‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean ... . Tome secondChapitre 43 sur 278 · Les Mss. se partagent entre tn et ev tn · texte numérisé non relu

Les Mss. se partagent entre tn et ev tn

2. N DEHMSUVIA A Mon. Itrkrime Vo, Syr. Or. (3 fois) : «n0ws. BCF2K LT 30 Mnn. Cop. Or. (5 fois) : «kn@ng.

3. N omet les mots Bpoots …. eott et lit toroy au lieu de root (ma chair est véritablement un breuvage). D omet les mots xar …. Toots.

breuvage. Nous compléterons ces remarques générales en terminant l’explication du passage.

Jésus ne répond point directement au: Comment? des Juifs ; mais, comme il l’avait fait avec Nicodème, il donne indirectement l'explication désirée. Là, il avait substitué à lPexpression «naître de nouveau» celle de «naître d'eau et d'Esprût.» Ier, il complète l’expression «manger sa chair» par celle de «boire son sang.» Il donne d’abord cette explication sous forme négative, opposant énergiquement la négation divine à la protestation humaine (v. 52): «Vous avez beau dire : Gela ne peut pas être. Je vous dis, moi, que si vous ne mangez et ne buvez pas, vous ne vivrez point.» L'homme qui ne s’est pas nourri de la chair et du sang de Jésus porte la mort dans son être le plus intime. Au v. 54, Jésus déclare la même chose, mais sous forme affirmative et comme promesse; 1l élève même le regard du croyant jusqu’au terme suprême auquel doit aboutir cette communication de vie, la résurrection de son corps. La relation entre ces derniers mots : (Et mot je le ressusciterai…..» et la déclaration précédente est celle-ci: «Et ainsi cet homme aura une vie en vertu de laquelle je ne manquerai pas de le ressusciter au dernier jour.» La résurrection corporelle n’est ni une superfétation mutile, relativement à la vie spirituelle, selon la pensée que M. Reuss prête à Jean, ni un acte magique et indépendant de cette vie supérieure, selon l’idée qu’on s’en fait souvent; c’est le complément glorieux de la résurrection spirituelle, le terme voulu de l’œuvre divine : la nature restaurée et glorifiée par la grâce.

Le v. 55 justifie et la négation et l'affirmation des v. 53 et 04. Si cette chair et ce sang sont la condition absolue de la vie pour l’homme, c’est qu'ils sont, en toute réalité, nourriture et breuvage. — Le poids des autorités critiques fait pencher la balance en faveur de la leçon ant (le Sinait.,

le Cantabrig., aussi bien que les anciennes Vss., sont ici du côté des autorités byzantines). Cette leçon est d’ailleurs plus conforme au style ordinaire de Jean. Comme le fait observer Lücke, Jean rapporte ordinairement axntns à la véracité morale, en opposition à Yebdos, tandis qu'il lie volontiers l’adv. «xn0&s à un substantif (1, 48 : a\nô&ç Topan- Aizns. VIIE, 31 : &nôos uaontai). Le sens ne diffère pas sensiblement dans les deux leçons. Jésus veut dire, en tous cas, que, par sa chair et son sang, on est véritablement vivifié (v. 24), parce qu'on est réellement sustenté, nourri (v. 59). L’adverbe ou l'adjectif exprime la pleine réalité de la communication vitale opérée par ces éléments.

Les v. 96 et 57 expliquent en vertu de quoi cette chair et ce sang sont des principes réellement nutritifs (v. 55).

V. 56 et 97. «Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang, demeure en moi, et moi en lui. 7 Comme le Père qui est vivant, m'a envoyé, et que je vis par le Père, de même celui qui me mange, celui-là aussi vivra par moi.» — Si la chair et le sang de Jésus ont la vertu nutritive qui leur est attribuée v. 59, c’est parce qu'ils sont les intermédiaires par lesquels le croyant s'unit à Jésus, comme Jésus est uni au Père. Le demeurer du croyant en Jésus comprend deux choses : le renoncement à toute vie propre, à tout mérite, à toute force, à toute sagesse émanant de son propre fonds; puis le repos absolu en Christ, comme en celui qui seul possède la richesse capable de combler ce vide. Le demeurer de Christ dans le croyant exprime la communication complète, de la part de Christ, de tout ce qu'il a et même de tout ce qu’il est, de sa personnalité tout entière («celui qui me mange» v. 97). De cette relation mutuelle résulte pour le croyant la vie. Comment? C'est ce qu’explique le v. 57.

