Ueber die Evangetien, p
montrées les profondes affinités qui existent entre l’Apocalypse et l’évangile sous ce rapport. Il serait temps, ce nous semble, que l’on cessât de parler des solécismes et des barbarismes de l'Apocalypse. L'auteur écrit: 4x toù 6 &v al 6 y xat 6 épxduevoc (1, 4). Serait-ce une faute de grammaire ? Mais dans la phrase suivante le même auteur dit : aTù toy étta rveupatoy. Il écrit: arû ’Inooù Xotcto 6 aprus 6 ruotéc (1, 5). Ienorerait-il la règle de l’apposition, lui qui dit, au v. 9 : &v +h vnoo tn xahoupéyn Ilxtuo? Ces irrégularités ne sont pas des fautes d’écolier; tout le reste du livre en fait foi. L'auteur connaît parfaitement toutes les particularités de la langue grecque : l'emploi de l’accusatif déterminatif, du génitif de prix, la flexion irrégulière de certains verbes. Seulement il lui répugne de faire subir au nom de Jéhovah, l’immuable, la flexion qui signale une relation subalterne ; et, en mettant les appositions au nominatif, 1l cherche à mettre plus en relief la qualité qu’elles expriment. Nous avons signalé des anacolouthies assez semblables dans lévangile (VIE, 39; XVIL, 2). Cette rudesse de la langue apocalyptique, ainsi que les hébraïsmes dont elle abonde, s’expliquent dès qu’on se rappelle que le sujet du livre est la seconde venue de Christ, c’est-à-dire toute la portion de la prophétie que sa première venue n’avait pas accomplie. Tous les éléments messianiques de l'Ancien Testament qui se rapportaient au retour du Seigneur comme roi et comme juge, sont reproduits, en quelque sorte tels quels, simplement traduits d'hébreu en grec, exactement comme, dans les premiers chapitres du troisième évangile et des Actes, nous retrouvons les documents araméens de l’auteur fidèlement reproduits en grec. L’Apocalypse n’est que la partie non accomplie de l'Ancien Testament transportée comme prophétie à la fin du Nouveau. Cela se montre jusque dans le style de ce livre mystérieux.
Bien loin donc de conclure, avec Baur, en disant que tous les témoignages en faveur de l’authenticité de l’Apocalypse se changent en témoignages indirects contre celle de l’évangile, nous estimons que toutes les voix qui parlent en faveur de l’Apocalypse viennent à l'appui de celles qui attestent l’origine johannique de l’évangile*.
1. On voit que, pour soutenir simultanément l’authenticité des deux écrits, nous ne croyons nullement nécessaire de recourir à l'hypothèse aventureuse développée par M. Réville, dans les deux articles intitulés : La crise de la foi chez un apôtre (Revue de théol., t. IX et X), et sur laquelle repose aussi le travail de Niermeyer que nous avons cité: celle d'une révolution intérieure provoquée chez l’apôtre par la ruine de Jérusalem, et dans laquelle il aurait dépouillé le vieux Jean, le judéochrétien de l’Apocalypse, pour revêtir l’homme nouveau, le Jean de l'évangile. M. Nicolas appelle cette hypothèse « un brillant jeu d'esprit; » et M. Réville l’a rétractée lui-même, dans la Revue des Deux-Mondes, 17 octobre 1863, p. 633. Aussi avons-nous été fort surpris de la retrouver dans l’Explication de l’évangile selon saint Jean, par M. Astié (introduction , p. 37-38, 44, 58). Que fait M. Astié, à ce point de vue, de l’Apocalypse? Est-il disposé à n'y voir, avec M. Réville, que le produit fiévreux, et pourtant apostolique, d’une imagination égarée? Mais surtout, que fait-il de l'évangile? Où étaient ces discours de Jésus, dont il défend l’authenticité, alors que l’apôtre, en composant l’Apocalypse, se livrait aux rêves furibonds de son exaltation judéo-chrétienne ? Un marchand peut bien avoir un fond de magasin dont il ne se doute pas et qu'au jour de la banqueroute il est heureux de retrouver. Mais un trésor comme les discours du quatrième évangile, peut-on le porter, je ne dis pas dans son cœur, mais seulement dans sa mémoire, sans se douter du spiritualisme qu’ils renferment et en écrivant un livre dans une direction entièrement opposée. Il n’y a qu'un moyen, à ce point de vue, desauver les discours renfermés dans l'évangile; C’est de dire qu'ils étaient écrits tels quels dans le portefeuille de Jean, et de sa propre main, sans qu'il en eût compris lui-même le premier mot. Sinon, M. Astié ne peut y voir que le résultat des propres méditations de Jean sur la personne de Jésus après la consommation de la crise qui avait renouvelé son point de vue. Dans ce second cas, pour M. Astié, comme pour Baur, c'est saint Paul, le maître du nouveau saint Jean, et non Jésus-Christ, qui est l'auteur du spiritualisme chrétien.
