Stud. u. Krit. 1832, p. 537 et suiv
trois heures), on était forcé d'accomplir une partie de cette opération le jour précédent, et que cette déviation de l’ordonnance légale obligeait ceux qui s’y soumettaient, les Galiléens, par exemple, à manger le repas pascal le soir du 43 au 14. Mais cette opinion, qui rendrait parfaitement compte de tous les faits, est pure hypothèse. — À. Calvin, Bèze, Casaubon, s’appuient sur un usage existant actuellement chez les Juifs : c’est que, lorsque le 45 nisan, jour légal de la Pâque, tombe sur un vendredi, on transporte la célébration de la fête au soir suivant, celui du 15 au 16, afin de n'être pas astreint deux jours de suite à l'obligation sabbalique. A supposer que cet usage ait existé déjà du temps de Jésus (ce dont il n'y a pas de preuves), le Seigneur aurait mangé la Pâque comme l’ordonnait la loi, au commencement du 15, le premier jour des pains sans levain, et pourtant un jour avant le reste du peuple. Les pharisiens se permettaient tant d’altérations par lesquelles ils anéantissaient le commandement divin, comme le leur reproche Jésus, que cette supposition n’a rien d’impossible. Et comme cette coïncidence du sabbat pascal et du sabbat hebdomadaire ne revenait que rarement, on comprendrait que ni Philon, ni Josèphe, n’eussent eu l’occasion d’en parler. On pourrait même expliquer, dans ce sens, l'expression de Luc: &le jour auquel 11 raLLAïT sacrifier la Päque.» Cette explication est fort simple; elle a pour point d'appui un fait positif; et, si l’on ne peut prouver qu’elle est fondée, elle montre, en tout cas, avec quelle facilité une circonstance à nous inconnue peut accorder ce qui nous paraît inconciliable. — 5. M. Lulteroth, dans un essai original et très-intéressant’, a développé l'hypothèse que le jour de la Tapaoxev, dans lequel, d’après nos quatre évangiles, Jésus a été crucifié, ne désigne ni le 14 ni le 45 nisan, mais le 10 de ce mois, où, d’après l’ordonnance légale, on mettait à part Pagneau pascal. Jésus serait resté dans le tombeau les 11, 12 et 13 nisan, ainsi littéralement érois jours el trois nuits, et ce serait au commencement du 44 qu’il serait apparu à ses disciples comme ressuscité. Cette chronologie entièrement nouvelle vient se heurter
1. Le Jour de la préparation, lettre sur la chronologie pascale, Paris, 1855.
contre des textes positifs dont l’auteur cherche en vain à éluder le sens naturel. Matth. XXVI, 17 le premier jour des pains sans levain» doit désigner le 10, non le 14 nisan! Dans le passage parallèle Marc XIV, 12: « Le premier jour des pains sans levain, lorsqu’ils immolaient la Päque,» il faut prendre lorsque dans un sens large, de manière à embrasser tout l’espace du 10 au 45 nisan! Et enfin dans le parallèle du troisième évangile, Luc XXI, T: ÇLe jour des Azsymes arriva, où il fallait sacrifier la Päque,» il faut voir non une détermination chronologique analogue à celle des deux autres Synoptiques, mais une anticipation pleine d'espérance et propre à tranquilliser d'avance les lecteurs, dans ce sens : «Consolez-vous; il est venu ce jour des Azymes, où il fallait immoler la Pâque (et où le Seigneur est ressuscité) » ! Ces exemples suffisent pour démontrer la totale impossibilité d'accorder les textes avec l'hypothèse de M. Lutteroth. L’explication des textes relatifs au jour de la Résurrection est tout aussi peu naturelle.
La chronologie de Jean étant constatée vraie, et cela par les Synoptiques eux-mêmes, et aucun essai de conciliation ne pouvant faire à côté de celle-là une place légitime à celle qui paraît ressortir de leurs dates, il reste à rechercher comment nous pouvons expliquer ces dernières. Un grand nombre de commentateurs admettent une erreur dans nos trois premiers évangiles et l’expliquent en disant que la tradition confondit peu à peu le dernier repas de Jésus, où il avait institué la sainte Cène, avec un vrai repas pascal; la ressemblance entre le repas sacré de la nouvelle alliance et celui de l’ancienne aurait produit à la longue cette confusion. Cette explication n’est admissible qu’à la condition de nier la composition du premier évangile par un apôtre. Mais que dit Matthieu, dans le passage décisif (XXVI, 17): «Le premier jour des pains sans levain, les disciples s’'approchèrent de Jésus, disant : Où veux-tu que nous te préparions le repas de la Päque?» On part ordinairement de l’idée que cette question fut adressée par les disciples le 44 au matin. Mais on oublie ici deux choses. La première, que jamais on ne différait jusqu’au matin du 14 de se procurer la salle et les objets nécessaires à la célébration du repas. Strauss dit lui-même : QIl devait être impossible, à cause de l’affluence des pèlerins en temps
de fêle, de trouver encore dans la ville, au matin du premier jour de fête, un local non retenu pour le soir'.» La seconde, que le 14 avait commencé dès le soir précédent. Il est donc probable que cette question fut adressée à Jésus par les apôtres, non point le matin du jour où devait avoir lieu le repas Pascal, mais vers la fin du jour précédent. C'était aussi à ce moment-là que l’on puisait l’eau pour la confection des pains sans levain et que l’on éloignait le levain de toutes les maisons. En parlant à Jésus comme ils le font, les disciples avaient en vue la soirée du lendemain. Quant à Jésus, qui prévoyait sa mort pour le lendemain, il put fort bien entrer dans leur pensée avec l'intention de profiter de ces préparatifs le soir même. Il envoie donc ses deux disciples chercher et préparer une salle et faire les apprêts du repas qui pouvaient se faire encore dans la soirée. Il ne pouvait être question ici de l’agneau, qui ne devait être immolé que le lendemain; et, Jésus et ses adhérents étant excommuniés, il est même douteux qu'ils eussent pu l’immoler dans le Temple avec le concours des prêtres. Mais peu importait à Jésus que l'agneau manquât, puisque son intention était précisément de se substituer à cette victime dans le nouveau repas qu’il allait instituer. Un mot remarquable trahit, dans le premier évangile, la pensée secrète de Jésus. Dans le message qu’il adresse au propriétaire de la salle, se trouve cette parole : «Le Maître dit : Mon temps est proche; que je fasse la Päque chez toi avec mes disciples.» Que signifient ces mots : «Mon temps est proche,» si Jésus, en parlant de la sorte, n’a pas déjà l'intention d'anticiper d’un jour la fête pascale, par conséquent de la célébrer ce soir-là? Voilà l’intuition de Jean retrouvée dans Matthieu lui-même. Le prés. tot@ parait renfermer une invitation au maître de la maison à préparer la salle à l'instant même. Ceux qui veulent à tout prix trouver un conflit entre Jean et les Synoptiques, ne savent que faire de cette parole, comme on peut le voir dans de Wette. Ewald l’entend ainsi: «Bientôt, je serai dans ma gloire, et alors je pourrai te récompenser du service que je te demande.» N'est-ce pas bien forcé? À ce passage de Matthieu ajoutez encore celui-ci (XXVIE, 62): «Le lendemain, qui est