Si la communion avec Jésus donne la vie, c’est que Jésus

a lui-même accès à la source de la vie. Il a pour principe vital le vivant, dans le sens parfait du mot; et la garantie de vie qui résulte pour Jésus de la communion avec le Père, s’étend tout naturellement à l’homme qui, en se nourrissant de Jésus, fait de lui son principe de vie. Cette parole s’applique à Jésus, non dans sa condition de Logos (comp. V, 26), mais dans sa condition de Fils de l’homme, dans son état de dépouillement : m'a envoyé (v. 57). Il s’agit en effet d'expliquer comment un être humain peut devenir pour les autres hommes le principe de vie dans un sens tellement réel et exclusif que manger cet homme soit vivre. Cest donc le mystère de sa propre vie, dans son état d’abaissement, que Jésus dévoile dans la première partie de ce verset, pour en déduire, dans la seconde, l'explication de la vie du fidèle. Gette première partie du v. 57 renferme deux propositions corrélatives : ce que Dieu est pour. Jésus, ce que Jésus est pour Dieu. Gomprendre cette double relation, c’est pénétrer le secret de la vie intime de Jésus. Le Père, qui est vivant, l’a envoyé: la responsabilité de la mission et de l’œuvre de Jésus repose donc tout entière sur le Père. Et comme le Père est le vivant, absolument parlant, cette qualité d’envoyé du Père renferme pour Jésus la garantie absolue de la victoire sur la mort sous toutes ses formes. Mais, d'autre part, cette conséquence suppose du côté de Jésus une dépendance persévérante vis-à-vis du Père et une consécration absolue à sa mission. Il doit incessamment vivre par le Pére.

Le mot €@, Je vis, n'indique pas seulement le fait de l’existence; c’est ici la vie en acte, dans toutes ses manifestations physiques et morales. Il n’est pas tout à fait exact de rendre Ôux (avec l’accusatif), comme nous l’avons fait, par la prépos. par. Mais il serait pédant et même imexact de traduire : à cause de. Jésus veut dire qu’en vertu de cette mission du

Père dont il a consciéncé, 1l puisé incessamment tout en lui, lumière et force. C’est donc dans le Pêre qu’il trouve la loi et la source de son activité, son principe vital. Le Père, en envoyant le Fils, lui à garanti cette relation; et le Fils, à son tour, y reste soigneusement fidèle (V, 17).

Que résulte-t-il de là? Que là vie du Père se trouve reproduite sur la terre dans une vie réellément humaine ; que Jésus, c’est Dieu vécu. Et de là résulte la seconde partie du . verset : Manger Jésus, c’est s’incorporer Dieu lui-même, le vivant, et par conséquent vivre. Cette seconde partie du verset ne comprend qu'une proposition. Le sujet : « Celui qui me mange,» correspond à là première proposition de la déclaration précédente : (Comme le Père m'a envoyé; et le prédicat : « Celui-là aussi vivra par moi,» à la seconde : « Et que je vis par le Pére. » — Le premier xai est le correspondant de xatws et Le signe de la proposition principale. Jean a mis xat et non pas cbtuç, parce que l’analogle n'était pas complète et qu'il voulait exprimer la conséquence logique plutôt encore que la ressemblance. Le second xai devant le pronom a un autre sens; il sert à mettre en relief le sujet : xaxeivoc, et cela afin d’accentuer cette idée : que le croyant, en se nourrissant de Jésus, obtient exactement la même garantie de vie que celle dont Jésus jouit lui-même par sa divine mission. Une pensée d’une insondable profondeur est contenue dans cette parole : Jésus seul a directement accès à la source suprême. La vie qu'il y puise, humainement élaborée et reproduite en sa personne, devient en lui accessible aux hommes. C'est ainsi qu'il est pour tous le pain de vie. Seulement, pour obtenir la vie par lui, il faut le manger, s'incorporer sa personne par l'acte intime de la foi, aussi réellement que par la manducation nous nous assimilons la nourriture. En le mangeant, lui qui vient de Dieu et qui vit par Dieu, nous vivons de Dieu, comme lui-même; et dès lors

