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la veille ne leur suffit plus, tout simplement parce que Jésus lui-même vient de le déclarer msuffisant. Ils demandent ce que déjà ils voulaient instinctivement lorsqu'ils essayaient de le faire roi: les miracles grandioses qui devaient selon eux inaugurer le règne messianique. Et leur question: «Quelle œuvre fais-tu? » est une mise en demeure adressée au prétendu Messie et motivée par la parole de Jésus luimême v. 27 : Tu réclames de nous la foi messianique; nous sommes prêts! Accomplis seulement de ton côté les œuvres vraiment messianiques dont tu ne nous as encore fait voir que le prélude. Cette parole des troupes correspond parfaitement à la demande d’un signe céleste, si souvent adressée à Jésus dans les Synoptiques à la suite de ses autres miracles. Dans ce sens, ce n’est pas sans raison qu'ils font ressortir le contraste entre le miracle de la veille et le magnifique déploiement de puissance dont Moïse avait été l'instrument auprès de tout le peuple pendant quarante ans. Et cependant qu'était Moïse, en comparaison du Messie ? Il faut remarquer les prés. touts, éoyaën : ils ne parlent plus du passé, que Jésus lui-même vient de reléguer dans l'ombre. C'est quelque chose de nouveau qu'ils réclament, et cela immédiatement. Leur erreur est seulement de se représenter cet aliment supérieur que leur a promis Jésus comme un don matériel, quoique céleste, une sorte d’ambroisie à l'instar de la manne. Redemplor prior descendere fecit pro ns manna; sic et Redemptor posterior descendere faciel manna, disent les rabbins (voy. Lightfoot, Wetstein). La parole citée par les Juifs se trouve Ps. LXXVIIT, 25. Comp. Ex. XVI, 4. L'expression «du ciel» désigne ici origine miraculeuse de ce don; c'est à son essence réelle que pense Jésus dans sa réponse :
V. 32 et 33. «Jésus leur dit donc : En vérité, en vérité, je vous le dis: ce n’est pas Moïse qui vous a
donné‘ le pain qui vient du ciel; mais c’est mon Père qui vous donne le vrai pain qui vient du ciel; 33 car le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde.» — Jusqu'ici, la pensée des auditeurs semblait marcher avec celle de Jésus, mais c'était grâce à une équivoque : Jésus annonçait un pain d’une nature supérieure, et les Juifs ne demandaient pas mieux, pourvu toutefois que cet aliment, miraculeux d’origme, fût matériel de. nature comme la manne. Jésus donne maintenant une explication qui révèle l'opposition complète entre sa pensée et la leur. — Auyv «uv fait ressortir la contradiction de cette déclaration avec les apparences brillantes d'un produit miraculeux. — II faut préférer sans hésiter le parf. dédoxes à l'aoriste. Par le premier, Jésus reconnaît que les Juifs sont déjà en possession du pain du ciel. Mais il déclare que ce n'est point par le moyen de Moïse. L’aor. ëdwxev mierait au contraire le fait de la possession actuelle du pan céleste par les Juifs, ce qui ne s'accorde pas avec la construction de la phrase. Car, dans ce cas, ce serait le verbe et non le sujet qui devrait être mis directement en rapport avec la négation où. D'ailleurs, ce sens exigerait pour régime de a donné: à vos péres, et non :4@ vous. L’aoriste a évidemment été tiré du v. 81. Le sens est donc : «Si vous vous trouvez en possession du pain du ciel, ce n’est pas par Moïse; un homme n'était pas compétent pour faire un pareil don; mais c’est mon Père qui vous donne ce pan, et cela en ce moment même.» Le prés. dtôwor fait déjà entendre ce que Jésus expliquera tout à l'heure, que c’est en sa personne que Dieu leur fait ce don. — Toy æ1nduvdy (le vrai) est ajouté à la fin de la phrase pour opposer distinctement ce vrai pain céleste, d'essence spirituelle
1. Au lieu de dedwxev que lisent 15 Mjj. (parmi lesquels N) presque tous les Man. Or., on lit daus B D L edwxe,
comme Dieu lui-même, à tout produit miraculeux d’origine, mais matériel de nature.
