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neux de le voir tomber entre les mains de ses ennemis (Euthymius). La vérité est entre ces deux extrêmes. Ils sont embarrassés à l'égard des prétentions de leur frère : d’un côté, 1ls ne sauraient nier les faits extraordinaires dont ils sont chaque Jour témoms; de l’autre, ils ne peuvent se décider à envisager comme le Messie cet homme qu'ils sont habitués à traiter sur le pied de la plus entière familiarité. Ils désirent donc le voir sortir enfin de la situation équivoque qu'il se crée à lui-même et dans laquelle 1l les place tous en se tenant si obstinément éloigné de Jérusalem. S'il est vraiment le Messie, pourquoi craindre en effet de se montrer à des juges plus compétents que les ignorants Galiléens? La capitale n'est-elle pas le théâtre sur lequel le Messie doit jouer son rôle, et d’où doit partir la reconnaissance de sa mission ? La fête prochaine qui semble faire à Jésus un devoir d'aller à Jérusalem, leur paraît aussi le moment favorable pour une démarche décisive. I] y a une cerlaine analogie entre cette invitation des frères et la demande de Marie, ch. Il, comme il y en aura une aussi entre la manière d'agir du Seigneur dans le récit suivant sk sa conduite aux noces de Cana.
Qu’entendent les frères par ne «les Hat aies » (v. 3)? Il semble qu'ils n’appliquent ce nom ‘qu'aux adhérents de Jésus en Judée. Et en effet, c'était là seulement que Jésus avait proprement fondé une école, semblable à celle de Jean-Baptiste, par l'acte solennel du baptême. IV, 1: «Les pharisiens avaient entendu que Jésus faisait et baptisait plus de disciples que Jean-Baptiste.» On avait sans doute dit et répété tout cela en Galilée; on avait fait grand bruit de ces nombreux adhérents de Jésus en Judée et à Jérusalem, à la tête desquels devaient même se trouver des membres du sanhédrin. Ses frères lui rappellent avec d’autant plus d’à-propos ses succès antérieurs en Judée que,
depuis la scène du ch. VE, la plupart de ses disciples proprement dits en Galilée l'avaient quitté, et qu'il n’était plus environné que d’une multitude flottante. Ils veulent donc dire: «Ces œuvres messianiques que tu prodigues sans résultat à ces foules, va donc les faire enfin dans les lieux où l’on. dit que tu t'es formé une école et où tu auras des témoins plus dignes d’un tel spectacle et plus capables d’en tirer une conclusion sérieuse. » Il n’est donc pas nécessaire de sous-entendre, avec Lücke et d’autres, éxet: «tes disciples lä-bas», ou d'expliquer comme Hengstenberg : «tes disciples dans le peuple entier. » Jean aurait certainement dû ajouter un mot pour indiquer l’un ou l’autre de ces sens. Le terme de paônrat, pris, comme il l’est ici par les frères, dans un sens un peu emphatique et ironique, se déterminait suffisamment lui-même.
Lücke à parfaitement rendu, par une traduction latine, la construction du v. 4: Nemo enim clam sua agil idemque cupit celeber esse. La négation dans oddets porte aussi sur ti: Q Personne ne fait rien en cachette. » Atos se rapporte au sujet prétendu de tout, nié par obdets : QÜe moüv-là, s'il existe.» — Kat: et en même temps. Gette copule fait ressortir la contradiction entre la prétention et la conduite. — Ev raSono'a est employé ici dans le même sens que Col. IL, 15: en public. ’Ey ragônoia elvau , in ore hominuim versari (Lücke). — En disant et, si, les frères ne révoquent pas positivement en doute la réalité des miracles de Jésus. Ceeë est presque un émet, puisque. Au point où il en est, il faut, à leurs yeux, que Jésus avance ou recule; et certainement, absolument parlant, ils ont raison : la question messianique ne doit pas se décider en Galilée ; c’est bien une question de xoopoç. Reste la question de temps, que Jésus se réserve. — Par xôouos, le monde, les frères entendent évidemment le grand théâtre de la vie humaine, telle qu’ils la connaissent,
Jérusalem. — Le style du v. 4 à un cachet particulièrement hébraïque: ce: sont les paroles des frères de Jésus prises sur le fait.
Hengstenberg et"Lange font les plus grands efforts pour concilier le v.5 avec leur hypothèse, d’après laquelle trois. des frères de Jésus auraient été apôtres. Hengstenberg fait remarquer d'abord que ces mots peuvent se rapporter à Jose, le quatrième frère de Jésus, et puis aux maris de ses sœurs. Mais, sentant bien l'insuffisance de cette observation, il cherche ensuite à atténuer, comme Lange, le sens de ce mot : «Üs ne croyaient pas ;» il n’y voit qu'un manque de: foi partiel et momentané et cite les différents cas où les apôtres ont manqué de foi dans quelque circonstance particuhère. Mais cette incrédulité relative, comme ils l’appellent, ne rend point compte de l'expression absolue : « Îls ne croyaient point en lui,» surtout renforcée, comme elle l’est, par le mot non plus, qui place les frères dans la catégorie générale des incrédules galiléens. La leçon de DL: «lis ne crurent pas,» est certainement une correction destinée à faciliter cette interprétation forcée. La suite d’ailleurs l'exclut. Comment Jésus pourrait-il adresser à ses frères apôtres ces mots sévères : «Le monde ne peut vous hair » (v. 7), tandis que XV, 19 il dit aux apôtres: «Si vous éhez du monde, le monde aimerait ce qui est à lui; mais parce. que vous n'éles pas du monde.., c'estpour cela que le monde vous hat.» Il résulte donc de cette remarque de Jean que les propres frères de Jésus ne le reconnaissaient pas pour le Messie ; seulement, partagés entre l'impression que produisaient sur eux ses miracles et les doutes insurmontables de leur cœur charnel, ils désiraient arriver à une solution. Cette attitude est très-naturelle et parfaitement conforme au rôle qu'ils jouent dans les Synoptiques. Comp. surtout Marc IE. — La complète sincérité du récit de Jean paraît
par la franchise avec laquelle il s'exprime sur ce fait si humiliant pour son héros (voir Tholuck). Les expressions des frères v. 3 et 4 renferment également une confirmation indirecte de tout le tableau du ministére@liléen retracé par les Synoptiques (le même).
V. 6-8. «Jésus leur dit : Mon temps n’est pas encore‘ venu; mais pour vous, votre temps est toujours là”. 7 Le monde ne peut vous haïr ; mais il me hait, parce que je° rends témoignage sur son compte* que ses œuvres sont mauvaises. 8 Montez, vous, à cette fête‘; pour moi, Je ne monte pas” à cette fête-ci, parce que mon temps n'est pas encore accompli.» — Jésus ne pouvait expliquer à ses frères les raisons qui lempêchaient de déférer à leur vœu et de se présenter déjà alors à Jérusalem dans l'éclat de sa dignité messianique. Il eût dû leur dire: «Ce que vous me demandez, sera le signal de ma mort, et il n’est pas temps encore pour moi de quitter la terre.» Ils voulaient qu'il entrât à Jérusalem comme il y est entré en effet le jour des Rameaux ; mais ce jour a immédiatement amené celui du Vendredi-Saint. Cette explication dans laquelle Jésus ne veut m ne peut entrer, il la fait néanmoins pressentir par ces mots: «Le monde me hait.» Et c’est cette réticence légitime et même commandée par la prudence qui donne à sa réponse son caractère énigmatique. — Le terme xautoéc, moment favorable, doit s'entendre d’une manière assez large pour pouvoir s'appliquer et à Jésus (v. 6 a) et à ses