‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean ... . Tome secondChapitre 251 sur 278 · Vie de Jésus, p. xxvirt et xxIx · texte numérisé non relu

Vie de Jésus, p. xxvirt et xxIx

johannique dans la parole de Jésus Matth. XXII, 37 : «Jérusalem, Jérusalem. , combien de fois j'ai cherché à rassembler tes enfants comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, mais vous ne l'avez pas voulu. » Comp. Luc XIII, 34. C’est en vain que Baur a cherché à atténuer la portée de cette parole, soit en disant que les enfants de Jérusalem sont tout le peuple juif, soit en la mettant primitivement dans la bouche de quelque ancien prophète et en appliquant l'expression combien de fois aux nombreux envoyés de Dieu dans l’ancienne alliance. Ces explications trahissent l'embarras de celui qui est obligé d’y avoir recours. Le séjour de Jésus chez Marthe et Marie, Luc X, et la parabole du bon Samaritain, qui y est liée, démontrent aussi, à l’insu de Luc lui-même peut-être, une activité de Jésus en Judée avant l’époque de la dernière Pâque. Mais surtout, serait-il croyable que Jésus, conscient comme il l'était de sa mission divine, n’eût point cherché à la remplir au centre de la théocratie? Et pourrait-on s'expliquer la rapidité avec laquelle s’est accomplie la catastrophe finale, si elle n’eût été préparée par un certain nombre de conflits antérieurs tels que ceux qui sont décrits par le quatrième évangile? La supériorité de l'exposition de Jean dans le récit de la multiplication des pains, dans celui du procès de Jésus, dans celui de la Résurrection, n’est pas moins incontestable. «Toute personne, dit M. Renan, qui se mettra à écrire la vie de Jésus sans théorie arrêtée sur la valeur relative des évangiles, se laissant uniquement guider par le sentiment du sujet, sera ramenée, dans une foule de cas, à préférer la narration de Jean à celle des Synoptiques. Les derniers mois de la vie de Jésus, en particulier, ne s'expliquent que par Jean; une foule de traits de la Passion, mmtelligibles dans les Synoptiques, reprennent, dans le récit du quatrième évangile, la vraisemblance et la pos-

sibilité *. » Il est dès longtemps reconnu qu'il n’est possible de tracer un cadre rationnel du ministère de Jésus qu’au moyen du quatrième évangile.

Quel autre qu'un témoin oculaire eût pu de la sorte distinguer d’une main ferme ce que la tradition avait confondu, marquer les grandes phases de l’activité de Jésus, rendre

"à chaque fait ses contours précis, et produire un tableau. dont la fidélité a pour garants les écrits mêmes qui s’en écartent ?

IV. Un trait non moins nettement marqué de la narration johannique, c’est son caractère autobiographique. L'auteur n’est pas seulement témoin des faits racontés ; il y joue un rôle. On sent, tout du long, que l’histoire du développement de la foi est celle du développement de sa propre foi. C’est là le fil qui se montre toujours et toujours de nouveau à travers la trame de sa narration. Il ouvre son récit en citant à trois reprises ([, 15.97. 80) le témoignage de Jean-Baptiste, qui l'avait amené lui-même à la foi. Il est impossible, en effet, de ne pas reconnaître l’auteur dans celui des deux disciples du Précurseur qui n’est pas nommé au ch. I. Nous avons vu comment l’évangéliste se trahit, en quelque sorte, lui-même dans la manière dont il s'exprime [, 42, en faisant entendre que, pendant qu'André cherchait son propre frère , il avait aussi, lui, cherché le sien (t. [, p. 320-321). Il était donc l’un de ces deux que la parole de Jean conduisit à Jésus. À la suite du miracle de Cana, il fait ressortir l’accroissement de la foi des disciples, comme un fait qui appartient à l’histoire de sa propre vie intime (II, 41). Les deux remarques : « Alors les disciples se souvinrent > (I, 47), et: «Lorsqu'il fut ressuscité des morts, les dis-

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