Le v. 33 applique à mots couverts cette idée de vrai pain du ciel à Jésus. On sous-entend ordinairement &otos devant xataBaivovy : «le pain qui descend;» et l’on admet que Jésus donne ici par deux caractères distincts la définition logique du pain céleste. Mais, s’il en était ainsi, les mots «qui descend du ciel» devraient accompagner le sujet et non point faire partie de la définition. D'ailleurs, Jésus ne se meut jamais dans le domaine de la logique abstraite. Enfin, le terme xataBatveuv, descendre, ne peut s’appliquer qu'au mouvement d’un être vivant; et le mot àtèous, qui donne, désigne également un acte personnel. Dans les versets suivants, Jésus rappelle expressément ce terme xaraBaivoy, en se l’appliquant à lui-même : xataBéBmuxx x Tod oùpavcd, v. 30. C'est donc sa propre personne que Jésus à en vue, quand il dit : « Gelur qui descend et qui donne.» Et ces deux participes sont en rapport avec le prés. ddowotv du v. 92. Jésus emploie à dessein une expression amphibologique, qu'il expliquera tout à l'heure. Si l’on voulait parler plus clairement qu'il ne l’a fait, il faudrait traduire : «Le pain qui vient de Dieu, c’est l’étre qui descend du ciel et qui donne...» Le rapport du v. 33 au v. 39 est ainsi parfaitement clair : «Le Père vous donne en ce moment même... ; car ce pain est l’homme qui descend.» — L'expression ro xCouw, au monde, est opposée au particularisme théocratique qui se glorifiait tout spécialement du grand miracle national, celui de la manne. À mesure que Jésus voit ce peuple charnel refuser de le suivre dans la sphère où 1l veut l’élever, il tourne ses regards vers l’humanité tout entière. — La quatrième partie du dialogue (v. 34-40) révèle enfin complètement la rupture qui vient de se produire entre la pensée du peuple et celle de Jésus.
V. 34 et 35. «Ils lui dirent donc : Seigneur, donnenous toujours ce pain-là. 35 Mais' Jésus leur dit : C'est moi qui suis le pain de vie; celui qui vient à moi, n’aura jamais faim, et celui qui croit en moi, n'aura jamais soif.» — Les Juifs, comprenant toujours cette idée du pan céleste dans un sens matériel, se déclarent prêts à suivre Jésus, s’il veut leur procurer cet aliment : (Avec un pareil don tu peux compter sur nous; nourris-nous-en tous les jours, et nous te suivons jusqu'au bout du monde.» Cest ici le faîte de leur exaltation charnelle. C’est aussi Le moment où Jésus rompt décidément avec eux. Jusqu'ici, les questions et les réponses Ss’étaient rattachées directement les unes aux autres, et la particule oùv avait indiqué ce progrès continu. La particule dé du v. 35 marque un changement dans la marche de l'entretien; et le xx du v. 56 signalera la consommation de la rupture.
Les mots : « C'est moi qui suis,» sont la réponse catégorique au : « Donne-nous,» des Juifs : (Ne m'avez-vous pas compris? Ge pain, il nv a plus à le demander, il n’y a plus même à le donner; il est là : c’est moi-même. Il ne reste plus qu’à le savourer; et le moyen pour cela, c’est de venir à moi, mais avec les vrais besoins intérieurs et une vraie foi.» Jésus explique maintenant ce qui était dans sa pensée quand il parlait, v. 27, de l'aliment demeurant en vie éternelle, qu'il comptait donner, et du travail à faire pour lobtenir. L’aliment, c’est lui-même; le travail, c’est la foi (v. 29). — L'expression pain de vie signifie : le pain qui communique la vie. En employant l’image du pain, Jésus fait certainement allusion à l’incarnation par laquelle «la vie éternelle qui élait au commencement avec le Pêre» (1 Jean
1. BLT Itais Syr. omettent de. N D T° quelques Mnn. Sah. lisent ouv.
I, 2) est devenue pour nous saisissable, tangible, savourable. Mais pour que cet aliment nous vivifie, il faut une activité de notre part : venir et croire. Ges deux termes expriment, avec et sans figure, une seule et même idée : le joyeux et confiant empressement avec lequel le cœur affamé et pressé de besoins spirituels s'empare de l'aliment céleste qui lui est présenté en Jésus-Christ. — La force de la négation où un ne pourrait se rendre en français que par la tournure un peu emphatique : (Oh! il n’est pas à cramdre que...» — Dans le parallélisme des deux propositions se trahit aussi une certaine exalitation du sentiment. L'image de boire est ajoutée à celle de manger, sans doute parce que Jésus a devant les yeux le repas de la Pâque. On verra que, dans la suite du discours, ces expressions figurées prennent un sens toujours plus littéral (v. 53-57). Peut-être la soif exprime-t-elle plus particulièrement le côté de la souffrance, et la faim, celui de l'impuissance, dans le malaise moral qui pousse le pécheur à Jésus-Christ. Dans ce cas, l’'apaisement de la soif désignerait plutôt la paix, et celui de la faim, la force, que donne Jésus au croyant.
La foi : voilà donc la condition. Mais, ajoute Jésus, sans doute en poussant un soupir, c’est précisément cette condition qui vous manque :
V. 36. «Mais je vous l’ai dit : Vous m'avez vu‘, et pourtant vous ne croyez pas.» — [ls avaient demandé de voir, pour croire (v. 80); cette condition est remplie: « Vous m'avez vu dans toute ma grandeur. En ce moment même, vous êtes là comme les témoins de ma puissance (parf. &wpæxate).» Le signe par excellence est sous leurs yeux :c’est Jésus lui-même. Et pourtant l'effet ne se produit pas. Ils ne croient point. Jésus tire cette conclusion de leur prière