CHAPITRE IL
L’authenticité.
Après avoir essayé de donner la caractéristique de notre évangile au point de vue historiographique et littéraire, nous soumettrons au contrôle des faits constatés d’abord les principales hypothèses de la critique moderne sur la personne de l’auteur, puis l’opinion traditionnelle.
L'hypothèse de l’inauthenticité se présente aujourd'hui sous deux formes principales : l’opinion de Baur et celle de M. Nicolas.
Le premier ne peut voir dans notre évangile qu'un produit du second siècle de l’Église. C’est à cette époque que l'on rencontre le développement du gnosticisme, les spéculations sur le Logos, la lutte avec le montanisme, les disputes sur la célébration de la Pâque, toutes les circonstances, enfin, qui constituent le milieu en dehors duquel on ne saurait expliquer la composition d’un évangile tel que le nôtre.
Le caractère le plus remarquable de cet écrit est «de présenter réunis, purifiés, spiritualisés, tous les éléments de la vie et du mouvement de ce temps... Il en est effleuré, et il en reste pourtant indépendant... C’est l'expression pure de la conscience de son siècle”. » L'auteur est un chrétien d’origine grecque qui a écrit vers 150, à Alexandrie, où 1l avait été en contact avec la gnose valentinienne.
Pour soutenir cette hypothèse, Baur est tenu, avant tout, de faire disparaître toutes les traces de l'existence et de l'influence de notre évangile avant cette époque. Nous avons vu, dans l’introduction, par quels procédés violents il parvient à ce résultat. [Il ne peut, néanmoins, nier le fait capital : là conviction unanime des églises et de leurs docteurs, aussi bien que des sectes les plus opposées et de leurs principaux représentants, qui attribuait notre évangile à saint Jean peu d'années après l’époque fixée par lui comme ayant été le moment de la composition. Ge fait historique est incompatible avec son hypothèse.
Abordons maintenant le champ de la critique interne :
1. Baur est obligé d'accorder que le quatrième évangile est un grand acte de faux. «L'écrivain, dit-il, suit à la piste l'auteur de l’Apocalypse (saint Jean) et veut faire passer son écrit pour celui du disciple bien-aimé?.» Ce procédé était le résultat d’un plan prémédité. Comme le judéo-christianisme se rattachait à la personne de Pierre, et le christianisme anti-judaique, à celle de Paul, l’auteur, voulant imaugurer dans l’Église une conception nouvelle, supérieure aux deux autres, sentit le besoin de trouver aussi un patron apostolique: il choisit saint Jean, «à cause de l'importance qu'avait la personne de cet apôtre pour les églises d’Asie-