Revue de théol., t. Il, p. 42 et
renferment que des prédications morales. Mais qui pourra achever la lecture de ces trois écrits sans reconnaître que, chez eux aussi, la tendance déclarée de l’enseignement de Jésus est de concentrer toute la religion dans la foi en sa personne? Qu'est la vie chrétienne, si ce n’est l’administration fidèle des talents qu'il a confiés ? Et cette position suprême quil prend vis-à-vis de la conscience humaine, ne la justifie-t-1l pas de la même manière dans les quatre écrits, par ce titre absolu : Le Fils? «Nul ne connaît le Père que le Fils» (Matthieu et Luc). « Personne ne connaît ce jour, ni homme, ni ange, ni même le Fils» (Marc). Le crime qui met le comble à la rébellion des vignerons, ne consiste-t-il pas à rejeter, après tous les serviteurs, le Fils? Jésus ne se déclare-t-il pas, devant le sanhédrin, le Fils, terme qui ne saurait être le synonyme de celui de Messie, puisque, dans ce cas, il n’y aurait pas eu lieu à l'accusation de blasphème? Enfin, n’ordonne-t-il pas de baptiser «au nom du Père, du Fils et du Saint - Esprit » ? Nous ne sommes pas surpris que les partisans les plus conséquents de l’école de Tubingue, tels que Volkmar, déclarent les trois premiers évangiles interpolés dans un sens favorable au paulinisme. Il est, en effet, impossible de maintenir autrement qu'à cette condition la différence intrinsèque que lon prétend établir entre leur conception de la personne de Christ et celle que nous trouvons dans les écrits de Paul et de Jean. Mais que dire d’une critique qui remanie arbitrairement les documents mêmes dont elle tire ses conclusions ? Le fait est que, si Jésus s’est exprimé sur sa personne comme il le fait dans les Synoptiques, il n'y a dans saint Jean pas un mot qu’il n’ait pu dire. Le contenu de son témoignage dans le quatrième évangile est même indispensable pour expliquer son enseignement dans les trois autres. Car, de même que les contradictions internes du récit sy-
noptique dans la question de la Pâque seraient insolubles sans le récit de Jean, de même la contradiction morale, dans laquelle les Synoptiques tomberaient avec eux-mêmes si, d'une part, Jésus a dit de lui tout ce qu'ils lui font dire, et si, de l’autre, il n’a dit de lui que cela, serait insoluble sans le complément de son témoignage que donne l’évangile de Jean. C’est dans ce sens que Ritschl dit avec une parfaite justesse, dans une parole déjà citée‘, que l’enseignement des Synoptiques, bien loin de contredire celui de Jean, le réclame comme son complément nécessaire. Cependant, tout en niant une différence dans le fond, nous en reconnaissons une dans la forme. Mais le contraste ainsi limité ne se lie plus à la question d'authenticité ; nous l’étudierons dans le chapitre suivant, qui traitera de la crédibilité des discours de Jésus dans notre évangile.
IT. En étudiant plus à fond les objections, nous les avons vues presque toutes se transformer en preuves. Nous avons ainsi anticipé sur le second point que nous devons traiter : les arguments positifs qui ressortent du livre lui-même en faveur de son origine johannique.
Voici comment Credner, ce savant qui ne s’est jamais fait l’esclave d'aucune école, expose en quelques mots le sujet : ÇSi nous n'avions aucune donnée historique sur l’auteur du quatrième évangile, qui n’est pas nommé dans l'écrit lui-même, nous n’en serions pas moins conduits à un résultat positif, par des raisons qui ressortent de ce livre. La nature de la langue, la fraîcheur et la vivacité dramatique du récit, l'exactitude et la précision des données, la manière particulière dont sont mentionnés le Précurseur et les fils de Zébédée, l'amour, la tendresse ardente que
#4, Llypr9
l'écrivain manifeste pour la personne de Jésus, le charme irrésistible qui est répandu sur l’histoire évangélique saisie à ce point de vue idéal, les réflexions philosophiques par lesquelles commence cet évangile, tout cela nous conduit au résultat suivant : l’auteur d’un tel évangile ne peut être qu’un homme originaire de la Palestine, qu’un témoin ocu- . lire, qu'un apôtre, qu'un bien-aimé de Jésus, ne peut être que ce Jean que Jésus avait enchaîné à sa personne par le charme céleste de son enseignement, ce Jean qui reposait sur son sein et qui se tenait près de sa croix, et à l'égard duquel son séjour subséquent dans une ville comme Éphèse prouve, non-seulement qu'il se sentait attiré par la spéculation philosophique, mais encore qu’il était capable de tenir sa place au milieu de ces Grecs que distinguait leur culture littéraire !. »
Sauf quelques restrictions, on ne saurait mieux dire. Récapitulons, sans développements, les faits principaux qui servent d'appui à ce résultat formulé par le critique allemand.
1. Il nous paraît que l’origine palestinienne de l’auteur a été démontrée par la caractéristique que nous avons donnée de l'écrit soit au point de vue du fond, soit à celui du style.
2. Sa qualité de témoin oculaire ressort non-seulement de son propre témoignage (1, 14; XIX, 35; comp. avec 4 Jean [, 4-3), mais encore de celui de ses contemporains qui ont édité l'écrit. Pour échapper à la force de cette preuve, il faut avoir le courage de faire de l'auteur un faussaire , et même un double faussaire, puisque non-seulement il se donnerait lui-même une qualité qu’il n’a pas, mais qu'il feindrait de se la faire attribuer par d’autres. Mais l'esprit de l'écrit est incompatible avec cette supposi-