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Du jour de la mort de Christ.
Les évangiles sont d'accord sur les jours de la semaine où Jésus est mort et ressuscité: d’après tous les quatre, il est mort le vendredi après-midi, et il est ressuscité le dimanche matin. Mais ils ne paraissent pas l’être sur le jour du mois où Jésus a été crucifié et sur la relation chronologique de cet événement avec la fête pascale. Dans les Synoptiques, le jour de la mort de Jésus semble être le 15 nisan, ce grand jour au commencement (premier soir) duquel on célébrait le repas pascal. D’après Jean, au contraire, Jésus aurait été * crucifié la veille de ce jour, le 14 nisan, et aurait expiré au moment où l’on immolait l’agneau et où l’on se préparait au repas pascal.
Nous avons reconnu, dans l’exégèse de tous les passages de Jean qui sont en rapport avec cette question, que, s’il n’est pas absolument impossible de ramener le sens des textes de Jean à celui que présente, au premier coup d'œil, la narration synoptique, il faut néanmoins, pour obtenir ce résullat, renoncer à l’interprélation la plus naturelle des termes du quatrième évangile. C’est le premier point que nous avons à constater. Voir à XIII, 1. 29; XVII, 28; XIX, 14. 31. 42.
Un second fait important à signaler, c’est que la narration synoptique elle-même nous conduit nécessairement à admettre la chronologie de Jean. On peut sans doute soutenir, avec Hengstenberg et tant d’autres, que la loi du repos sabbatique n’était pas appliquée aussi sévèrement à un jour de fête, tel que le 15 nisan, qu au sabbat hebdomadaire; il n’en reste pas moins inadmissible que tout ce que racontent les Synoptiques, depuis l’arrestalion jusqu’à l’ensevelissement de Jésus, se soit passé le 15 nisan, dans ce jour dont la loi disait: «Le premier jour vous aurez une sainte convocation; vous ne ferez aucune œuvre servile » (Lév. XXIIT, 7). Simon revient des champs (Marc XV, 21; Luc XXII, 26); Joseph achète un linceul (Marc XV, 46); les femmes préparent des aromates, puis, le soir du sabbat venu, se reposent selon la loi (Luc XXII, 56). Toute la nuit qui précède est remplie de séances de tribunaux : il y a trois assemblées du sanhédrin et deux comparutions, l’une devant Pilate et
l’autre devant Hérode. Nous savons, sans doute, que le sanhédrin se rassemblait le jour du sabbat et les jours de fête, seulement dans un endroit différent de son local ordinaire; mais il n’est point dit que ce fût pour exercer la Justice; et cet acle est positivement rangé parmi les choses interdites le jour du sabbat. De plus, Marc et Luce, au lieu de désigner ce jour comme le grand et principal jour de la fête, l’appellent, l’un : «/a préparation, c'est-à-dire l’avant-sabbat» (Marc XV, 42), l’autre simplement : (la préparation,» en ajoutant: QÆt le sabbat allail commencer» (Luc XXII, 54). Et, ce qui, enfin, est ici l'essentiel, c’est que les Synoptiques sont parfaitement d’accord avec Jean en ce point: que tous, amis et ennemis, se hâtent afin d'achever tout travail pour la fin de ce jour et avant que commence le jour sabbatique qui doit suivre. Les Synoptiques ne rendent-ils pas, par là, témoignage à la vérité de l'intuition de Jean, d’après laquelle le jour de la mort de Jésus n’était point un jour sabbatique et doit être fixé, non au 19, mais au 14 nisan?
Ce résultat est confirmé par deux témoignages étrangers au Nouveau Testament. L’un est celui du Talmud, qui dit positivement que Jésus fut exécuté vesperd Paschalis (Sanhedr. 6, 2), ce qui ne peut désigner que le soir où l’on célébrait la Pâque. L'autre est celui de toute l’Église du second siècle. Quel que soit le sens de la dispute sur la Pâque qui s’éleva dans la seconde moitié de ce siècle, les Occidentaux, représentés par les évêques de Rome Anicet el Victor, aussi bien que les évêques d'Orient, parmi lesquels Polycarpe de Smyrne, Méliton de Sardes, Apollinaire de Hiérapolis, Polyerate d'Éphèse, Clément d'Alexandrie, ont pris la plus grande part à la dispute, sont unanimement d’accord sur ce point : que les trois Synoptiques doivent être expliqués conformément au point de vue de Jean, et que, dans le cas contraire, il y aurait entre nos évangiles une contradiction insoluble*. Les seuls opposants, sous ce rapport, sont une petite secte qui prit naissance vers 170, à Laodicée, et
!. Voir le passage d’Apollinaire, expliqué dans l'introduction, t. I, p. 18-20. Strauss reconnaît, contre Schwegler et Baur, que le seul sens possible de ce passage est celui que nous avons défendu (Das Leben Jesu, 1864, p. 77).
qui se répandit plus tard jusqu’à Rome, sous la direction d’un certain Blaste. Ces gens motivaient l’obligation de célébrer l’Eucharistie le 14 nisan par la chronologie de saint Matthieu, d’après laquelle Jésus aurait institué la sainte Cène ce jour-là et serait mort le 45. Mais l'Église d'Asie, aussi bien que celle d'Occident, repoussa cette manière de voir, et cette secte disparut bientôt. Le stratagème de Baur, dans cette question, a élé d’identifier cette secte avec toute l’église d’Asie-Mineure. Weitzel! et Steitz? ont rétabli les faits; et Ritschl* s’est rangé sans hésiter à leur manière de voir.
Mais est-il nécessaire, si l’on admet la chronologie de Jean, de sacrifier celle des Synoptiques, et les deux points de vue ne pourraient-ils pas être vrais simultanément”? On à fait dans ce but différentes tentatives de conciliation dont nous allons énumérer les principales, — 1. Stier conclut de quelques légères différences dans la forme de la fête entre les Juifs karaïtes et le parti traditionnel que peut-être une partie du peuple célébrait le repas pascal au commencement du 14 nisan, tandis que le reste de la nation le célébrait à l'entrée du 15, et que Jésus s'était, pour cette fois, rattaché au rit des premiers. Mais ni Philon, ni Josèphe, ni le Nouveau Testament, ne font supposer l’existence d’une telle différence au temps de Jésus, et s’il y a quelque diversité chez les Juifs à l’égard de la fixation de la Pâque, c’est sur des points bien moins graves et postérieurement à la ruine de Jérusalem. — 2. Rauch ‘ croit pouvoir prouver par Ex. XII et par Josèphe que tout le peuple, en général, célébrait régulièrement la Pâque le soir qui commençait le 14. Mais, cela admis, il faudrait toujours expliquer Jean XVIII, 28 dans un sens que nous avons reconnu forcé, en appliquant l'expression manger la Pâque aux sacrifices du second jour de la fête; et cette hypothèse tout entière ne repose sur aucun fondement solide et heurte contre ioutes les données de la tradition juive. — 3. Ebrard suppose que, vu le grand nombre des agneaux à immoler (250,000 en deux ou