BGDLT a Cop. omettent ovtos
de Jésus, ni Jésus lui-même qui pouvaient y faire allusion en public; c’eût été exposer le plus saint des mystères à devenir l’objet d’une discussion profane. Il est évident que l'origine miraculeuse de Jésus n’est point un moyen de produire la foi et ne peut être acceptée que par un cœur déjà croyant. — Au lieu donc de descendre sur un pareil terrain, Jésus demeure dans sa sphère et montre aux Galiléens, comme il l'avait fait aux habitants de Jérusalem, ch. V, la cause morale de leur incrédulité.
V. 43 et 44 «Jésus répondit donc‘ et leur dit : Ne murmurez point entre vous; 44 personne ne peut venir à moi, à moins que le Père qui m'a envoyé ne l’attire; et moi, je le ressusciterai au dernier jour”’.» — «Trève à ces murmures, veut dire Jésus; ce n’est pas ma parole qui est absurde. C’est vous qui êtes incapables de la comprendre , et tous vos comment ne vous l’expliqueront point.» Puis Jésus remonte à la source de cette incapacité : il leur manque un enseignement préliminaire qui seul eût pu les rendre aptes à comprendre ce que Jésus affirme sur sa personne. Il leur dit ici expressément ce que faisaient déjà entendre les v. 37-40. Le mot odôeis, personne, est l’antithèse de zäv, v. 37. Là, Jésus disait : Tout ce qui est donné, arrivera certainement. Ici : Rien de ce qui n’est pas attiré, ne réussira à comprendre et, par conséquent, à croire. Gette seconde déclaration est d’une application directe aux auditeurs. L’attrait du Père désigne exactement le même fait que le don du Père (v. 37). Cette nouvelle expression caractérise la manière dont le don s'opère; c’est par un attrait intime qui lie l’âme à Jésus contemplé. Nous verrons au v. 49 que cet attrait n’est pas un instinct aveugle comme
1. Ouv est omis dans BGK LT 10 Mnn. Italia: Syr. Cop. 2. T. R. omet ev avec N A plusieurs Mnn.
les penchants naturels, mais qu'il est de nature lumineuse ; c’est le résultat d’un enseignement divin. Cette action intérieure de Dieu s'opère en Israël par le moyen des écrits de Moise (V, 46. 47) et en général de la Parole de Dieu (V, 38). La loi fait sentir à l’âme l’insuffisance de sa justice et son impuissance à réaliser l'idéal moral (Rom. VID; la prophétie décrit la personne de celui qui doit répondre à tous ces besoins, de telle sorte que, quand Jésus se présente, il produit sur le cœur de celui qui s’est approprié cet enseignement, l'effet d’un être connu, désiré et aimé d'avance; l'attrait s’exerce à l'instant, et le don se consomme par l'acte libre de la foi. Il faut remarquer la corrélation entre le sujet celui qui m'a envoyé et le verbe attire : c’est Dieu qui attire l'âme à Jésus, comme c’est lui qui envoie Jésus pour l’âme. Ces deux faits divins se répondent et se complètent. Le moment bienheureux où ils coïncident dans le cœur et où la volonté se livre, est celui de la foi. — Comme l'initiative de l’œuvre appartient au Père, sa consommation appartient au Fils. Entre ces deux termes extrêmes, éAxvon, allire, et ävaotnow, je ressuscilerai, est compris tout le développement de la vie.
V. 45 et 46. «Il est écrit dans les prophètes : «Et ils «seront tous enseignés de Dieu.» Ainsi’ quiconque entend * le Père et l'a compris, vient à moi; 46 non que quelqu'un ait vu le Père, si ce n’est celui qui vient de Dieu”; celui-là a vu le Père.» — Le passage suivant offre un exemple remarquable de la manière dont Jésus cite l’Ancien Testament. Ce n’est pas de ce livre qu'il a tiré la