nous vivons aussi réellement que lui. Le vrai Dieu, le Père vivant, ne se donne qu'à un seul, mais en lui à tous ceux qui mangent cet unique. Voilà le secret de la vie, le mystère du salut, ce que saint Paul appelle «la récapitulation de toutes choses en un » (Éph. I, 10).

V. 58. « C'est ici le pain qui est descendu‘ du ciel : il n'en est pas comme de vos pères” qui ont mangé la manne” et sont morts; celui qui mange ce pain vivra éternellement. » — Cette déclaration, à la fin de l’entretien, a le caractère d’une sommation définitive : (Si vous ne mangez, vous périssez,» et en même temps celui d'une dernière invitation : (Mangez donc et vous vivrez! » La proposition principale d’où dépend xatws, serait proprement : bros yevnostar. Mais, dans la vivacité du discours, Jésus la remplace immédiatement par la déclaration affirmative : 0 TOUYUY …. CoETO.

Qu’entend Jésus, dans tout ce passage, par ces expressions : Mmanger sa chair, boire son sang ?

1. Un grand nombre d’interprètes ne voient là qu’une métaphore, désignant l’acte par lequel la foi s’unit moralement à son objet. Selon les uns, cet objet ne serait autre que la personne historique de Jésus-Christ, telle qu’elle se trouvait sous les yeux des auditeurs. M. Reuss dit dans ce sens : « Dans le contexte, c’est donc la personne de Jésus dans son apparition historique et sous le rapport de son enseignement, de son exemple et de sa mort... Il n’y a qu’une exégèse maltérialiste et non familiarisée avec la manière de l’auteur qui ait pu voir là des mystères dogmatiques » (t.II, p.425). Les expressions ma chair el mon sang auraient le même sens que celle-ci : la chair el le sang, «phrase qui, à cette époque, était généralement usitée pour exprimer la notion de l’homme, de la personne humaine. »

2. R BC LT Cop. Or. omettent vuwv contre tous les autres Mss. et Vss. 3. N BC D LT Syrex Cop. Or. omettent to mavya.

seulement le Christ vivant (Za chair), mais aussi le Christ victime (le sang); et Jésus voudrait caractériser tout ensemble l’acceptation de sa vie sainte et celle de sa mort expiatoire. Cette interprétation, sous l’une ou l’autre des deux formes principales que nous venons d'indiquer, se rattache bien au commencement du discours; car l'assimilation spirituelle par le moyen de la foi était certainement l’idée d’où était parti le Seigneur : «Je suis le pain de vie; celui qui vient à moi n'aura pas faim, et celui qui croit en moi n'aura jamais soif » (v. 35). Seulement on ne comprend pas bien, à ce point de vue, dans quel but Jésus donne à cette conception tout à fait spirituelle une expression de plus en plus paradoxale, matérielle et par conséquent inintelligible pour ses interlocuteurs. Si c’est là tout ce qu’il veut dire, même dans les derniers mots de l'entretien, ne semble-t-il pas jouer sur les mots et prendre à tâche de scandaliser inutilement les Juifs?

