‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean ... . Tome secondChapitre 53 sur 278 · ND It. Ve. Cop. lisent two oyAw au lieu de tots oyhocs · texte numérisé non relu

ND It. Ve. Cop. lisent two oyAw au lieu de tots oyhocs

IT

Pendant la féte: VIE, 14-56.

La première agitation s'était calmée; chacun vaquait tranquillement à la célébration de la fête, quand tout à “coup Jésus paraît dans le Temple et se met à y enseigner. Les autorités n'avaient pris contre lui aucune mesure ; et il lui restait assez de temps pour accomplir son œuvre, en conviant à la foi ce peuple venu de toutes les contrées du monde. |

Ce morceau renferme trois enseignements de Jésus, dont le thème lui est fourni à chaque fois par une réflexion de ses auditeurs ou une démarche de ses advérsaires. Le premier est une justification de sa doctrine et de sa conduite (v. 14-24); le second, une déclaration énergique de son origine divine (v. 25-30) ; le troisième contient l'annonce dé sa fin prochaine et rend les Juifs attentifs aux conséquences que ce départ aura pour eux (v. 31-56).

La différence de ton entre ces trois témoignages est sensible : d'abord l'apologie, puis la protestation, enfin lavertisserment et la menace.

4. Apologie de l’enseignement et de la conduite de Jésus : v. 14-24.

4° V.. 14-18 : L'enseignement.

V. 14 et 15. «Cependant, comme la fête était déjà à demi écoulée, Jésus monta au Temple ; et il y enseignait. 19 Et les Juifs s'étonnaient, disant: Comment celui-ci connaît-il les Écritures, n'étant point un homme qui ait étudié?» — La question des Juifs ne portait pas sur la compétence de Jésus (comme le pense Tholuck, d’après les usages rabbiniques des temps postérieurs); mais leur étonnement provenait plutôt, d’après le texte, de l’assurance et de l’habileté avec lesquelles Jésus maniait les

déclarations scripturaires. — Il ne faut point sous-entendre YoaupaTtax avec penaîmxws, comme le font nos traducteurs («ne Les ayant point étudiées»). Mepatmxds est absolu: (N'ayant pas été disciple, n'ayant point passé par l’école des maîtres.» — T'ocuuata désigne la littérature en général, et non pas seulement les saintes Écritures (yoxpai, iso yoaupata). Comp. Act. XXVI, 24. Mais comme les écrits sacrés étaient chez les Juifs l’objet essentiel des études littéraires, yoawuata désigne certainement en première ligne les Écritures. — Cette parole des adversaires de Jésus prouve, comme Meyer l’observe avec justesse, que c'était un fait généralement connu que Jésus n'avait reçu aucun enseignement humain.

V. 16 et 17. «Jésus leur répliqua disant : Mon enseignement n’est pas de moi, mais de celui qui m'a envoyé; 17 si quelqu'un veut faire sa volonté, il reconnaîtra si cet enseignement vient de Dieu ou si je parle de mon chef.» — Jésus entre dans la pensée de ses auditeurs : pour enseigner, il faut certainement avoir été disciple. Et 1l montre quil satisfait à cette condition: «Je n’ai pas passé par l’enseignement de vos rabbins; mais Je sors néanmoins d’une école, et d’une bonne école. Celui qui m'a donné ma “mission, m'a aussi appris mon message, de sorte qu’en enseignant je ne tire rien de mon propre fonds. Renonçant à toute pensée propre, je ne travaille qu'à saisir avec docilité sa pensée et à la reproduire fidèlement.»