1. Ovy est omis par N B GDLST quelques Mnn. Itrlerige Ve, Cop. Il est appuyé par 11 Mjj. presque tous les Mnn. Syr. etc.
2. T. R. lit «xouoaç avec N AB GK LT la plupart des Man. It:lis: Vo, Syr. Or. On lit «xouwy dans 11 Mjj. 90 Mann. Itrlerique,
3. N lit tapa tou rutpos et, à la fin du verset, avec D Its : toy @cor.
pensée qu'il développe 1ci; elle s’est formée en lui spontanément, comme le montre la forme originale sous laquelle 1l l'a présentée : le don, l'attrait du Père. Mais, après coup, il trouve bon de citer l'Ancien Testament comme autorité reconnue du peuple. Peut-être, comme l’on se trouvait dans la synagogue (v. 59), avait-il en mains le rouleau qui contenait les prophéties d'Ésaïe et, en disant ces mots : «Il est écrit, » lisait-il ce passage. Comp. le fait analogue Luc IV, 17 et suiv. Ainsi s’expliquerait bien la conservation de la copule ef au commencement de la citation. Ces mots se trouvent És. LIV, 13. Ésaïe y déclare que la totalité des membres de la communauté messianique se composera d'hommes enseignés de Dieu. L'expression générale év toiç rçopiras doit s'expliquer, selon Meyer, dans le sens de: in volumine prophetarum. T1 est plus naturel de penser que Jésus voit tous les prophètes se levant en chœur pour attester la vérité qu'un seul proclame au nom de tous. Du reste, comp. Jér. XXXI, 33. 34. On comprend ordinairement la seconde partie du v. 45 dans ce sens : (Quiconque ne se contente pas d'entendre (dxoÿoac), mais outre cela perçoit et se laisse instruire (xat matwv), vient; » ce qui supposerait que le xavrec, lous, dans le passage d'Ésaïe, désigne tous les hommes absolument, comme étant tous les objets de la grâce prévenante de Dieu, et que le täç, quiconque, qui suit, n’embrasse que le cerele plus restreint de ceux qui profitent de cette grâce. Mais, si commode que soit cette explication pour exclure la doctrine de la prédestination, elle est contraire au vrai sens de mœvytes dans le passage d'Ésaïe. L'idée de la grâce prévenante universelle peut être intéressante au point de vue de nos discussions dogmatiques; Jésus n'avait aucun motif de la faire ressortir spécialement dans ce contexte. La pensée est simplement celle-ci : «Comme Esaïe l'avait déjà déclaré, je
n'ai et ne puis avoir pour moi que les élèves du Père; mais de ceux-là, il ne m'en manquera pas un.» Le räç, quiconque , désigne exactement le même cercle de personnes que les ravres et ne fait qu'individualiser l’idée générale. Comp. le rapport du räs v. 40 au ràv v. 37 et 39. — II est assez indifférent de maintenir ou de retrancher oùv. S'il n’est pas exprimé, on doit le sous-entendre. — Entre les leçons &xovoac et axovwy le choix est facile. L’aoriste a certamement été substitué au présent par des gens qui ne comprenaient pas ce dernier et qui ont cru devoir rendre le premier participe conforme au second. Le prés. axovwy établit la simultanéité de l’acte d'entendre avec celui de comprendre (pæbwv), et l’aor. patwv établit au contraire l'antériorité de l’enseignement divin relativement à la foi (padwy ÉpysTa).
La condamnation qui frappera les auditeurs de Jésus, ne portera donc pas directement sur leur incrédulité à son égard, mais sur une faute antérieure qui en est la cause : leur indocilité morale, qui n’a pas permis à la lumière de l'Ancien Testament de les éclairer au dedans et d'opérer en eux l’enseignement spirituel, l’attrait divin : «Vous n'avez pas la Parole de Dieu demeurant en vous» (V, 38). Cest la même pensée qui dictait à Jésus cette parole : « Moise est celui qui vous accusera» (V, 45). Leur vrai péché, c’est de ne venir à Jésus que poussés par des besoins charnels et de n’éprouver pas ces besoins supérieurs et ces divins instincts que la Parole sainte aurait dû développer en eux, cette faim et cette soif de l'âme qui les eussent poussés à chercher en Jésus le pain de vie.