2. Cette difficulté très-réelle a poussé plusieurs commentateurs à appliquer ces expressions à l’acte de la sainte Cène que Jésus aurait eu en vue déjà dans ce moment-là et qui devait plus tard expliquer aux disciples le mystère de ces paroles. Mais cette explication ne soulève-t-elle pas la même difficulté que la précédente? A quoi bon cette allusion à une institution qui n'existait point encore et que nul ne pouvait prévoir ? Puis, ce qui rend surtout cette interprétation insoutenable, c’est le v. 53 : QSi vous ne mangez.…., si vous ne buvez…, vous n'aurez point la vie en vous-mémes. » Jamais Jésus n’a fait dépendre la possession de la vie éternelle de la participation à un acte extérieur quelconque; dans tout son enseignement, l’unique condition du salut, c’est la foi. L'école de Tubingue, qui s’est rattachée à cette interprétation, en a tiré un argument contre l’authenticité de l’évangile; et non sans raison, si elle était fondée. Mais le pseudo-Jean, qui eût voulu au second siècle mettre dans la bouche de Jésus une allusion à la sainte Cène, n’eût pas manqué d'employer le mot cou&, usité dans le texte de l'institution et dans les formules liturgiques, plutôt que celui de o@o6; et il n’eût pas songé à mettre dans la bouche de Jésus cette idée du salut par le sacrement, encore étrangère à la pensée de cette époque.

Pour discerner la vraie pensée du Seigneur, il faut, à ce qu'il

nous paraît, distinguer avec soin, dans le manger et le boire mystérieux ici décrits, acte de l’homme et le don divin, exactement comme Jésus les distingue v. 27. L’acte humain, c’est la foi, et la foi seule; et, pour autant que le manger et le boire désignent la part du croyant dans son union avec Jésus-Christ, ces termes ne dépassent point la portée que leur donne l'interprétation exclusivement spiritualiste; ce sont de simples images. Manger la chair, c’est contempler avec foi la sainte vie du Seigneur, s’en pénétrer et la reproduire; boire le sang, c’est également contempler avec foi sa mort violente, en faire sa propre rançon, en savourer l’efficace expiatoire. Et, pour le dire en passant, il ne faut point confondre, ainsi que le fait M. Reuss, ces expressions de chair et de sang, opposées l’une à l’autre, comme elles le sont ici (par leur liaison aux termes de manger et de boire), avec la formule ordinaire : La chair et le sang , désignant la personne humaine. Lücke (t. IT, p. 159) a fort bien fait ressortir la différence. «La chair et le sang, dit-il, envisagés comme distincts, désignent la vie et la mort humaines. » Mais si la part de l’homme, dans l’union mystique, se borne à la foi, cela ne détermine rien encore sur la nature du don divin communiqué au croyant. Ce don renferme d’abord le pardon (boire le sang); puis la venue du Saint-Esprit qui, comme le montreront les ch. XIV-X VI, fait vivre dans le croyant Christ lui-même et reproduit en lui cette sainte personnalité (manger sa chair). Mais est-ce là tout ? Non. Nous avons vu avec quelle insistance Jésus revient à chaque instant, dans le discours précédent, sur l’idée de la résurrection corporelle; il le fait de nouveau au v. 54, d’une manière encore plus significative. La vie qu’il communique au croyant n’est donc pas, selon lui, de nature purement morale; c’est sa vie complète, corporelle autant que spirituelle, sa personnalité tout entière. Comme les grains que renferme l’épi ne sont que la réapparition du grain de semence mystérieusement multiplié, ainsi les croyants sanctifiés et ressuscités ne doivent être que la reproduction, en milliers de vivants exemplaires, de Jésus glorifié. Le principe de cette reproduction est spirituel : l'Esprit, qui fait vivre Christ en nous; mais le terme de cette œuvre est physique: c’est le corps glorieux des fidèles, image du sien (1 Cor. XV, 49). Les grains dans