Mais comment vérifier une telle assertion ? Le v. 17 en indique le moyen. L'enseignement de Jésus-Christ, dans sa portée la plus élevée, n’est qu'une divine méthode de sancüfication ; quiconque par conséquent cherche sérieusement à faire la volonté de Dieu, c'est-à-dire à se sanctifier , -éprouvera bientôt la divine efficacité de cette méthode et “rendra infailliblement hommage à l’origine divine de lÉ-

vangile. — Plusieurs interprètes, surtout parmi les Pères (Augustin) et les réformateurs (Luther), ont entendu par la volonté de Dieu, non, comme nous venons de le faire, lidéal moral formulé par la loi ou perçu par la conscience, mais le commandement même de la foi en Jésus-Christ : €Celui qui voudra obéir à Dieu, en croyant en moi, ne tardera pas à se convaincre par sa propre expérience qu'il a eu raison d'agir ainsi.» Le sens de Lampe se rapproche de celui-là; il rapporte ici la volonté de Dieu aux préceptes de la morale chrétienne: «Celui qui voudra pratiquer ce que je commande se convaincra bientôt de la divinité de. ce que j'enseigne.» M. Reuss également : «Jésus à déclaré (Jean VIE, 17) que, pour comprendre ses discours, il fallait commencer par les mettre en pratique» (t. [, p. 160). La pratique sérieuse de la loi évangélique doit conduire en effet à la foi au dogme chrétien. Mais, si vraies que puissent être en elles-mêmes toutes ces idées, il est évident que Jésus ne peut employer ici le mot volonté de Dieu que dans un sens admis par ses adversaires et applicable à leur position actuelle, ce qui exclut l'application de cette expression. à la foi ou à la morale chrétienne. Le sens de cette parole revient à celui de V, 46: «Si vous croyiez sérieusement 4 Moîse, vous croiriez aussi en moi,» ou de IT, 21 : «Celui qui pratique la vérilé, vient à La, lumaëre.» D'une part, la sublimité sainte de l'Évangile se révèle à une âme avide de perfection avec un éclat immédiat et irrésisüble ; de l’autre, impuissante qu’elle est à réaliser l'idéal qui fuit devant elle à mesure qu’elle croit s’en rapprocher, elle est forcée de chercher le repos et la force dans les bras de lenvoyé divin qui se révèle à elle comme son Sauveur. La foi n’est done pas le résultat d’une opération logique; elle se présente à l’âme comme le moyen efficace de satisfaire le plus légitime de tous nos besoins, celui de sainteté. — @£n,

veut, n'indique que l'aspiration sincère, l'effort sérieux; car la réalisation de la sainteté reste impossible en dehors dé la foi, et c’est précisément là ce qui pousse l'âme à la foi.‘

1. Qu'il nous soit permis de citer ici un trait de l'histoire des missions: qui nous. a paru fournir le plus beau commentaire de cette sublime parole de Jésus..Ilest tiré du récit du séjour à Lha-ssa, capitale du Thibet, de MM. Huc et Gabet, missionnaires catholiques en Chine, en 1846. «Un médecin, originaire de la province de Yun-nan, montra plus de générosité. Ce jeune homme, depuis son arrivée à Lha-ssa, menait une vie si étrange que.tout le monde le nommait l'Ermile chinois. I ne sortait que pour aller voir ses malades, et ordinairement il ne se rendait que chez les pauvres. Les riches avaient beau le solliciter ; il dédaignait de répondre à leurs invilations, à moins qu'il n’y fût forcé par la nécessité d'obtenir quelques secours; car il ne recevait jamais rien des pauvres. au/service desquels il's'était voué. Le temps qui n'était pas absorbé par la visite des malades, il le consacrait à l'étude; il passait même la majeure partie de la nuit sur ses livres. Il dormait peu et ne prenait par jour qu'un seul repas de farine d'orge, sans qu'il lui arrivât jamais d’user de viande. Il n’y avait, au reste, qu’à le voir pour se convaincre qu'il menait une vie rude. et pénible: sa figure était d'une pâleur et d'une maigreur.extrêmes; et quoiqu'il fût âgé tout au plus d’une trentaine d'années, il avait les cheveux presque entièrement blancs. Un jour il vint nous voir pendant que nous récitions le bréviaire dans notre petite chapelle: il s'arrêta à quelques pas de la porte et attendit gravement et en silence. Une grande image coloriée, représentant le crucifiement, avait sans doute fixé son attention ; car aussitôt que nous eùmes terminé nos prières, il nous demanda brusquentent, et sans s'arrêter à nous faire les politesses d'usage, de lui expliquer Ce que signifiait cette image. Quand nous eûmes satisfait à sa demande, il croisa les bras sur sa poitrine, et, sans dire un seul mot, il demeura immobile et les yeux fixés sur l'image dû crucifiement ; il garda cette position pendant près d’une demi-heure; ses yeux enfin se mouillèrent de. larmes; il étendit les bras vers le Christ, puis tomba à genoux, frappa trois fois la terre de son front et se releva en Ss'écriant : «Voilà le seul Bouddha que les hommes doivent adorer!» Ensuite il se tourna vers nous, ‘et après nous avoir fait une profonde inclination, il ajouta: «Vous êtes mes maîtres, prenez-moi pour voire «disciple » (Voyage en Tartarie et en Thibet, t.W, p..325-328). — Telle est l’affinité profonde qui existe entre l’âme qui veut le bien et le Christ qui le réalise. |

