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riences antérieures et posé le fondement de toute sa vie subséquente. Les sing. 4! vit et il crut font ressortir ce caractère parfaitement personnel de l'expérience ici décrite. L'idée de croire ne saurait se rapporter, comme l’ont pensé quelques-uns, au récit de Marie-Madeleine. Ge mot est pris, comme le montre la liaison au v. 9, dans le sens le plus élevé : croire en Jésus-Christ comme Messie sur le fondement de sa résurrection constatée. En dehors de la Résurrection une porte restait toujours ouverte au doute. Ce divin . témoignage rendait désormais la foi du disciple mébranlable. Pour arriver à cette conclusion: Jésus vit, Jean n'eut pas besoin d’une autre manifestation sensible que l’état du tombeau et la position des linges. Il fallait donc que la foi à ce miracle suprême fût préparée chez lui de longue date. D’un autre côté, cette parole: «Il vit, et il crut,» renferme bien moins un éloge qu’un reproche à l'adresse de lévangéliste lui-même. Cest ce qui ressort de la liaison au v. 9 : «Car ils n'avaient pas encore compris l'Écriture.» Jean, qui, au moment où 1l écrivait, reconnaissait distinctement l'annonce de la résurrection du Messie dans l’Ancien Testament, s'étonne de l’inintelligence dans laquelle il était resté plongé jusqu’au jour où le fait éclaira pour lui la prophétie. Par le pluriel tôstoav, il déclare que cette ignorance était commune à Pierre et à lui; mais il n’avait pas pu en dire autant de la foi à laquelle il venait de parvenir. Il paraît que la conviction de Pierre n’était pas encore formée. Ce petit détail s’accorde remarquablement avec le récit de Luc qui décrit en ces mots l'impression produite sur Pierre: (S’étonnant de ce qui était arrivé» (XXIV, 12). Pour transformer l'étonnement en foi chez ce disciple, il fallut l'apparition du Seigneur dont 1l est parlé Luc XXIV, 34; 1 Cor. XV, 5. Le v. 10, ainsi que plusieurs expressions dans les versets . précédents, rappellent le récit de Luc XXIV, 12: « Pierre, 11. 41
s'étant levé, courut au sépulcre; s’élant baissé, \ voit les linges posés à part (ra 666vx xeteva pôva) ; etil s’en retourna chez lui (anmhte toûc éautév).» Hengstenberg fait rémarquer que l'expression mpoç éavrov (Luc), toès éaurods (Jean) anehetv, ne se retrouve dans aucun autre passage du Nouveau Testament. Jean aurait-il sous les yeux le récit de son devancier et s’en approprierait-il à dessein les termes?
L'école de Tubingue, que suivent ici M. Renan et Strauss (Das Leben Jesu, 1864), prétend que tout le rôle de Jean dans ce récit n'est qu’une invention de l’évangéliste destinée à placer de tous points ce disciple au niveau de Pierre. Selon M. Renan, Jean chercherait systématiquement à «se mettre avant Pierre » (p. 159). Selon les autres, les deux disciples Pierre et Jean représenteraient, l’un, le christianisme charnel des Douze, l’autre, le christianisme spirituel, johannique; et tout ce récit serait une fiction destinée à concilier ces deux conceptions de l'Évangile, tout en assurant à la séconde la prééminence. Tout ce machiavélisme attribué à l’évangéliste ne s’évanouit-il pas à la simple lecture du récit dont on veut expliquer ainsi l’origine ?
M. Colani pense que le v. 9 : QÏs n'avaient pas encore compris l'Écriture, » est incompatible avec les prédictions de la Résurrection que les Synoptiques mettent dans la bouche de Jésus. Si ces prédictions étaient réelles, l’évangéliste devrait dire non « l'Écriture,» mais : les prédictions de Jésus'. Mais nous avons vu déjà (II, 22) que l'Écriture, expliquée par les faits, est pour Jean le medium à travers lequel il parvient à Pintelligence des prophéties de Jésus sur sa personne: CLorsqu'il ful ressuscilé des morts... ses disciples crurent à l'Écriture et à la parole que Jésus avait dite.» Ici, la pensée est exactement la même. Seulement Jean, n’ayant pas cité dans son évangile d’autre prophétie de Jésus relative à sa résurrection que celle du ch. IT, n'ajoute pas ici une allusion spéciale à ces prophéties. — On objecte encore contre la réalité des paroles dans lesquelles Jésus prédit sa résurrection, dans les Synop-
1. Jésus-Christ el les croyances messianiques de son temps, p. 2
tiques, la surprise des disciples au matin de Pâques, lintention des femmes d'embaumer son corps, etc. Mais les Synoptiques euxmêmes font observer que les disciples ne comprirent pas les paroles de Jésus relatives à sa résurrection, qu’elles leur restaient cachées (Luc XVIII, 34). Comme le brigand sur la croix, ils se représentaient probablement un retour glorieux de leur Maître descendant du ciel à la suite de sa Passion : «Souviens-loi de moi quand tu reviendras dans ta royauté (ëv tn BaciXeta cov).» C’est dans cette attente que les deux disciples d’'Emmaüs disaient : (Nous espérions que ce serait lui qui délivrerait Israël; mais voici déjà le troisième jour que ces choses sont arrivées» (Luc XXIV, 21). Ce qu'ils ne se figuraient en aucune manière, c'était la revivification du cadavre, la résurrection dans le sens physique et littéral. C’est ce que Jean fait entendre par cette expression: « L'Écriture qui dit qu'il devait ressusciler DES MORTS (£X vexp6y).» Relativement à l’annonce de sa mort, M. Colani dit lui-même: «De ce que la catastrophe a épouvanté les disciples comme un événement imprévu, on n’a pas le droit de conclure que Jésus ait gardé le silence touchant sa mort, mais les disciples ne voulaient pas le comprendre.» S’ils ne voulaient pas comprendre ce que Jésus leur annonçait touchant sa mort, comment eussent-ils attaché un sens distinct à l’idée de résurrection ?
L'apparition à Marie-Madeleine : v. 11-18.
Gomme le récit des femmes qui, d’après Luc (XXIV, 10- 12), fit courir Pierre au tombeau, n’est autre que le rapport de Marie-Madeleine aux deux apôtres dans notre récit, v. 2, ainsi l'apparition de Jésus à Marie-Madeleine que Jean va raconter est le vrai fond historique de l'apparition de Jésus aux femmes, mentionnée Matth. XX VIII, 9. 10. Lorsque Marie reçut cette apparition, les deux disciples d'Em-