‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean ... . Tome secondChapitre 24 sur 278 · N AB Let quelques Mnn. et Vss. omettent autwy · texte numérisé non relu

N AB Let quelques Mnn. et Vss. omettent autwy

septentrionale du lac (comp. Matth. XIV, 13 et Marc VI, 33) et arrivaient successivement sur le lieu de la scène. Les Synoptiques nous apprennent qu'une partie de la journée fut employée par Jésus à enseigner etäguérir. Pendant ce temps, la foule grossissait toujours. Comp. Marc VI 33: « Îls accouraent à pied de toutes les villes.» C’est à ce moment que commence le récit de Jean. Jésus lève les yeux, contemple ces multitudes déjà rassemblées et ces troupes encore éloignées qui accourent; il éprouve ce mouvement de compassion profonde dont parlent Matthieu et Marc. Mais un autre sentiment, dont Jean seul paraît avoir surpris le secret, domine celui-là: c’est celui de la joie. Il avait voulu être seul; mais, vaincu par l’empressement et la persévérance de ces multitudes, il entre avec bonheur dans la situation nouvelle, et, pensant à la fête qui va se célébrer à Jérusalem, il se décide tout à coup à donner à cette foule, à ses disciples et à lui-même une fête qui les dédommage de celle dont ils sont privés. Ainsi s’explique la particule odv et la relation entre les participes étaoas, Sexcamevos (ayant levé les yeux, ayant vu) et le verbe Xéyer (1 dit). Gette initiative que prend Jésus dans le récit de Jean, est en désaccord apparent avec le récit des Synoptiques, d’après lequel ce sont les disciples qui, inquiets pour la foule, engagent Jésus à la congédier. Le besoin de vivres pour cette multitude peut avoir préoccupé simultanément Jésus et les disciples, à mesure qu’ils voyaient le soir approcher. Jésus qui, dans la coïncidence de ce rassemblement immense avec le moment de la fête de Pâques, avait reconnu un divin signal, avait déjà pris par devers lui sa résolution. De leur côté, les disciples, ne voyant d'autre mesure à prendre que la prompte dispersion de la multitude dans les campagnes environnantes, crurent devoir. communiquer cette pensée au Seigneur. Le récit des Synoptiques est écrit

à ce dernier point de vue, qui devait naturellement dominer dans les narrations partant des Douze, particulièrement de Pierre et de Matthieu. Jean, qui avait lu plus profond dans le cœur de son maître, fait ressortir l’autre pomt de départ : le mouvement spontané du Seigneur. Ainsi donc, les disciples s'adressent à Jésus et lui communiquent leur inquiétude. Jésus, suivant son plan déjà formé, leur dit : «Donnezleur vous-mêmes à manger,» et invite spécialement Philippe àrechercher les moyens de pourvoir à ce manque de vivres: (Où achéterons-nous, etc.? » Pourquoi Jésus s'adresse-t-il à Philippe, plutôt qu'à tout autre? Bengel pense que ce disciple était chargé de la res alimentaria. Mais il parait plutôt par XIII, 29 que c'était Juda qui faisait les achats: Selon Luthardt, Jésus voulait travailler à l'éducation de Philippe, qui avait un caractère hésitant et méticuleux. Cest un peu recherché. Le ton de-la question de Jésus: «Où achèlerons-nous?» est enjoué et presque badin. À supposer que la naïveté fût le trait dominant du caractère de Philippe, on comprend que Jésus lui adresse préférablement à tout autre cette question absurde au point de vue des ressources naturelles. Celui-ci, de son côté, y répond avec une bonhomie presque plaisante. Ce petit trait donne une idée de laménité qui régnait dans la relation de Jésus avec ses disciples. Et c’est là sans doute la raison pour laquelle Jean l’a fidèlement conservé; 1l appartenait au tableau de la gloire, pleine de grâce, de la Parole faite chair.