V. 18. Ce verset explique la manière dont: se réalisera cette démonstration toute morale de la divinité de l'Évangile: «Gelui qui parle de son chef, cherche sa propre gloire; maïs celui qui cherche la gloire de celui qui l’a envoyé, celui-là est véridique, et. il n'y a pas d'injustice en lui.» — On envisage d'ordinaire ce .v..18 comme une seconde preuve Juxtaposée à la première: v.,17, la preuve d'expérience interne ; v. 18, le critère objectif. L’asyndélon entre les v. 17 et 18 n’est pas favorable à cette éxplication ; le v. 48 doit plutôt être une confirmation vivement sentie de la pensée du v. 47. Un caractère, dans l'Évangile, est surtout propre à frapper l’homme avide. de sainteté : c'est que tout y tend à glorifier Dieu, et Dieu seul. Or, du but il est aisé de conclure à l’origme.: si tout, dans l'Évangile , est en vue de Dieu, tout aussi doit: y provenir de Dieu. Cette parole explique donc la manière dont s’accomplira le yvocétor, il connaîtra (v. 17): elle formule le Syllogisme moral par lequel l’âme avide du bien arrivera à reconnaître Dieu dans l'Évangile. En même temps cette parole contient. la réponse à l'accusation de ceux des auditeurs qui disaient: (Îl égare le peuple. » Celui qui trompe les autres , le fait en vue de lui-même, et non pas de Dieu. Le messager qui ne cherche que la gloire du maître qui l'envoie et ne trahit aucun Intérêt personnel dans ses commupications, donne, en cela même, la preuve de la fidélité avec laquelle il rend son méssage; aussi certainement il ne dit rien en vue de lui-même, aussi certainement il -ne dit rien non plus de son propre chef. Le v. 18 a le caractère d’une maxime générale; mais l'application que Jésus en fait à lui-même, est transparente. — Ce raisonnement peut Sappliquer à la Bible entière : Dieu y est glorifié de la première page à la dernière, et Dieu seul. L'homme dans ce livre est constamment humilié; donc ce

livre est de Dieu. C’est l'argument qui atteint directement la conscience.

