‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean ... . Tome secondChapitre 74 sur 278 · N D omettent ratno · texte numérisé non relu

N D omettent ratno

envoyé.» — [l y avait bièn réellement un jugement sur Jésus, dans l’objection des pharisiens v. 15. Ils le traitaient par là comme un homme ordinaire, comme un pécheur, semblable à eux tous. C'est ce que leur reproche Jésus par ces mots: « Vous, vous jugez selon la chair.» La chair n’est pas ici directement et avant tout le voile étendu sur les yeux de celui qui juge, mais plutôt, d'après l'art. tv, l'apparence infirme avec laquelle se présente celui qui est jugé, et qui fait qu'on ne le distingue pas, au premier coup d'œil, des autres hommes. Sans doute, avec un sens spirituel exercé, les Juifs eussent discerné en Jésus un élément d’une nature supérieure et lui eussent assigné, au sein de l’humanité, une place à part. Cette appréciation superficielle dont Jésus se voit l'objet, de leur part, réveille chez lui le sentiment d'un contraste. Tandis que ces aveugles se permettent de l’évaluer, lui, Jésus, avec une parfaite confiance en leurs lumières propres, et sans prendre conseil d’une intelligence supérieure, lui, la lumière incarnée, ne juge personne sur ce pied-là. Ainsi, ceux qui ignorent jugent, tandis que celui qui sait ne juge point. Mais Jésus juge pourtant; il le dit lui-même au v. 16. On s’est donné beaucoup de peine pour expliquer ces mots: «Je ne jugé personne,» et les accorder avec le v. 16. On à paraphrasé : ‘ «Personne selon la chair» (Cyrille) ou «comme vous me jugez» (Lücke); — «Personne maintenant» en opposition au jugement à venir (Augustin, Ghrysostome); — «Personne avec empréssement et par goût» (Tholuck, de Wette); — «Mon rôle n’est pas proprement de juger, mais de sauver; et si je juge, exceptionnellement, ce n’est que ceux qui ne veulent pas se laisser sauver » (Calvin, Bèze, Meyer, N., Luthardt, avec diverses nuances). Toutes ces explications ou affaiblissent le sens de cette parole ou introduisent dans le texte des idées qui n’y sont point. La solution conforme au con-

PREMIER CYCLE. — CHAP. VIII, 15-18. 211 texte a déjà été indiquée par Storr, quand il a traduit éyo : moi seul. Ce que Jésus reprochaït aux Juifs, c'était de se croire compétents pour apprécier par eux-mêmes, sans consulter un plus grand qu'eux, sa personne et sa mission. Cétaient bien eux qui jugeaient (bnetie). «Moi, dit Jésus, livré à moi-même, réduit à mon individualité humaine et isolé de mon Père, je ne me permets aucun jugement.» Cest, sous forme négative, la même pensée que V, 30: «Selon que j'entends, je juge.» L'accent est donc sur éyw, et c’est ce qui fait que Jésus peut ajouter sans se contredire, v. 16: «Et si pourtant il m'arrive à moi, ce même homme, de juger.» Lorsque Jésus vient à juger, il ne le fait que dans la dépendance absolue du Père; il nest donc pas l’auteur de la sentence; il ne fait qu'énoncer celle que lui dicte le Père. — La leçon reçue &Anôrs est certainement mieux appropriée à ce contexte que la variante alexandrine æxvbtwx. Jésus n’a point l'intention de dire que, dans ces cas-là, la sentence qu'il porte est une réelle sentence, mais qu’elle est une sentence vraie, pleimement digne de for; et c’est ainsi qu'il est ramené à l’idée d’où il est parti, la vérité de son témoignage sur lui-même :

V. 17 et 18. «Et il est écrit" d’ailleurs dans votre loi que le témoignage de deux hommes est vrai; 18 je témoigne sur moi-même, et le Père qui m'a envoyé rend témoignage de moi.» — Après avoir rappelé la valeur exceptionnelle de son témoignage, Jésus entre, du moins pour la forme, dans lobjection de ses adversaires, comme VIL, 16-28. Le droit mosaïque exigeait au moins deux ou irois témoins pour qu'un témoignage füt valable (Deut. XVII, 6; XIX, 15). Jésus déclare qu’il satisfait à cette règle, puisque le Père joint son témoignage à celui qu'il se rend

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