l’épi ne sont pas plus réellement la substance du grain de semence, que les fidèles glorifiés ne sont la substance spirituelle et corporelle de leur chef. Jésus savait, Jésus sentait profondément qu’il appartenait, corps et âme, à l'humanité. C’est dans ce sentiment, et non pour donner de gaieté de cœur un scandale à ses auditeurs, qu’il a employé les termes qui nous étonnent dans ce discours. Il n’y a de figure que dans les expressions : manger et boire. Mais le côté corporel de la communion avec lui est parfaitement réel et doit être pris à la lettre. (Nous sommes de son corps, de sa chair et de ses os, » dit un apôtre qui n’est pas suspect de matérialisme (Éph. V, 30); et, pour bien faire comprendre qu’il s’agit dans sa pensée de tout autre chose que d’une métaphore intelligible pour le premier écolier venu, il ajoute : € Ce mystère est grand, je dis cela par rapport à Christ et à l'Église » (v. 32). Ce mystère de notre union complète avec sa personne, qui est exprimé en paroles dans ce discours, est précisément celui que Jésus a voulu exprimer par un acte dans le rit de la sainte Cène. Il ne faut point dire que dans ce discours Jésus fait allusion à la sainte Cène; mais il faut dire que la sainte Cène ei ce discours se rapportent à une seule et même pensée, exprimée ici par une métaphore, là par un emblème. A ce point de vue la question délicate de savoir pourquoi Jésus se sert ici du mot o&pË, chair, et, dans l’institution de la sainte Cène, du mot cou, corps, se résout facilement. Quand il instituait l’emblème, il tenait un pain et le rompait; or, ce qui correspond à ce pain rompu, c'était son corps, comme organisme (cou) brisé. Dans le discours de Capernaüm où il s’agit uniquement de nutrition, en conformité avec le miracle de la multiplication des pains, Jésus devait présenter plutôt son corps comme subslance (c&pË) que comme organisme. Cette propriété parfaite des termes montre l’originalité et l’authenticité des deux formes.

Reste une question qui, au point de vue auquel nous venons de nous placer, n’a plus qu’une importance secondaire pour l’exégèse, celle de savoir si, à cette époque déjà, Jésus pensait à instituer la cérémonie de la sainte Cène’. Cela nous paraît probable. Il connaïssaïit

1. Sur le silence de Jean relativement à cette institution, voy. ch. XHII.

sa mort prochaine; la nouvelle du meurtre de Jean-Baptiste venait d’en réveiller en lui le pressentiment (Matth. XIV, 13); il la rapprochait, dans sa pensée, du sacrifice de l’agneau pascal; il savait qu’elle serait pour la vie du monde entier ce que l’immolation de l'agneau avait été pour l'existence du peuple d'Israël. Quoi de plus naturel, que d'arriver de ces prémisses à l’idée d’un banquet commémoratif de sa mort, comme le repas pascal l'était du sacrifice de l’agneau ? L'institution de la sainte Cène n’aurait donc pas été une inspiration du moment; dès longtemps Jésus aurait porté cette pensée dans son

cœur. Depuis quand? Depuis le jour peut-être où, privé de la joie de célébrer la Pâque à Jérusalem et voyant accourir de tous côtés les multitudes, il leur improvisa une Pâque, rivale de celle qui allait se célébrer dans la ville sainte. Ce banquet, offert à ses diseiples comme un dédommagement momentané, se transforma plus tard, dans la sainte Cène, en une institution permanente. C’est là le point de vue auquel voulait dès ie commencement nous placer saint Jean, lorsqu'il disait (v. 4) : « Or la Pâque, la fête des Juifs, était proche; » et c’est probablement ce rapprochement qui a inspiré aux quatre évangélistes cette expression, si semblable à celle de l’institution de la sainte Cène, par laquelle ils commencent tous quatre le récit de la multiplication des pains : « 1! prit Le pain el rendit grâces. »

V. 59. «Jésus dit ces choses enseignant dans la synagogue à Capernaüm. » — Il y avait assemblée régulière de synagogue les second, cinquième et septième jours de la semaine. Le jour de la Pâque doit être tombé, en lan 29, sur le lundi, 18 avril (voy. Chavannes, Revue de théol. 3° série, t. [”, p. 209 et suiv.). Si la multiplication des pains eut lieu la veille de la Pâque (v. 4), le jour où Jésus prononça ce discours dut être par conséquent le second de la semaine, qui était un jour d’assemblée. Mais dans quel but l’évangéliste intercale-t-il ici cette notice ? Veut-1l uniquement donner un détail chronologique ? Il est difficile de le croire. Tholuck pense que son but est d'expliquer la nombreuse assistance que suppose le récit suivant (odv, v. 60). N'est-ce