Les dérniers mots du v. 18: «Et il n'y & pas d'injuslice en lui,» renferment là transition du Xæhetv (parler), vx. 17- F8, au rotiv (faire), v. 19:93. La parfaité véracité dans le messag'e est accompagnée de la parfaite droiture: dans la conduite. L’humilité du messager, qui ne cherche que la gloire de son maître, est à la fois la garantie de l’une et de l'autre. Si nous n'avions pas les versets suivants, nous pourrions penser que ces derniérs mots ne s'appliquent qu'à l'accusation du v. 12; mais l'argumentation qui suit v. 19- 23 montre que Jésus pense spécialement à l'accusation qui pesait sur lui comme violateur du sabbat (ch. V), et par laquelle on cherchait cértainément à justifier ce jugement général : «1! égare le peuple.» Il n’y a donc aucune raison dé donner à aûtxtx, comme le font plusieurs imterprètes, le sens de mensonge ; ce serait briser le lién que Jésus luimêriée établit par ces derniers mots entre ce qui précède et ce qui suit. On voit: que l’inculpation dont il avait été Pobjéet au ch. V ne lui avait pas été indifférente, et combien il tenait à enlever à l’imcréduhité tout prétexte.

2° V. 19-24 : La conduite de Jésus.

V.19-23. « Moïse ne vous a-t-il pas donné: la loi? Et cependant aucun de vous n'accomplit la loi! Pourquoi cherchez-vous à me faire mourir ? 20 La foule l'interrompit en disant: Tu es possédé d’un démon; qui est-ce qui cherche à te faire mourir ? 21 Jésus répondit et leur dit : J'ai fait une œuvre, et pour cette œuvre’, vous êtes tous dans l'étonnement. 22 Moïse vous a donné la circoncision (non qu'elle soit de Moïse, mais elle vient

1. BDH lisent edwxey contre les 15 autres Mjj. qui ont dsdwxev. 2. N'omret dua TOUTO.

PREMIER CYCLE. — CHAP. VII, 18-93. 169 des pères), et le jour du sabbat vous circoncisez un homme. 23 Si un homme recoit la circoncision en un jour de sabbat, pour que la loi de Moïse ne soit pas violée, pouvez-vous vous irriter contre moi de ce que j'ai guéri un homme tout entier en un jour de sabbat ? » —Ce passage est un exemple de l’habileté avec laquelle Jésus appliquait la loi. Mais, pour comprendre cette argumentation, il faut se garder de généraliser, comme le font la plupart des interprètes, l'application du v. 19. On accusait Jésus d’avoir violé la loi du sabbat donnée par Moïse ; c’était là l'injustice à laquelle il avait fait allusion v. 18. «Cette loi, dit-1l maintenant, que vous me réprochez d’avoir violée, aucun de vous, qui vous posez en zélateurs de Moïse, ne 6e fait scrupule de la transgresser.» En disant cela, Jésus ne veüt nullement exprimer cette idée banale que tout homme, comme pécheur, est transgresseur de la loi; il pense déjà à une violation spéciale, analogue à celle dont on l’acéusait lui-même, et qu'il précisera bientôt. Il ne faut pas non plus voir l'explication de ces mots dans la question suivante: @Pourquoi cherchez-vous à me faire mourir ?» comme si la transgression dont il aceuse ici les Juifs était téur haine meurtrière contre lui. L'idée est bien plutôt, commé le montrera là suite : « Pourquoi vouloir me fare mourir, Moi, moi seul, pour un crime qu’en réalité vous commettez tous ?» (Voir v. 22.) Remarquez le ue, moi, en tête, en opposition à oùdels 86 dmov: «Aucun de vous mest innocent de la violation que vous me reprochez. Pourquoi donc est-ce sur moi exclusivement que tombe votre mdignation?» Jésus s'adresse à la multitude qui l'entoure comme représentant la nation tout entière. Le Vendredi- Saint n’a que trop bien justifié cette appréciation.

