II
aller.» Il ne faut pas oublier que, dans l'emploi de ces particules, il y a dés nuances de sentiment qui empêchent d'en assujettir le sens à des règles aussi rigoureuses qu'on se le figure quelquefois. — Le xai devant dueis, vous aussi, distingue fortement les apôtres des autres disciples. — Auquel d’entre eux visait Jésus en décochant ce trait? La fin de l'entretien le fera comprendre.
Pierre se hâte de prendre la parole, et, sans peut-être s'inquiéter assez de savoir si son sentiment est partagé par tous ses collègues, il se fait leur organe ; c'est le Pierre que nous retrouvons dans les Synoptiques et dans les Actes, le joyeux et hardi confesseur. Sa réponse (v. 68) exprime deux faits : le vide profond de tout autre enseignement, la vivifiante richesse de celui de Jésus. Gette confession dé Pierre est comme un écho de la parole de Jésus v. 63: «Mes paroles sont esprit et vie.» L'expérience des vrais croyants est déjà là pour confirmer les prétentions du Maître. En substituant «les paroles » à «des paroles,» nos traductions ordinaires transforment en une formule dogmatique un simple cri d'expérience et de sentiment.
Le v. 69 exprime la conclusion tirée par les apôtres euxmêmes de l'expérience décrite au v. 68. Le pron. quets les oppose à ceux qui viennent de déserter. Les verbes au parfait indiquent des faits désormais acquis et sur lesquels il n’y a pas à revenir. Jésus peut prononcer devant eux les choses les plus étranges : n'importe; la foi qu'ils ont en lui et la connaissance qu'ils ont de lui leur font d'avance tout accepter. Il est une connaissance qui précède la foi (1 Jean IV, 16); mais il emest une aussi qui la suit et qui a un caractère plus intime et plus profond (Phil. HE, 10); c’est de cette dernière que parle ici saint Pierre. Le contenu de sa profession est formulé assez différemment dans les deux lecons alexandrine et byzantine. En soi, la seconde a plus
de vraisemblance, l'idée de Fils du Dieu vivant se rattachant parfaitement à l’ensemble du chapitre. Comp. v. 57: «Le Père qui est vivant.» Ce qui la rend suspecte, c’est sa ressemblance avec la confession de Pierre Matth. XVF, 16. Le poids des anciennes Vss. fait d'alleurs pencher la balance en faveur de la leçon alexandrine. Il est vrai qu'il est plus difficile de trouver ici l’à-propos de cette dénomination : le saint de Dieu. Jésus est probablement désigné ainsi commé l'être divinement envoyé et consacré pour donner la vie au monde. Comp. v. 27: «Celui que le Père, Dieu, a marqué de son sceau.»
V. 70 et 71. «Jésus leur répondit: N'est-ce pas moi qui vous ai choisis, vous, les Douze‘? Et l'un’ de vous est un démon! 71 Or il parlait de Judas Iscariote*, fils de Simon; car c'était lui qui devait le trahir, lui, l’un° des Douze.» — Pierre avait parlé au nom de tous; Jésus déchire le voile que cette profession, en apparence unanime, jetait sur l’incrédulité cachée de l’un d'eux. Non-seulement il veut par là mettre sa responsabilité à couvert vis-à-vis de Judas; mais il veut prévenir le scandale qu'aurait pu causer aux apôtres la pensée que leur maître avait manqué de discernement. Voilà pourquoi Jésus adresse sa réponse, non pas à Pierre seul, mais à tous (aurots). Il rappelle d’abord le fait qui paraissait impliquer la communauté de foi afüirmée par Pierre. «N'est-ce pas moi qui ai fait choix de vous ?» Le mot é6ehséaum est le même que celui de Luc VE, 13 : éxhséauevos ax adtoy dwdsxa. L’aoriste indique un fait