Ce sens du passage, bien loin d’impliquer la prédestination individuelle, l’exclut; car, en parlant ainsi, Jésus suppose qu'il n’eût tenu qu’à la volonté de ses auditeurs de laisser les besoins spirituels qui leur manquent s’éveiller et
se développer chez eux. Tels qu'ils sont, ils ne peuvent pas croire, mais leur péché est précisément d’être ce qu'ils sont, et, malgré les moyens de grâce dont ils ont joui, de venir à Jésus, non point en élèves du Père, mais en purs esclaves de la chair.
La restriction apportée par le v. 46 à la pensée du v. 45 (odx Ov, non que) porte simplement sur cette idée d’enseignement, qui semblait supposer, chez les «enseignés du Père» dont parlait le prophète, la vue immédiate de Dieu. Jésus revendique pour lui-même le privilége exclusif de la vue et de la possession de Dieu. Tous entendent bien, mais un seul a vu. Et le résultat suprême de l’enseignement divin ne peut être que de conduire à celui à qui seul Dieu se révèle directement et en qui seul il se donne.
Cette parole est certainement une de celles dans lesquelles saint Jean a puisé les idées fondamentales du prologue (comp. [, 1. 14. 18). Si la prépos. zaçx n’était pas liée au mot ov, on pourrait l'appliquer uniquement à la mission. Mais ce participe force à s’élever à l’idée de lorigine et de l'essence; comp. VII, 29. Ce taçgx forme le pendant du zo6s I, À ; réunis, ils expriment tout le rapport du Fils au Père. Il est du Père et tout au Père. La vue du Père attribuée 1ic1 à Jésus se rapporte-t-elle à son état avant lincarnation? Cela est possible, mais sans qu'il en résulte que son enseignement terrestre renferme de cette connaissance céleste autre chose que ce que sa conscience d'homme en a pu ressaisir et s’approprier. Voir t. [, p. 216, 421 et 496- 428.— Les leçons de X et de D sont sans doute provenues du désir de rendre le texte plus littéralement conforme à celui du prologue (1, 14: taox toù ratocc. I, 18 : Oeov ÉDpXXE).
Par cette parole, Jésus fait entendre que l’enseignement divin doit d’abord conduire au Fils et par celui-ci au Père :
«Je suis le chemin, la vérilé et la vie; nul ne vient au Père que par moi» (XIV, 6). Et cette idée ramène Jésus à celle qui avait excité le murmure des Juifs et qu'il reproduit avec plus de solennité encore v. 47-51 :
V. 47-51. «En vérité, en vérité, je vous le dis : Celui qui croit en moi!, a la vie éternelle. 48 Je suis le pain de vie. 49 Vos pères ont mangé la manne au désert, et ils sont morts. 50 Voici le pain qui descend du ciel, afin qu'on en mange et qu'on ne meure point. )1 Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel; si quelqu'un mange de ce pain”, il vivra éternellement; et° ce pain que je donnerai, c’est ma chair que je donnerai‘ pour la vie du monde.» — Les mots du duny sont prononcés avec la conscience de l’autorité que Jésus puise dans la position unique qu'il possède d’après le v. 46. Le ton s'élève graduellement, et la contradiction même contribue à donner aux affirmations de Jésus plus d'énergie et de solennité : (Tous vos murmures n’y changeront rien; le pain qui donne la vie, c’est moi, et non point la manne ou un aliment semblable à celui-là. Vos pères ont mangé la manne, ce qui ne les a pas empêchés de mourir; mais voici le pain qui opère véritablement leffet que vous désirez.» ‘Iva, afin que, dépend de xaraBaivwvy, qui descend, et régit les deux verbes piyn et axotdyn, comme deux actes distincts, mais inséparables. Accomplir le premier, manger, ce sera ipso facto réaliser le second, ne pas mourir. Plusieurs inter-
1. NB LT omettent et eue contre tous les autres Mss. Vss. et Pères.