Jésus allait s'expliquer, quand la foule, qui n’était pas encore au fait des desseins secrets des chefs, l’interrompt

en lu reprochant de. se livrer à. des idées noires et à des soupçons. sans fondement. On. attribuait. l’abattement.,. lai mélancolie, les pensées sombres, à une possession .diabolique.(le xaxodaumoväy des Grecs). >à Jésus, sans relever cette injure, reprend avec calme son raisonnement, mais sous une forme un peu différente, déterminée par cette interruption. Au v. 21, Jésus reconnaît qu'il a fait, une fois, une œuvre dans laquelle on, peut voir: une violation du sabbat: «Et vous voilà tous, ajoute-t-il, criant au scandale, à cause de cette seule œuvre.» Gavpæ- Ge exprime.ici l’effroi qu'on éprouve devant un acte monstrueux. — Sur dx todro, voir plus bas. AIT «Mais, continue Jésus au v. 22, si j'ai, moi, violé une fois le'sabbat en agissant comme je lai fait, vous le violez, vous, chaque semaine; et je vais vous le prouver.» JeiJésus reprend l'argumentation commencée v. 19. Les mots : «Moïse vous a donné la circoncision,» rappellent et complètent ceux-ci (v. 19): CN’est-ce pas Moïse qui vous a donné la loi?» dans ce sens : «Le même Moïse qui a donné la loi de Sinaï, et établi le sabbat (v. 19), a aussi ordonné la. circoncision (v. 22).» Les derniers mots : «Vous circoncisez un homme le jour du sabbat,» reproduisent en les précis sant ceux-ci: (Aucun de vous n’accomplil la loi, ». dans ce sens: (Et en raison de l'ordonnance de la circoncision, même au jour du sabbat vous circoncisez; et vous rompez ainsi le sabbat. » Jésus. rappelle -un fait qui se reproduisait continuellement en Israël. C'est, que, lorsque le huitième jour, où tout enfant mâle devait être circoncis, tombait sur un jour de sabbat, chaque père israélite sacrifiait, sans hé: siter, la. loi du repos sabbatique à l'ordonnance de la circoncision. ii «Et, ajoute enfin Jésus au v. 23, si vous. Yous. croyez autorisés à rompre ainsi le sabbat, pour ne pas violer la-loi

mosaïque (l'ordonnance de la circoncision), si pour obéir à Moïse vous estimez pouvoir désobéir à Moïse, je n'aurais pas le droit de faire valoir le même principe en faveur de l'œuvre que vous inculpez!» Pour renforcer cette conclusion logique, il lui donne le caractère d’un argument à fortiori : € N’est-il pas plus urgent de guérir un homme tout entier que de le purifier partiellement ? »

Le principe sur lequel repose en dernière analyse toute cette argumentation est celui que Jésus a exprimé ailleurs en cés mots: «Le sabbat a été fail pour l’homme.» En vertu dé ce principe, dès que dans la loi elle-même il s'élève un conflit entre le sabbat et un acte salutaire à l'homme, c’est ce dermer qui prime le sabbat, et cela sans même qu’une autorisation expresse ait été donnée par le législateur et uniquement parce que le bon sens à prononcé qu'il en devait être amsi. En effet, dans la seule parole de Moïse relative à la circoncision (Lév. XIE, 3), 1l n’était pas question de cette collision avec le sabbat. Et pourquoi donc l'œuvre de Jésus seule ne serait-elle pas au bénéfice d'un principe que la conscience nationale avait instinctivement proclamé ?

Nous rapportons le à toto (v. 21) à Savuatere, plutôt qu'à ce qui suit. Cest l'opinion de la plupart des interprètes modernes. Il n’y aurait qu'un moyen de justifier la liaison de ces mots à ce qui suit; ce serait d'interpréter: «C'est justement.pour vous apprendre à ne point me juger comme vous le faites, que Moïse a introduit à dessein dans sa loi un conflit entre la circoncision et le sabbat. Il vous a donné par là le modèle de l'infraction pour laquelle vous voulez me tuer.» Le dux Toro ainsi compris renfermerait la plus piquante ironie. Mais il est évidémment plus simple de le rapporter à ce qui précède, comme pendant des premiers mots du verset: une seule œuvre.» On objecte qu'il devrait y avoir SavpaGete Toùro, et que Jean ne place jamais dt@&

Toûto à la fin de la phrase. Mais Jean ne veut point dire ici comme dans d’autres cas : s'étonner du fait, mais: se scandaliser 4 l’occasion du fait; de là l'emploi du tt. Et si ces mots sont renvoyés à la fin, c’est qu'ils devaient l'être: comme pendant du £v épyov, qui était en tête de la phrase: «J'ai fait une œuvre, et vous jetez les hauts cris à cause de celte œuvre-là.» Comp. Act. HE, 42.