point un peu recherché ?1Il nous paraît plutôt qu'après avoir rendu compte d’un discours aussi solennel, l’évangéliste sent le besoin de fixer à jamais le lieu de cette scène mémorable. Pour sentir cette intention, il faut d’abord observer le manque d'article devant ovvaxywyh, puis rattacher le régime &v ouvaywyÿ, non point à etrev, mais à dÜdoxwv, et paraphraser ainsi : (Il parla de la sorte, enseignant en pleine synagogue, à Capernaüm.» Le terme dtôadoxov, qui désigne un enseignement proprement dit, rappelle la mamère dont Jésus avait expliqué et discuté les textes scripturaires, v. 91 et 35; 1l est aussi en rapport avec la solennité de cette scène.

Les auditeurs avaient interrogé, murmuré, débattu ; maintenant ce sont les mieux disposés d’entre eux, et même quelques-uns des disciples, qui se font les organes du mécontentement général.

V. 60. «Aprés l’avoir entendu parler ainsi, plusieurs de ses disciples dirent: Cette parole est dure ; qui peut l'écouter ?» — Selon de Wette, Meyer, cette exclamation se rapporte à l’idée de la mort du Messie, le grand scandale des Juifs; selon Tholuck, Hengstenberg, à l’orgueil apparent avec lequel Jésus rattachait à sa propre personne le salut du monde; selon plusieurs anciens, Lampe et d'autres, à la prétention de Jésus d’être un personnage descendu du ciel. Il me paraît difficile de l'appliquer à autre chose qu'au contenu paradoxal des dernières paroles de Jésus : l'obligation de manger sa chair et de boire son sang. C’est là l’idée la plus saillante à la fois et la plus choquante dans ce qui précède. Grossièrement comprise, elle pouvait bien révolter même des disciples. — Le terme paënrar désigne des gens qui s'étaient attachés à Jésus, qui le sui-

vaient habituellement et qui avaient même rompu avec leurs occupations ordinaires pour l’accompagner (v. 66) ; c'était du milieu d’entre eux que Jésus avait choisi, peu de temps auparavant, les Douze (Luc VI, 12-16). — ZxAnooc (proprement dur, coriace) ne signifie point ici: obscur (Chrysostome, Grotius, Olshausen), mais : difficile à accepter. Ils croient comprendre ; mais ils ne peuvent admettre. — Tis duvarou, «qui est de force à...» — Axovety, «écouter tranquillement, sans se boucher les oreilles.»

V. 61-65. «Mais Jésus, sachant! en lui-même que ses disciples murmuraient là-dessus, leur dit : Gette parole vous scandalise ? 62 Et si vous venez à voir le Fils de l’homme montant là où il était auparavant? 63 C'est l'Esprit qui vivifie; la chair est sans efficace. Les paroles que je vous dis” sont esprit et vie.» — Comme l’observe Lange, les mots «en lui-même» n’excluent point l’aperception de quelques signes extérieurs, mais signifient que Jésus n’eut besoin d'aucune interrogation pour comprendre ces symptômes. — Le mot cxavôa£ety doit se prendre ici dans le sens le plus grave, comme Luc VIT, 28 : faire broncher, quant à la foi.

Les mots éav oùv (v. 62), que nous avons traduits par el si, ne s'appuient sur aucune proposition principale. Il faut en suppléer une. Mais il n’est pont nécessaire de faire un détour en sous-entendant : «Que direz-vous alors?» Le résultat du Sewgety (voir) peut se formuler d’une manière plus directe : « Votre scandale ne cessera-t-il pas ?» ou bien au contraire : «Ne serez-vous pas encore bien plus scandalisés ?» Cest cette seconde question que sous-entendent de Wette, Meyer, Lücke. Il faut alors rapporter l'expression

L. Au de duc de, À lit eyvo ovv et ajoute x devant etmev. 2. Au lieu de Axkw, K BGDK LTU 16 Mnn. It. Vg. Or. lisent Xekalnxo.

