que la gangrène ne tardait pas à se développer.

V. 32-34. «Les soldats vinrent donc et brisèrent les jambes du premier, puis de l’autre qui avait été crucifié avec lui; 33 mais, quand ils en vinrent à Jésus, voyant qu'il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes; 34 mais l’un des soldats lui perça le flanc avec sa lance; et aussitôt il en sortit du sang et de l'eau.» — ‘H)tov, is vinrent, signifie ici: üs s’approchérent; car rien ne fait supposer que ce fussent d’autres soldats que ceux qui avaient accompli le crucifiement. — Si le but pour lequel on rompait les membres des condamnés était bien celui que nous avons dit, cette opération devenait inutile par rapport à Jésus. Le coup de lance du soldat

1. N°: Eupoy autov n0n Telynxota xar au lieu de wc ….. Tevnxoto.

est donc tout simplement une compensation de cette opération, et signifie: «Si tu n'es pas mort tout de bon, voici qui t’achèvera.» Le verbe yüooav indique un coup de pointe plus ou moins profond, en opposition à un coup de taille. Homère l’emploie pour désigner des blessures mortelles. — Le fait de l’effusion du sang et de l’eau peut être considéré comme un phénomène naturel. Sans doute en général, lorsqu'on perce un cadavre, il n’en sort aucun liquide; cependant si l’on vient à attendre l’un des gros vaisseaux, il peut arriver qu'il s'écoule de la blessure un sang noirâtre couvert d’une couche de sérum. Serait-ce là ce que Jean appellerait du sang et de l’eau? Cest peu probable. Ebrard suppose que la lance a atteint des dépôts de sang extravasé et décomposé. Gruner (Commentatio de morte Jesu Christi ver@, Halle, 1805) pense que la lance a percé d’abord des dépôts aqueux qui, pendant ce long supplice, s'étaient formés autour du cœur et ensuite le cœur lui-même. William Stroud (Londres, 1847) a recours à des phénomènes observés dans des cas de mort subite par crampe du cœur. Ges explications ne sont pas inadmissibles, mais restent assez improbables. L'expression «du sang et de l’eau» qui désigne naturellement deux substances coulant ensemble, sans doute, mais néanmoins bien distinctes pour les yeux des spectateurs, ne s'explique naturellement dans aucune de ces suppositions. Baur, Strauss, concluent de là la nécessité de l'interprétation symbolique. L'auteur aurait voulu exprimer par ce fait de son invention l'abondance de vie spirituelle qui émane de Christ (Baur), plus spécialement par l’eau le Saint-Esprit, par le sang la sainte Cène, avec allusion à l'usage de couper d’eau le vin de la sainte Cène (Strauss, dans sa nouvelle Vie de Jésus). A-t-on le droit d’imputer de telles absurdités à l’évangéliste; et quelle idée faudrait-il se faire de la moralité d’un homme qui affirme-

rait si solennellement avoir vu (v. 85) ce qu'il aurait la conscience de n'avoir contemplé que sous la forme de l’idée? Il reste une explication : c’est d'admettre que le fait s’est passé en dehors des lois physiologiques et appartient à la nature exceptionnelle du corps de Jésus qui, n'ayant jamais été souillé par le péché, n’était pas destiné à passer par le procédé de la corruption et devait, dès l'instant de la mort, entrer dans la voie dont le terme était la résurrection. L’évangéliste paraît avoir compris de cette manière ce symptôme extraordmaire, et c’est là l'explication la plus naturelle de l'affirmation en quelque sorte sacramentelle par laquelle il en certifie la réalité dans le verset suivant; quoique, comme nous le verrons, cette affirmation ait une application beaucoup plus large.

V. 35-87. «Et celui qui l’a vu en a rendu témoignage, et son témoignage est réel’; et il sait qu'il dit vrai, afin que vous aussi” croyiez*. 36 Car ces choses ont eu lieu, afin que l'Écriture fût accomplie : « Aucun de ses‘ «os ne sera rompu.» 37 Et une autre parole dit encore: «Ils lèveront les yeux vers celui qu'ils ont percé.» — Plusieurs ont prétendu qu’au v. 35 l’auteur de l’évangile distingue sa personne de celle du témoin de qui il prétend tenir ce récit. Cette explication serait à la rigueur applicable à la première partie du verset; mais elle est incompatible avec la seconde, les mots : «Et il (éxeivos) sait qu’il dit vrai,» n'ayant de sens que comme affirmation émanant de la conscience de l’auteur lui-même en tant que témoin

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