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Il. 42
Jésus un sentiment qui dépasse ce qui peut être accordé à une créature, que, pour respecter l’abîme qui sépare la créature du Créateur, il se voit forcé, par son monothéismé même, à placer cet être dans le sein de la divinité. — La valeur objective de ce sentiment de Thomas est garantie par la manière dont Jésus en accueille l'expression. Il ne réprime pas cet élan, comme l'ange de l’Apocalypse, qui dit à Jean : «Adore Dieu.» I dit au contraire: « Tu as cru.» — Le parf. reniotevxas ne signifie pas seulement : Tu as fait acte de foi, mais: Tu es désormais en possession de la foi. Cette parole, comme celles que Jésus adresse à Nathanaël [, 51, et aux disciples XVI,31, doit être prise comme affirmation, et non interrogativement. Elle clôt l’histoire du développement de la foi chez les apôtres.
Les paroles que Jésus ajoute ouvrent l’histoire du développement de la foi dans l’Église. Baur prétend que Jésus oppose ici à la foi aux faits extérieurs, à la résurrection physique, par exemple, celle qui ne cherche plus son contenu qu’en elle-même, dans l’idée, dont elle est désormais pleinement consciente. Il est aisé de voir que les v. 30 et 31 sont directement opposés à cette pensée. Aussi Baur les déclare-t-il interpolés, lors même qu'ils ne manquent dans aucun document. Le contraste que Jésus veut réellément signaler est celui de la foi qui, pour accepter le fait miraculeux, veut le voir, et de la foi qui l’accepte sur le fondement du simple témoignage. Sur la première voie, la foi ne serait possible pour le monde qu’à la condition de miracles toujours renouvelés et d’apparitions de Jésus répétées sans cesse et pour chaque individu. Ce ne devait point être là la marche de l’œuvre divine sur la terre, et c’est là la raison pour laquelle Jésus appelle heureux ceux qui sauront croire par un autre moyen que celui qu'il a fallu employer avec Thomas. Car s'ils étaient aussi exigeants que ce disciple,
jamais, dans les conditions nouvelles de l'Église, ils n’arriveraient à la foi. — Les participes aor. (ôôvres, ntotevoaytes, sont empruntés au sentiment d’une personne qui, se plaçant au terme du développement de l’Église, jette un regard en arrière sur la manière dont les hommes sont arrivés à la foi, et par la foi à la maxagptotns, à la vie (v. 31).
Cette parole de Jésus, en fermant l'ère de la foi acquise par la vue et en ouvrant celle de la foi fondée sur le témoignage, est la transition de l’histoire évangélique à l’œuvre apostolique dont le tableau est retracé dans le livre des Actes. Cest le terme normal d’un évangile tel que celui de Jean, dont la pensée principale est : la manifestation de la gloire de Jésus produisant ces deux effets décisifs, la foi qui sauve ou lincrédulité qui damne.
De la résurrection de Jésus.
C’est ici, comme le dit Strauss, «le point décisif, où l’opinion naturaliste doit rétracter toutes ses assertions précédentes ou réussir à expliquer la foi à la Résurrection sans faire intervenir un fait miraculeux qui y corresponde‘. » Il n’est plus possible, en effet, de recourir aux expédients accoutumés, «les forces cachées de la spontanéité,» Qle contact d’une personne exquise ,» etc. Car nul être humain n’a concouru à la résurrection de Jésus. Si réellement il est sorti du tombeau après y avoir été déposé mort, la puissance divine a éclaté sans contredit dans ce fait central de l’histoire ; et, comme le dit Pierre, (Dieu a ressuscité Jésus.» La question est nettement posée. Strauss a donc parfaitement raison de commencer par faire justice des phrases sonores, mais creuses, sous lesquelles un Hase, un Ewald, déguisent leur rationalisme, et du moyen dilatoire par lequel Baur lui-même échappe à la question de fait en disant : «Ce qu'est le fait en soi, c’est ce qui reste en dehors de l’investigation historique... Ce qui est la çondition nécessaire de l’histoire subsé-