Il est impossible, dans un tel contexte, de donner au mot Retoæéeuw, éprouver, un sens solennel et théologique. L’expression : (Où achèterons-nous..?» prouve à elle seule qu'il ne s'agissait pas de mettre sa foi à l'épreuve. Et la réflexion qui suit: « Car lui-même savait bien ce qu'il allait faire,» fait comprendre que c'était une espèce de piége que Jésus tendait à la simplicité naïve de son disciple. Ierpd£ov

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signifie donc simplement : pour voir comment il résoudrait ce problème insoluble. ‘Philippe fait sagement son calcul. On reconnait en Lui le bon sens personnifié. — Le denier était une monnaie romaine qui valait environ 89 centimes. 200 deniers équivalaient donc à 170 francs de notre monnaie. Il est remarquable que Marc ait conservé également cette circonstance des deux cents deniers; seulement, c’est dans la bouche des disciples qu'il place ce calcul. Si la relation entre la question de Jésus et la réponse de Philippe dans Jean n’était pas si étroite, on pourrait intercaler entre v. 6. et 7 le petit entretien de Jésus avec les disciples Marc VI, 37. Il est plus naturel de voir dans la réflexion que leur prête Marc la reproduction de la parole de Philippe, que Jean nous a conservée sous la forme la plus exacte.

V. 8 et 9. «Un de ses disciples, c'était André, le frère de Simon Pierre, lui dit : 9 Il y a bien là un‘ petit garçon qui a cinq pains d'orge et deux poissons; mais qu'est-ce que cela pour tant de gens?» — Jean mentionne d’abord d’une manière indéterminée un disciple; c’est tout ce qui importe. Puis, dans ce disciple, il voit André et le nomme. On croit l'entendre raconter. Comment ne pas se rappeler ici que les deux disciples nommés par lévangéliste, André et Philippe, étaient précisément ceux qui, d’après la tradition du Fragment de Muratori, devaient être présents au moment de la composition de l’évangile: (t. I, p. 87-89)? L’apposition «le frère de Simon Pierre» n’est point simplement explicative. Cette indication avait déjà été donnée I, 41. Mais le nom d’André ne peut se présenter sous la plume de Jean, sans qu'il le reproduise avec le titre glorieux de frère de Pierre. — André donne aussi, en quelque manière, dans le piége tendu à son condisciple

1. Ev est omis par N B D L 15 Mnn. Itslis: Or. et Tisch. (éd. 1849).

par la question de Jésus; et il y a peut-être quelque malice de la part de l’évangéliste à rappeler ainsi leurs paroles, qui contrastent si bien avec le magnifique déploiement de puissance qui se prépare. — Le mot év a été rétabli par Tischendorf dans l'édition de 1859, malgré l'autorité des alexandrins et d'Origène, et avec raison. Il sert à faire mieux ressortir l’exiguité de la ressource qui se présente : QUn seul qui ait quelque chose, et combien peu de chosel» C'était quelque petit revendeur qu'André venait d'aviser dans la foule.

V. 10. « Mais‘ Jésus dit : Faites asseoir les gens. Or il y avait dans ce lieu beaucoup de gazon”. Les hommes s’assirent donc au nombre d'environ cinq mille*.» — Dans ces chétifs aliments, Jésus a trouvé ce qu'il lui faut, la matière sur laquelle peut opérer la toute-puissance. Maintenant, la fête est préparée, le couvert dressé : « Faites asseoir les gens,» dit-il à ses apôtres. — Les plateaux montagneux (épnpos Toro) qui s'élèvent derrière l'emplacement de Bethsaïda Julias étalaient alors leur verdure printanière. Marc, aussi bien que Jean, retrace le tableau de ce frais tapis sur lequel les troupes prennent place (ént +& wow yooto VI, 39). Il retrace également le riant spectacle qu'offraient ces rangées régulières (ouuréotx, ouprocta, Toaotal, Toaouat) de centaines et de cinquantaines. —’Avdoes ne désigne que les hommes dans le sens propre; ils sont seuls indiqués, non, comme le prétend Meyer, parce que les femmes et les enfants ne s’assirent pas, mais parce que ceux-ci n'étaient sans doute qu'en petit nombre et que les hommes seuls furent comptés.

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