Vie de Jésus, p. XXXY
2. « Ihrem wahren Geiste und Anhauche nach, kann keine Sprache ächtler hebräisch sein, als die unseres Verfassers. »
pénétrer dans l'Église une théorie métaphysique. La pensée de l’auteur est tout entière concentrée sur la personne historique de Jésus; le sentiment qui meut sa plume, est un amour ardent pour ce Jésus qu’il a personnellement connu. Son but est de satisfaire son cœur, en révélant son Maître au monde et en le faisant aimer de tous, comme il l'aime lui-même. Comment l’être auquel on porte un sentiment si ardent, si profond, pourrait-il être une création métaphysique ou simplement un objet de spéculation ? Lorsqu'on aime de la sorte, il peut bien arriver qu’on se fasse quelque illusion sur l’objet aimé; mais on le dépeint certainement comme on croit l'avoir vu, comme on l’a connu. Aussi l’auteur ne justifie-t-il point la foi formulée dès l’abord dans le prologue, par une argumentation logique. Pour démontrer, 1l lui suffit de raconter; et il conduit l’histoire, comme nous lavons vu, jusqu’au point où elle atteint le niveau tracé par le prologue.
En même temps que le sentiment qui inspire cet écrit, nous conduit à en reconnaître Le caractère strictement historique , nous sommes autorisés aussi, par le même fait, à penser que l’auteur a bien pu se proposer, comme but secondaire, de compléter et de rectifier les autres évangiles déjà répandus. Son amour pour Jésus ne lui permettait de consentir à aucune altération grave dans son histoire; 1l sentait le devoir, lui, le témoin le plus rapproché de cette vie dans laquelle Dieu s'était donné à l'humanité, de remplir les lacunes des narrations antérieures, d'en corriger les inexactitudes, de prévenir les malentendus auxquels elles pouvaient donner lieu, de présenter certains faits déjà racontés sous un jour plus vrai. Et l'étude de l’évangile a surabondamment prouvé que cette supposition naturelle est une réalité.
Et, sous l'empire du même sentiment d'amour, il ne
pouvait passer devant aucune opinion de son temps tendant à amoindrir dans la conscience de l’Église la personne du Seigneur, sans chercher à montrer le point où elle heurtait contre les témoignages divins soit du Précurseur, soit de Jésus lui-même; comme aussi il ne devait écarter aucune aspiration légitime de son siècle, sans chercher à lui révéler en Jésus le trésor vers lequel elle s’élançait à son insu. Ainsi s’expliquent, toujours en partant du même sentiment fondamental, les buts polémique et apologétique que l’on a attribués à certains passages et que nous n'avons pu y méconnaître.
Meyer nie toute intention polémique dans l’évangile, à cause de la différence qui existe entre ce livre et la première épître, dans laquelle la tendance polémique ressort d’une manière bien autrement prononcée. Et M. Astié, admettant ce raisonnement, conclut de cette différence entre les deux écrits que l’évangile a été composé dans un temps où les erreurs que combat l’épître n’existaient point encore dans l’Église, ainsi beaucoup plus tôt que cette dernière. Mais la différence réelle entre les deux écrits, sous ce rapport, est uniquement que dans l’un la polémique est explicite, et dans l’autre implicite. Et cette différence tient au genre même des deux ouvrages : l’évangile, comme œuvre historique, ne pouvait qu'établir solidement les faits, en faisant ressortir simplement ceux contre lesquels se brisaient les fausses doctrines contemporaines ; mais il ne pouvait, sans altérer l’objectivité de la narration, se livrer à des discussions de principes; l’autre, œuvre tout individuelle, pouvait franchir cette limite et entrer ouvertement en lutte avec les tendances destructives du temps. Il est trèsaisé de voir que l'affirmation centrale de l’évangile : « La Parole a été faite chair,» renferme virtuellement la négation de toutes les erreurs que l’auteur combat expressément
dans l’épitre sur la personne du Seigneur, et que le passage V, 6 de l’épitre n’est mis dans son plein jour que par la polémique implicite contre les disciples de Jean-Baptiste que nous avons reconnue dans l’évangile, I, 7. 8.
Révéler Jésus aux hommes tel qu’il l'avait connu, le leur donner tel qu'il l'avait lui-même reçu, voilà la pensée de l’auteur. Elle est assez large pour renfermer les divers buts secondaires reconnus par l’exégèse; elle exclut positivement le but spéculatif, comme aussi l’exégèse ne l’a nulle part constaté.