«monter là où il était auparavant» à la mort de Jésus : «Vous êtes scandalisés de m’entendre annoncer ma mort ; combien le serez-vous davantage, en contemplant réellement ce fait!» Mais ce raisonnement aurait peu de force : un fait n’est pas plus difficile à accepter que la déclaration qui l’annonce. Puis, l'expression monter, qui est le pendant de celle de descendre employée dans tout ce chapitre pour désigner l’incarnation, fait bien plutôt penser à l'ascension de Jésus, à son retour dans la gloire, qu'à sa mort. Jésus dit, après sa résurrection: «Je ne suis pas encore monté» (XX, 17). Sa mort n’est donc point ce qu'il appelle ici son retour. Lorsqu'il réunit à dessein ces deux notions , la suspension à la croix et l’élévation dans le ciel, dans une expression amphibologique (ME, 14; XIF, 92), il dit Vboëñva, et non dvaBatyew. Enfin, il est difficile, dans ce sens, d'établir une liaison aussi directe entre le v. 62 et le v. 63, que celle que suppose l’aposiopèse qui sépare ces deux versets. La seule explication conforme aux expressions du texte est, comme la reconnu Hilgenfeld lui-même, l’ancienne interprétation des Pères qui rapportent ces mots à l’Ascension proprement dite. Sans doute il n’y a que les Douze qui, dans le sens matériel, aient vu ce fait; mais, par leur témoignage, tous les croyants le contemplent. Jésus applique même l’expression de voir aux Juifs incrédules (Matth. XXVI, 63): « Dés ce moment, vous verrez le Fils de l’homme assis à la droite de la puissance de Dieu et venant sur les nuées du ciel.» Dans ce sens, la pensée de Jésus se comprend facilement : «L'idée de manger ma chair vous scandalise? Elle vous paraîtra plus absurde encore quand vous me verrez monter aux cieux. Mais alors aussi votre scandale cessera et vous comprendrez de quelle manducation j'ai voulu parler.» Le v. 63 se rattache tout naturellement, comme nous le ver-

rons, à l'idée du v. 62 ainsi comprise. Lücke, Meyer et d’autres allèguent, contre l'application de ce verset à l’Ascension, que ce fait n’est point rapporté par Jean, et qu'il n’est mentionné que dans les écrits des disciples des apôtres, Marc et Luc. Pour qui comprend le plan du quatrième évangile et le rapport de ce livre aux Synoptiques, il ne résulte pas de là une objection. Jean ne mentionne pas davantage l'institution de la sainte Cène; en résulterait-1l qu'il lignore ou la nie ?

L’explication du v. 63, en rapport avec celle que nous venons de donner du v. 62, est celle-ci: «En voyant disparaître ma chair, à mon retour dans le ciel, vous comprendrez que le principe vivifiant dont j'ai voulu parler, en disant : Si vous ne mangez ma chair, si vous ne buvez mon sang, c'est l'Esprit, et non la substance matérielle.» La Pentecôte : voila donc le grand fait que promettait avant tout Jésus dans les paroles précédentes ; c’est par l'Esprit que se réaliseront les promesses v. 53-58. Ainsi s'explique l’analogie singulière des termes du v. 56 avec ceux des ch. XIV-XVIL Seulement, pour que l’explication donnée par Jésus dans le v. 65 ne prenne pas le caractère d’une rétractation, il faut bien se rappeler que le Seigneur, en se communiquant à nous par l’action de l'Esprit, nous incorpore sa personnalité tout entière. Saint Paul développe dans le même sens l’idée du second Adam comme Esprit vivifiant (4 Cor. XV, 45). Ce n’est pas seulement l’expression identique nvedua Éworouby, qui rapproche ces deux passages : c’est surtout l’idée de la résurrection corporelle à laquelle Jésus revient si souvent dans son discours et qui est l’objet principal du chapitre de saint Paul.

