‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean ... . Tome secondChapitre 247 sur 278 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les faits constatés.

I. Le premier trait qui nous a frappés dans la narration du quatrième évangile, c’est son caractère synthétique. Aucun de nos évangiles canoniques n’est sans doute un simple agrégat comme pouvaient l'être les essais auxquels saint Luc fait allusion dans le préambule de son ouvrage. Il est aisé de découvrir dans chacune des narrations synoptiques une idée dominante : dans l’une, celle du Messie promis; dans la seconde, celle du héros divin; dans la troisième, celle du Sauveur du monde. Cependant, dans le cours du récit, la variété des faits recouvre et voile l’unité de l’idée. Dans le quatrième évangile, au contraire, une synthèse puissante domine tout le récit; les faits sont disposés de manière à concourir à un but dont l’auteur est clairement conscient et qu’il formule dans un préambule détaillé et dans une courte conclusion. Comme le dit Ewald, «les évangiles antérieurs

n'étaient pas rédigés sans vue d'ensemble et sans une certaine disposition organique de la matière; mais notre évangile les surpasse en ce point, comme en tous les autres‘. »

L'auteur commence par donner un exposé large et complet de la foi qu'il veut justifier par son récit, la foi de l'Église au fait divin de l’incarnation. Puis il commence la narration par un simple xat, et, I, 19, prenant pour point de départ le moment même où, par le premier témoignage de Jean-Baptiste directement relatif à la personne de Jésus, la première lueur de la foi a brillé dans le cœur de ses auditeurs; et 1l poursuit l’histoire du développement de cette foi jusqu'au moment où elle se trouve pleinement justifiée, d'abord, par les révélations de Jésus, en actes et en paroles, sur sa propre personne; puis par l’incrédulité de ses adversaires, qui, pour rester fidèles à la voie dans laquelle ils se sont engagés, sont obligés de finir par désavouer leurs espérances les plus chères et par se renier eux-mêmes comme peuple théocratique; enfin par le triomphe de cette foi sur tous les doutes qui existaient encore chez ceux qui devaient la prêcher dans le monde. La première de ces trois séries de faits aboutit à la prière de Jésus, ch. XVII; la seconde, à la déclaration des Juifs devant Pilate, XIX, 15; la troisième, à la profession et à l’adoration de Thomas, acceptées par Jésus, XX, 98. 29. Arrivée à ce point l’histoire a atteint complétement la hauteur de la foi formulée dans le prologue. Le cri: «Mon Seigneur et mon Dieu,» est léquivalent de ces déclarations : «La Parole était Dieu... et la Parole a été faite chair.» La thèse initiale est démontrée comme elle devait l'être dans un évangile, par la narration même ; et le livre peut finir.

Il n’est pas un des faits, pas un des discours rapportés

Page 1