Il n’est pas aisé de comprendre dans le contexte le but des mots: «Non que la circoncision soit de Moîse, mais elle vient des pères.» S'ils étaient destinés à relever lacirconeision. en rappelant sa haute antiquité, ils infirmeraient l'argumentation plutôt qu'ils ne la renforceraient. D'ailleurs, n’eût-on, pas pu répondre : Et le sabbat n’est-il pas aussi antérieur à Moise? Hengstenberg et beaucoup d’autres pensent qu’en. intercalant cette remarque, Jésus veut mettre son érudition: scripturaire, vantée au v. 15, à l'abri du reproche d’inexactitude que pouvait lui attirer la proposition précédente. Gette: explication est puérile; si elle était fondée, il ne resterait, comme le: dit Lücke, qu'à mettre cette parenthèse sur le compte du narrateur. La vraie explication nous paraït être celle-ci : Il n’y avait rien, aux yeux des Israélites, qui égalât la sainteté du Décalogue; c'était la loi donnée par les anges et déposée entre les mains du Médiateur (Gal. IH, 19; Hébr. IE, 2). Or, l'ordonnance de la circoncision n’appartenait nullement à cette loi st solennellement proclamée. Elle ne faisait point, comme lordonnance sabbatique, partie du: Décalogue. Elle n’est mentionnée qu'une fois et en passant. dans la grande législation mosaique. C'était uniquementune tradition antique, à laquelle Moïse avait donné une place dans le code. Qui se serait attendu, d’après cela, à ce qu'en cas de conflit, elle aurait le pas sur Fun dés grands commandements du Décalogue! Cette remarque était donc trèspropre à forüfier l'argumentation du Seigneur. M. Renan

cite ce passage comme lun de ceux qui «portent la trace de ratures ou de corrections» (p. xxxn). Cette remarque n’a pas le moindre fondement.

Les mots du v. 23: « Afin que la loi de Moïse ne soit pas violée,» ont une grande force : (Vous transgressez le sabbat afin de ne pas désobéir à Moïse !» — Pour bien comprendre là fortiori du v. 93, il faut se rappeler qu'il y a dans les deux faits mis en parallèle, la crconcision et le miracle de Jésus, un fait physique et un résultat moral. Dans la: première, le fait physique consiste dans une purification partielle, locale; le résultat moral est l'entrée dans l'alliance typique. Dans le second, le fait physique est une restauration complète de la santé, et le but moral, la sanctification réelle de l’individu: V, 14: Tu as élé quéri, ne pêche plus désormais.» Sous les deux rapports la supériorité du second de ces actes est incontestable. Il faut se garder de lexplication de Bengel et de Stier qui pensent que par l'expression « un homme lout entier» Jésus veut désigner ici l’homme physique et moral en opposition à l’homme purement physique, but de la circoncision. Assurément la cireoncision n’était point une affaire purement ni même essentiellement médicale.

Ce qu'il y a de remarquable, dans cette apologie, c’est d’abord qu'elle fait complètement abstraction de la nature miraculeuse de l’acte incriminé ; wne seule œuvre, dit modestement Jésus : 1l est clair néanmoins que le caractère prodigieux de cette œuvre forme l’imposante arrière-garde de toute cette argumentation. C’est ensuite la différence entre ce mode de justification et celui du ch. V: Jésus parle ici aux foules; sa démonstration n’est point dogmatique; il l’'emprunte à un fait de la vie pratique, dont la portée tombe Sous les sens: «Ce que j'ai fait, vous le faites tous, ét pour bien moins! » Quoi de plus populaire et de plus frappant ?

Page 1