La Bible ne connaît pas l’antagonisme fort peu philosophique que le cartésianisme a introduit dans la pensée moderne, entre l'esprit et la matière: QI y a, dit saint

Paul, un corps spiriluel» (1 Cor. XV, 44). Ce que Jésus nie positivement dans le v. 63, c’est une communication quelconque de lui à nous opérée par un autre agent que l'Esprit. Le terme la chair, dans ce verset, signifie donc : la chair telle quelle et matériellement mangée. Par les termes Esprit et chair, Ghrysostome et d’autres entendent l'intelligence spirituelle et la compréhension grossièrement littérale. Ce sens est aussi forcé que celui des interprètes luthériens, qui appliquent la première de ces expressions à la vraie célébration de la sainte Cène, la seconde, à l'usage purement extérieur du sacrement.

Jésus a rectifié le malentendu des auditeurs, au v. 62 par un argument historique, le fait de l’Ascension; au v. 63 a par une preuve tirée de l'essence des choses, le rôle nécessaire de l'Esprit dans toute communication vitale ; le v. 63 b contient l'application de cette démonstration. Si Jésus disait seulement : sont esprit, on pourrait expliquer : «ont un caractère spirituel, doivent être prises dans un sens figuré» (Augustin). Mais Jésus ajoute : ef sont vie; et ces mots ne se prêtent plus à cette interprétation. Jésus veut dire plutôt que ses paroles sont lincarnation pure de l'Esprit et le véhicule de la vie. Il en résulte qu’elles ne pourront jamais accorder une valeur quelconque à la chair comme telle et que celui qui leur attribue un pareil sens, commet infalliblement une méprise ; car, comme l'Esprit est la vie, la chair, séparée de lui, doit n’être que mort (Rom. VII, 6). — La leçon alexandrine Xe)æhnxx («les paroles que J'ai dites») restreint l'application de ce principe aux discours précédents. D’après la leçon byzantine Xa1ô («les paroles que je dis»), ces mots indiquent la nature constante des paroles de Jésus. Malgré la préférence de Lachmann, de Wette, Mever, Tischendorf, pour la première, la présence du pron. yo décide pour la seconde; ce mot met la nature

des paroles én rapport avec lé caractère de la personne : «Les paroles que prononce un être tel qué moi, ne peuvent être en tout temps qu'esprit et vie.»

V. 64 et 65. «Mais il en est parmi vous quelques-uns qui ne croient point. Car Jésus' savait dès le commencement quels étaient ceux qui ne croyaient point et quel était celui qui le trahirait ; 65 et il ajouta : C’est pour cela que je vous ai dit que personne ne peut venir à moi, à moins que cela ne lui soit donné par mon Père.» — À l’exclamation : « Cette parole est dure ,» Jésus avait répondu: Elle n’est dure qu'autant qu’on lui donne un sens antipathique à sa nature, non spirituel. Mais, ajoute-t-1l maintenant, son vrai sens n’est pas à la portée de tous. L'expression quelques-uns limite à un petit nombre de ses disciples ce jugément sévère. — L’évangéliste motive, dans la seconde partie du verset, la déclaration de Jésus, dans la première. Le mot && aoyñc, dès le commencement, s’applique sans doute aux commencements du ministère de Jésus , lorsqu'il se mit à rassembler des disciples autour de lui. Comp. XV, 27 ; XVI, 4; Act. I, 21. 99. Tholuck, de Wette, rapportent cette expression au commencement de la relation de Jésus avec chaque individu; Lange, au premier germe d'incrédulité dans un cœur ; Chrysostome, Bengel, au moment où les auditeurs avaient commencé à murmurer. Ges applications paraissent moins naturelles. — Kat : el même. — L'expression «quel était celui qui» est écrite, non au point de vue d’une prédestination fataliste, mais tout simplement à celui du fait accompli. Comp. v. 71. Mais, demande-t-on, si cette trahison était réellement prévue par Jésus dès le commencement, comment a-t-il pu mettre Judas au rang des Douze? Nous ne connaissons qu’une ré-

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