4. On tire une objection de l’esprit judéo-chrétien que l’on attribue à l’apôtre Jean et dont il ne se trouve trace dans l’évangile. Mais sur quoi repose cette assertion? Sur Gal. I? Nous avons déjà fait voir comment il faut torturer le texte de ce passage pour en faire ressortir ce qu'y trouve l'école de Tubingue (t. [, p. 67 et suiv.). Sur le livre de Apocalypse? Nous venons de voir ce que vaut cette preuve. Sur l’opposition de principes qui existait entre les Douze et saint Paul? On ne parvient à la prouver qu’en éliminant du nombre des documents historiques tous les évangiles, les Actes et presque toutes les épîtres, en un mot les quatre cinquièmes du Nouveau Testament, en faussant le sens des livres qui restent et en se débarrassant d’une partie des ou-
vrages des Pères. Une histoire ainsi faite ne risque-t-elle pas de n’être qu’une fiction? La distinction réelle entre Paul et les Douze était affaire d’observance, non de principe; elle dut cesser avec la ruine de Jérusalem et du Temple.
9. On allègue la tendance spéculative de notre évangile et l’emploi de la terminologie en usage dans les systèmes gnostiques, comme incompatibles avec le caractère d’un ouvrage apostolique. Nous avons déjà vu que toute la métaphysique prétendue du quatrième évangile se réduit à l’emploi du terme de Logos. Le choix de ce terme, en relation avec le milieu dans lequel écrivait lapôtre, ne peut-il pas lui avoir été inspiré, comme le dit Hengstenberg, par son ardent amour pour Jésus et par le désir qu'il éprouvait de mettre le tableau qu'il allait présenter de sa personne et de son œuvre en relation avec toutes les légitimes aspirations de son temps‘? Le point essentiel, dans cette question, est que l'idée exprimée par ce terme ne dépasse en rien le
1. Voir le développement que nous avons donné nous-même de cette idés MR pout.
contenu du témoignage de Jésus lui-même sur sa personne; et nous avons vu qu'il en est bien ainsi. Comp. VI, 62; VIII, 98; et surtout X VIT, 5. 24. Quant aux termes lumière et ténébres, vie et mort, grâce et vérité, ils se trouvent tous employés dans l’Ancien Testament, dans le sens profond dans lequel ils sont pris dans notre évangile; et nous avons déjà fait observer qu'autant est artificiel l'emploi qui en est fait chez les Gnostiques, autant est simple et sans apprêt celui qu’en fait l’évangéliste. Nous ne revenons pas sur les idées gnostiques que Hilgenfeld a prétendu trouver dans l’évangile; nous avons fait justice de cette accusation dans le cours de l’exégèse. Ne peut-on pas tenir pour certain que jamais un Gnostique écrivant en pays païen et pour des Grecs ne se fût rattaché, dans l'exposé de sa spéculation, aux antécédents et aux symboles judaïques, comme le fait l’auteur dans le compte qu'il nous rend de l’enseignement de Jésus? Cette marche, au contraire, n’est-elle pas parfaitement conforme à celle qu'a dû suivre Jésus en témoignant de luimême”? En agir ainsi, n’était-ce pas, suivant sa propre expression, entrer par la porte que lui avait préparée le Père? Enfin, si les différences que nous avons signalées entre le quatrième évangile et les Synoptiques, au point de vue de l’histoire de Christ, sont réelles, Weizsäcker n’a-t-1l pas raison de dire: (Un auteur qui n'aurait écrit cet évangile que pour frayer l'accès dans l’Église à certaines idées, ne se fût jamais hasardé à inventer une base historique si diflérente de celle que présentaient les traditions régnantes"»?
Si notre évangile trahit une culture supérieure à celle qu’on attendrait d’un de ces apôtres que le sanhédrin appelle &yodupato xat tütovar, il faut se rappeler que Jésus aussi est caractérisé de la même manière (VIE, 45 : an ueuo-