‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean ... . Tome secondChapitre 36 sur 278 · N À Italis omettent me · texte numérisé non relu

N À Italis omettent me

même. Ils croient assez pour espérer d'obtenir par son moyen un pain miraculeux, mais non pour le reconnaître lui-même comme le pain céleste. Cela seul prouve qu'ils ne ressentent point les besoins spirituels qui pourraient les conduire à lui, et combien ils sont par conséquent étrangers à toute l’œuvre quil vient accomplir. Voilà ce que sionifie, pour une oreille aussi délicate que celle de Jésus, cette seule prière : « Donne-nous,» par laquelle ils réclament de lui autre chose que lui-même. Par cette lourde bévue, qui montre que tous les signes précédents n’ont point été compris dans leur vrai sens, ils ont achevé de révéler leur stupidité morale. Comp. deux appréciations tout aussi rapides et décisives de Jésus, l’une à Jérusalem (Il, 19), l'autre à Nazareth (Luc IV, 93).

I est assez difficile de savoir à quelle parole antérieure Jésus fait allusion par cette expression : «Je vous ai dit.» La parole [V, 48 à un sens tout différent de celle-ci. La déclaration V, 37, à laquelle pensent de Wette et Lücke, avait été prononcée en Judée. Quelques interprètes supposent que Jésus cite une parole que Jean n’a point mentionnée; mais, dans ce cas, à quoi bon la rappeler expressément par cette formule de citation : «Je vous ai dit»? Meyer propose de traduire eîxoy ui : dictum velim, «tenez-vousle pour dit.» Ce sens est sans exemple dans le Nouveau Testament. Jésus se cite lui-même, comme il cite souvent Ancien Testament, d’après l'esprit plutôt que d'après la lettre. À l’arrivée des troupes, il leur avait dit (v. 26) : € Vous avez vu des signes, et pourtant vous ne me cherchez pas pour moi-même , mais uniquement pour le rassasiement matériel que vous attendez de moi.» Cest ce reproche qu'il répète 1ci sous une forme un peu différente. «Vous m'avez vu» répond à: «Vous avez vu des signes;» et : « Vous ne

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croyez pas,» à : € Vous me cherchez en vue du rassasiement

matériel.» Lui dire en face : «Donne-nous,» n'est-ce pas méconnaître en lui le vrai don, ne pas croire (v. 36)? — Les deux xat sont corrélatifs; ils font ressortir le contraste choquant entre les deux faits qu'ils rapprochent.

Il ya, entre cette parole de condamnation et la déclaration calme et solennelle des v. 87-40, un asyndélon significatif. Cette omission de liaison représente un moment de silence et de profond recueillement. Jésus a reçu un signal de son Père; dans la Joie de son cœur, il a donné une fête à son peuple ; il lui a fait une Pâque miraculeuse. Et ces cœurs grossiers n'y ont rien compris. Ils demandent du pain, la terre encore et toujours, quand il a voulu, par ce repas figuratif, leur offrir la vie, leur ouvrir le ciel! En face de cet insuccès, qui est pour lui le symptôme de la grande catastrophe nationale, Jésus se recueille; il se demande ce que deviendra 1ci-bas son œuvre. (Mon œuvre, c’est l'œuvre du Père; elle s'accomplira certainement, mais sans vous; et dans votre exclusion, il n’y aura rien qui soit à ma charge; car je me suis borné à remplir docilement les instructions de mon Père.» En reposant ainsi son regard sur le succès assuré de son œuvre, garanti par la sagesse du Père et par sa propre fidélité, Jésus affermit sa foi en face de l'échec douloureux qu'il vient d’essuyer et de constater; il donne un fondement inébranlable à celle de ses disciples dans tous les temps, particulièrement pour les époques de grande défection; et, en protestant de sa parfaite docilité au plan du Père, il fait retomber sur les incrédules eux-mêmes la faute de leur réjection et adresse ainsi à leur conscience un suprême appel.

V. 37 et 58. Le succès assuré de l’œuvre de Jésus : «Tout ce que le Père me donne, arrivera jusqu'à moi; et celui qui viendra à moi, je ne le mettrai point dehors‘; 38 car

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